Atteint de septicémie, un patient sur huit décède des complications

Dernière mise à jour 03/06/16 | Article
Atteint de septicémie, un patient sur huit décède des complications
Même un corps en bonne santé peut céder sous le coup d’une invasion bactérienne massive. Il est important d’agir vite si une personne présente des symptômes inquiétants.

De quoi on parle

Pierre Bonhôte, politicien socialiste neuchâtelois et ancien chimiste cantonal, est décédé subitement le 11 mai. A la veille de fêter ses 51 ans. Cette disparition inattendue est due à une «infection bactérienne fulgurante», a communiqué sa famille. En d’autres termes, à une septicémie. Les urgences des hôpitaux universitaires vaudois et genevois reçoivent chaque année environ 400 cas de septicémie, aboutissant dans un cas sur huit au décès du patient.

Décéder d’une infection fulgurante semble très improbable au XXIe siècle, car nous sommes habitués à l’efficacité des antibiotiques pour combattre les bactéries. L’arrivée de ces médicaments sur le marché, après la Seconde Guerre mondiale, a révolutionné la médecine. Et l’on peine à se souvenir à quel point les infections étaient craintes et mal comprises avant cette découverte. Pour les passionnés de séries, le feuilleton «The Knick», de Steven Soderbergh, reconstitue de façon saisissante ce tournant de la médecine.

Aujourd’hui on craint toujours les infections massives de l’organisme, appelées septicémies, qui peuvent dans les cas extrêmes mener au décès. Et cela y compris chez des personnes jeunes et en pleine santé. En Amérique du Nord, on compte 750000 cas de septicémie par an. En Suisse, les services d’urgences des hôpitaux universitaires vaudois et genevois, le CHUV et les HUG, recensent chacun quelque 400 cas par an. Même si ces quinze dernières années la mortalité a diminué de moitié, passant de 30 à 15%, un patient sur huit décède encore des complications d’une septicémie.

Infections et bactéries

Mauvaise rencontre

Comment est-il possible qu’une personne en bonne santé ne résiste pas à une infection, même bien soignée? C’est un peu l’histoire d’une mauvaise rencontre entre une bactérie et un hôte (le patient). A partir de là, plusieurs schémas sont possibles. La réponse immunitaire de l’hôte peut, par exemple, se révéler inadéquate. Le système de défense de l’organisme réagit trop tard, car il n’a pas reconnu à temps l’agent infectieux comme un ennemi à combattre. Il laisse alors l’infection prendre des proportions telles qu’elle devient impossible à endiguer. L’organisme peut aussi, à l’inverse, réagir trop violemment et déclencher des réactions inflammatoires excessives entraînant une défaillance des organes. Dernier cas de figure: «La bactérie peut aussi être particulièrement virulente, voire résistante aux antibiotiques», explique en substance Thierry Calandra, chef du Service des maladies infectieuses du CHUV.

Quelle qu’en soit la raison, la bactérie se multiplie et se propage ensuite dans l’organisme. Cette «invasion» peut entraîner une défaillance d’organes comme le foie, le rein, les poumons ou une coagulation du sang dans les vaisseaux. On parle alors de sepsis sévère ou de septicémie. La tension artérielle peut chuter de façon très importante. Le sang n’irrigue plus les organes, en particulier le cœur et le cerveau. C’est ce que l’on nomme un état de choc ou choc septique. «Le processus peut être tellement rapide que, même si l’on administre des antibiotiques, l’issue peut être fatale», explique encore le professeur vaudois. Les bactéries qui provoquent ce schéma catastrophe sont les méningocoques ou les staphylocoques.

Si tout le monde peut un jour ou l’autre souffrir d’une infection sévère, quels sont les signaux d’alarme à prendre en compte? Les symptômes ressemblent à ceux d’une forte grippe: maux de tête, nausée, forte fièvre avec gros frissons (appelés frissons solennels). «Les malades sont littéralement cloués au lit. Même un athlète n’arrive pas à soulever le bras. Dans un tel cas de figure, il faut appeler le 144 très rapidement», insiste Jérôme Pugin, médecin-chef du Service des soins intensifs des HUG.

L’exemple de la peste

«Un petit bâtonnet un peu plus long que large.» C’est ainsi qu’Alexandre Yersin, l’illustre Morgien, décrit le bacille de la peste, qu’il découvre le 24 juin 1894 en disséquant des bubons (ganglions enflammés) de cadavres. A l’époque, la maladie fait des ravages, 60 000 morts à Canton en très peu de temps.

La peste est exemplaire d’une infection bactérienne foudroyante. En particulier la peste pulmonaire, plus rare heureusement, qui peut tuer un malade en quelques heures en l’absence de traitement. Le bacille de Yersin est sensible aux antibiotiques mais il faut agir rapidement, faute de quoi l’état du patient évolue vers une septicémie et un choc septique.

La ville de Morges consacre une exposition à son explorateur et médecin de génie à la fondation Boyle jusqu’au 14 août. L’occasion de faire connaissance, entre autres, avec cette bactérie particulièrement virulente qui sévit encore dans différentes régions du monde. L’OMS parle d’ailleurs d’une «maladie réémergente», en particulier en Afrique et à Madagascar mais aussi aux États-Unis où l’on a recensé 16 cas en 2015, dont 4 décès.

Six heures pour agir

Si une infection est confirmée, les médecins doivent commencer par en trouver la source. «En cas de péritonite par exemple, les matières fécales se déversent dans l’abdomen, la charge en bactéries est très forte. Il faut d’abord complètement nettoyer la cavité abdominale. Les antibiotiques seuls ne suffisent pas. Même chose en cas d’abcès ou d’infection urinaire grave. Lors d’infection pulmonaire, en revanche, les antibiotiques doivent être accompagnés d’une assistance respiratoire», explique Jérôme Pugin. Dans tous les cas il faut agir rapidement. On parle des «six heures dorées» (golden hours), le temps maximum dont les spécialistes disposent pour agir et sortir leur patient de l’état de choc. Dans un premier temps, en urgence, avant même que la bactérie responsable ne soit identifiée, il s’agit d’administrer des antibiotiques à large spectre. Dans un deuxième temps, des antibiotiques adaptés à la bactérie incriminée sont donnés.

Parfois, dans un cas sur huit, les traitements ne parviennent pas à contrôler l’infection et le patient meurt. «Ces décès sont extrêmement difficiles à admettre pour les proches. L’infection agit comme un tsunami; la veille ils mangeaient avec la victime en pleine forme, et le lendemain ils doivent faire face à son décès. La rapidité des faits les laisse perplexes, voire en colère. Ils ressentent aussi de la culpabilité car ils n’ont rien vu venir», constate encore Jérôme Pugin. Qui ajoute que «depuis la fin des années 70, le nombre de cas de septicémie et de choc septique a triplé, selon la littérature nord-américaine». Une augmentation qui tient probablement à la fragilisation d’une partie de la population: des patients beaucoup plus âgés, des personnes vivant avec d’autres maladies, ou dont l’immunité est diminuée. Mais aussi, et c’est probablement le plus inquiétant, les bactéries elles-mêmes sont devenues plus résistantes aux antibiotiques. Cette résistance croissante fait craindre une réapparition des grandes épidémies que les sociétés modernes ont depuis longtemps oubliées.

Les bactéries hospitalières résistantes

De plus en plus, les hôpitaux sont confrontés à des bactéries hospitalières résistantes aux antibiotiques. Le service de chirurgie viscérale du CHUV a ainsi dû faire face, récemment, à une série de cas de patients porteurs d’une bactérie habituellement peu dangereuse mais très contagieuse, le VRE (pour entérocoque résistant à la Vancomycine). Pour éviter la contagion, l’hôpital a pris une série de mesures comme l’isolement de patients, l’annulation des opérations planifiées du Service de chirurgie viscérale (2-6 mai) ou encore une désinfection drastique des lieux contaminés.
Le but était d’éviter que les VRE ne transmettent leur résistance à des bactéries plus dangereuses pouvant provoquer des infections encore plus graves.

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