Que penser du co-dodo?

Dernière mise à jour 06/03/12 | Article
co-dodo
Faut-il ou non renoncer à dormir avec son bébé? Le point avec la Dre Anne Pittet, spécialiste en pédiatrie au CHUV à Lausanne.

Après avoir recensé 10,4 morts de nourrissons pour 1000 naissances en 2009, les autorités de la ville de Milwaukee, dans le Wisconsin, ont lancé une campagne choc pour lutter contre la mortalité infantile. Cette campagne américaine montre deux bébés apparemment endormis, avec deux couteaux tranchants à leur côté. Le but: décourager les parents qui font du co-dodo (ndrl: le fait de dormir avec son bébé), appelé aussi co-sleeping, une pratique jugée trop dangereuse. En Suisse, selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique, la mort subite du nourrisson a fait 13 victimes en 2009, le nombre de cas étant relativement stable depuis dix ans environ. La doctoresse Anne Pittet répond à nos questions.

Est-il dangereux de faire du co-dodo?

Il est difficile de répondre simplement et de manière catégorique à cette question, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il faut savoir que dormir (ou pas) avec son bébé est une affaire culturelle. En Afrique, par exemple, cette pratique fait partie des mœurs, alors qu’elle est beaucoup moins répandue en Occident. Aussi, il y a de multiples façons de faire du co-dodo: les parents et l’enfant peuvent partager la même chambre, mais le bébé dort dans son berceau. Ou alors, ce dernier partage le lit de ses parents et dort entre son papa et sa maman ou carrément sur elle. Selon les situations, les risques sont très différents.

Quels sont les avantages et les inconvénients de cette pratique?

Dormir avec son bébé favorise l’allaitement à plusieurs égards. C’est d’abord pratique pour la mère qui n’a pas besoin de se lever pour le nourrir. De plus, des études ont démontré que le bébé qui dort avec sa maman tète plus et plus souvent pendant la nuit. On peut faire le lien avec la méthode kangourou, indiquée en particulier chez les prématurés. Le contact peau à peau favorise la montée du lait, stimule le bébé et diminue les risques d’apnée. Sur le plan psychologique, cette proximité augmente le sentiment de sécurité du bébé, qui sent l’odeur de sa mère et entend les battements de son cœur. Face au risque de mort subite du nourrisson, les parents se sentent généralement plus rassurés de savoir leur enfant près d’eux, mais le risque existe selon les conditions de couchage. Pour l’intimité du couple et la qualité du sommeil, dormir avec son bébé n’est pas idéal.

Le risque de mort subite du nourrisson est-il plus important lorsqu’on fait du co-sleeping?

Il y a peu d’études détaillées sur le co-dodo analysant séparément l’influence des différents facteurs associés à cette pratique, mais il y aurait effectivement plus de morts subites quand le nourrisson passe la nuit dans le même lit que ses parents. En cause: les risques d’enfouissement (sous la couette ou l’oreiller), d’hyperthermie (le bébé a trop chaud) et d’écrasement voire de chutes liés à cette pratique. Contrairement à une idée reçue, écraser son enfant en dormant peut arriver, en particulier lorsqu’on se trouve dans un sommeil très profond, après avoir consommé de l’alcool ou lors d’une fatigue parentale extrême par exemple. En revanche, on ne sait pas bien pourquoi, mais il y a moins de morts subites lorsque l’enfant dort dans la même chambre que les parents, mais dans son berceau.

Quelles précautions observer pour minimiser les risques?

Dans tous les cas, que l’enfant soit dans son berceau ou dans le lit conjugal, il faut veiller à ce que ses conditions de couchage soit bonnes. L’enfant doit être couché sur le dos dans une gigoteuse (sac de couchage). Il faut bannir la couette et les oreillers en raison du risque d’étouffement. On préférera un lit plutôt dur, duquel il ne pourra pas tomber. Pour éviter toute chute, on peut également mettre le matelas par terre ou coucher l’enfant entre ses parents. Il faut veiller à le protéger de tout excès de chaleur, en maintenant une température de la chambre entre 18 et 20°. Aussi, la fumée accroît les risques de mort subite. Il faut donc maintenir une ambiance sans fumée pour le bébé, mais il faut savoir que le tabagisme maternel pendant la grossesse est un facteur de risque important également. L’allaitement maternel a quant à lui a un effet protecteur.

A LIRE AUSSI

Sommeil
endormissement_etranges_sensations

Endormissement: quand d’étranges sensations surviennent

Chez certaines personnes, l’endormissement est tout sauf un moment relaxant. Sensation de chute, hallucinations...
Lire la suite
Apnée du sommeil
test_detecte_apnee

Un test très simple détecte l’apnée du sommeil

Il existe désormais un test rapide et très fiable pour détecter les personnes qui risquent de souffrir...
Lire la suite
Sommeil
parasomnies_cauchemardesques_frontiere

Cauchemars: quand la frontière se brouille entre rêves et réalité

Dans nos rêves, il nous arrive de vivre des événements tragiques, mais nous savons qu’il ne s’agit que...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
Illustre_sommeil_biphasique_invention

Sommeil biphasique : dormir en un bloc de huit heures, une invention récente

Le sommeil de nos ancêtres était structuré en deux périodes. Les insomnies nocturnes en seraient un vestige et non un trouble. Mais alors, dormir d’une traite est-il bon pour la santé?
Videos sur le meme sujet

Gros plan sur les troubles du sommeil paradoxal

Il existe un pan méconnu dʹaffections du sommeil paradoxal, une phase du sommeil où naissent les rêves les plus riches et les plus intenses.

Les troubles du sommeil paradoxal

Il existe tout un pan méconnu d’affections du sommeil paradoxal - phase du sommeil où naissent nos rêves les plus riches et les plus intenses.

Gros plan sur la paralysie du sommeil

Anne Baecher se penche sur un phénomène étrange: la paralysie du sommeil.
Maladies sur le meme sujet
Insomnie

Insomnies

Les troubles du sommeil constituent un véritable problème de santé publique, tant par leur fréquence que par leurs répercussions humaines, sociales et économiques.