Tous mes enfants seront séronégatifs

Dernière mise à jour 01/10/13 | Article
Tous mes enfants seront séronégatifs
Depuis qu’elle a été diagnostiquée séropositive, Gloria n’a qu’une chose en tête: empêcher les femmes séropositives de transmettre le virus à leurs enfants. Cette mission, elle la partage avec l’organisation humanitaire mothers2mothers pour laquelle elle travaille depuis plus de dix ans. Nous l’avons rencontrée en juin dernier, à l’occasion d’une soirée de soutien donnée à Genève.

Enceinte de votre deuxième enfant, vous avez 29 ans lorsque vous découvrez que vous êtes séropositive. Quelle a été votre première réaction?

Vous savez, lorsque j’ai été me faire tester, j’étais absolument persuadée que j’étais séronégative. J’y suis allée avec l’allure fière, car pour moi les séropositifs étaient forcément des gens qui faisaient n’importe quoi et qui allaient voir à droite et à gauche. J’étais pleine de préjugés. Donc vous pouvez vous imaginer l’état de choc dans lequel je me suis trouvée lorsque j’ai reçu les résultats. Je me suis dit que j’allais bientôt mourir et j’ai commencé à planifier mon enterrement. J’ai même pensé à avorter, car j’avais terriblement peur d’avoir un enfant malade. Si je meurs, qui s’occupera de lui? Je me suis dit que la meilleure solution serait justement d’avorter. Mais c’était trop tard, car j’étais enceinte de six mois. Heureusement, grâce au soutien de mothers2mothers, j’ai progressivement repris espoir.

En chiffres

Chaque jour, environ 900 enfants sont contaminés par le virus du VIH. 90% d’entre eux vivent en Afrique subsaharienne. La quasi-totalité de ces enfants ont contracté le virus du VIH par leur mère, durant la grossesse, la naissance ou l’allaitement. Sans soins, approximativement la moitié d’entre eux meurent avant l’âge de 2 ans.

Par quel biais êtes vous entrée en contact avec mothers2mothers?

En Afrique du sud, lorsque vous êtes enceinte, vous devez faire un test du sida. C’est comme ça pour tout le monde. Les femmes diagnostiquées séropositives ont ensuite la possibilité d’aller rencontrer mothers2mothers. C’est ce que j’ai fait. Je me suis rendue dans une salle où plusieurs femmes attendaient. Lorsque la thérapeute est arrivée, elle nous a demandé: savez-vous pourquoi vous êtes ici? Et j’ai répondu oui. Nous sommes ici parce que nous avons le sida. Elle nous a dit non, vous n’avez pas le sida, vous êtes séropositives, ce n’est pas la même chose. Avant de me retrouver dans cette situation, j’ignorais la différence entre avoir le sida et être séropositive. Je n’étais d’ailleurs même pas certaine de comment le virus du VIH se contractait. Maintenant je le sais et je suis apte à secourir des femmes qui sont, comme moi, séropositives. Je les informe sur les modalités du virus, les moyens de se soigner et surtout sur les marches à suivre pour préserver leurs nouveau-nés du virus du sida.

Et quelles sont ces marches à suivre?

Il existe un traitement très simple que vous prenez deux fois par jour pendant la grossesse et l’allaitement. Au départ, je n’étais pas certaine que ce traitement fonctionnerait, mais j’ai quand même persisté. Ce n’est vraiment qu’à partir du moment où mon bébé a été testé séronégatif, que j’ai retrouvé ma joie de vivre. D’ailleurs, quelques années plus tard, j’ai eu un troisième enfant, par défi. Et vous savez quoi? Il est séronégatif. Vous pouvez mener une vie saine en étant séropositive. Regardez-moi, je connais ma condition depuis plus de douze ans, je ne prends aucun traitement, je ne suis pas malade et tous mes enfants sont séronégatifs!

Vous travaillez depuis une dizaine d’années au Cap, pour mothers2mothers. Quel est votre rôle dans cette organisation?

Ici, nous ne sommes pas seulement des mères séropositives. Nous recevons une formation qui nous permet ensuite, par le biais de l’information, d’influencer d’autres mères séropositives afin qu’elles se soignent. Nous nous asseyons en tête-à-tête avec chacune d’entre-elles et nous leur expliquons que si elles prennent ce traitement, leurs enfants pourront mener une vie saine. A travers nous, elles ont accès aux traitements et elles peuvent se confier. Personne ne les juge, car nous sommes toutes dans la même situation.

En Afrique du Sud, de quelle façon sont perçues les femmes séropositives?

La stigmatisation est énorme. Des femmes ont été jusqu’à se faire violer et même tuer pour avoir révélé leur statut à voix haute. Car la réaction de certains, lorsqu’ils voient par exemple une belle femme comme moi qui affirme tout haut qu’elle est séropositive, c’est de dire: pourquoi tu mens? Et ensuite, il y a même des hommes qui vont jusqu’à vous violer parce qu’ils veulent voir où se trouve ce virus du VIH. Pour eux, une personne séropositive est forcément une personne malade, allongée dans un lit, et non quelqu’un qui marche et qui parle ouvertement du VIH, comme je suis en train de le faire maintenant.

Parmi les 1,7 millions de personnes qui meurent chaque année du sida, 1 million proviennent du continent africain. Bien que l’Afrique ne représente qu’un dixième de la population mondiale, neuf nouveaux cas sur dix y sont concentrés. Pourquoi l’Afrique?

Parce que les gens ne veulent tout simplement pas en entendre parler. C’est culturel. Contrairement à moi, qui n’éprouve pas de gêne à parler de sexualité et de l’usage du préservatif à mes enfants, mes parents ne l’ont pas fait. Ils ne l’ont pas fait parce que c’était tabou. Vous ne découvrez la sexualité qu’une fois que vous êtes mariée. A l’époque, on nous demandait simplement de nous préserver. C’est tout, ni plus ni moins. On ne nous demandait même pas de préserver notre «virginité» jusqu’au mariage, non, cela aurait été aller trop loin. On nous demandait juste de nous préserver. Donc vous pouvez vous imaginer qu’avec cette mentalité, la question des maladies sexuellement transmissibles était loin d’occuper une place importante. C’est comme avec le cancer. Aujourd’hui encore, il y a des gens qui ne parlent pas de leur cancer. Ils le cachent car ils pensent que c’est l’effet d’un sortilège.

En Afrique, de nombreuses personnes croient en la sorcellerie?

Oui! Certaines personnes imaginent encore que leur maladie est l’effet d’un sort. Si j’ai le sida, c’est parce que quelqu’un m’a jeté un sort. Donc au lieu de se rendre à l’hôpital pour se faire soigner, ces personnes vont consulter des guérisseurs et gardent le silence. Et lorsque toute une famille, mère, père et enfants sont contaminés par le virus du sida, ils pensent aussi que c’est un sort et par conséquent n’en parlent pas et meurent en silence. C’est pour cette raison qu’ils ne bénéficient d’aucune aide!

mothers2mothers

Fondée en 2001 par le Dr Mitchell Besser, mothers2mothers est une organisation internationale à but non lucratif dont l’objectif est de:

  • lutter contre la contamination du virus VIH entre mères et enfants;
  • améliorer la qualité de vie des femmes séropositives en leur donnant accès à de l’information et des traitements;
  • lutter contre la stigmatisation des femmes séropositives en revalorisant leur statut.

Active dans sept pays d’Afrique subsaharienne,mothers2mothersemploie actuellement plus de 1000 femmes atteintes du virus VIH.

Mères-mentors

Employées par mothers2mothers, les mères-mentors sont des mères séropositives dont la mission est d’instruire et d’encadrer des femmes en période de gestation ou d’allaitement qui sont nouvellement diagnostiquées porteuses du virus VIH. Titulaires d’une formation, les mères-mentors reçoivent un salaire et travaillent conjointement avec des professionnels de la santé. C’est en tant que mère-mentor que Gloria a débuté sa carrière chez mothers2mothers. Depuis lors, elle a évolué dans l’oeganisation et occupe désormais un poste au sein du département administratif.

Pour en savoir plus

Site internet de l’organisation: http://www.m2m.org/

Responsable de mothers2mothers à Genève: Bérengère Pictet, berengere.pictet@uk.m2m.org

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