Une forme agressive de VIH découverte à Cuba

Dernière mise à jour 05/05/15 | Article
Une forme agressive de VIH découverte à Cuba
La nouvelle souche virale du VIH récemment identifiée dans les Caraïbes est particulièrement virulente. En outre, elle accélère l’évolution vers le sida. Toutefois, cette découverte ne devrait pas avoir d’implications sur le traitement des personnes concernées.

Lorsqu’une personne a de multiples partenaires, elle peut être infectée par différentes souches de VIH. Une fois installées dans l’organisme de l’hôte, celles-ci peuvent «mélanger» leur matériel génétique et donner naissance à un nouveau variant du virus, que l’on nomme «recombinant». Le phénomène est connu et «il est même en constante augmentation dans le monde, constate Mathieu Rougemont, chef de clinique aux services de médecine de premier recours et des maladies infectieuses des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Le VIH a une variabilité génétique incroyable, c’est d’ailleurs l’une de ses caractéristiques».

Toutefois, la souche isolée à Cuba est spéciale. Elle est particulièrement virulente et, en outre, elle conduit à une évolution beaucoup plus rapide vers la maladie. Généralement, la destruction progressive des défenses immunitaires par le virus prend une dizaine d’années, avant que des infections dites «opportunistes» (liées à l’immunosuppression) apparaissent. C’est alors qu’on parle de Sida. Dans le cas de la souche cubaine, le développement de la maladie ne prend que trois ans.

Une recombinaison avantageuse pour le virus

C’est ce qu’ont découvert des virologues de l’Université catholique de Louvain (Belgique) et leurs collègues de l’Institut de médecine tropicale Pedro Kouri de La Havane (Cuba). Ils ont analysé le matériel biologique de 73 personnes nouvellement infectées – dont 52, qu’ils nomment les «progresseurs rapides», avaient déjà développé le sida– ainsi que de 22 patients-témoins infectés depuis plus longtemps. Chez un petit nombre de «progresseurs rapides», les chercheurs ont identifié une souche recombinante du VIH, comme ils l’ont récemment expliqué dans la revue médicale EBioMedecine. Certes, leur étude n’a porté que sur un nombre limité de patients, mais «sur le plan statistique, ces résultats sont significatifs», précise Mathieu Rougemont.

«C’est une découverte importante», poursuit le médecin des HUG. Habituellement, les recombinaisons ne modifient pas la virulence du VIH. «C’est la première fois que l’on observe qu’elles peuvent avantager le virus et le rendre plus agressif».

Incertitudes sur la transmission

La transmission de cette souche de VIH d’un individu à un autre pourrait-elle être facilitée? A priori, on pourrait le penser, car les personnes concernées ont une quantité importante de virus circulant dans leur organisme et «cette charge virale élevée, on le sait, favorise la transmission du virus», commente Mathieu Rougemont. Mais d’un autre côté, «ces patients restent moins longtemps que les autres sans symptômes, ce qui limite le risque qu’ils infectent leur partenaire en ignorant leur diagnostic». Il est donc difficile de prévoir ce qui se passera.

La présence de cette nouvelle forme virale pourrait même, parfois, faciliter le diagnostic. En effet, elle provoque plus fréquemment chez certains patients une candidose buccale (infection de la bouche par des champignons), «un symptôme aisément repérable par un médecin généraliste qui peut alors envoyer son patient faire un test de dépistage du HIV».

Malgré tout, «la progression, rapide et inattendue, vers la maladie accroît le risque que des personnes deviennent très malades avant même d’avoir réalisé qu’elles sont infectées», constatent les auteurs de l’étude.

Pas d’impact sur le traitement

Les virus se propageant aisément à la surface de la planète, rien n’exclut que cette nouvelle variante du HIV arrive en force en Europe et en Suisse. Faut-il s’en inquiéter? Mathieu Rougemont ne le croit pas. Certes, précise-t-il, «nous pourrions alors avoir plus de patients arrivant à l’hôpital avec une maladie à un stade avancé, mais nous les traiterions aussitôt». Le médecin rappelle d’ailleurs que l’évolution de l’infection dépend non seulement de l’agent pathogène, mais aussi de l’hôte et que certains individus porteurs des variantes virales «conventionnelles» développent, eux aussi, rapidement le sida, car ils se défendent moins bien contre l’infection.

Un autre élément rassure le spécialiste: ce nouveau VIH recombiné «n’est pas résistant aux médicaments antiviraux utilisés et, par conséquent, il ne devrait pas avoir d’impact sur le traitement des patients».

Il reste, comme le reconnaissent les auteurs de l’étude, que le sida se développe rapidement à Cuba et que pour les habitants de l’île, la découverte de cette souche agressive n’est pas de bon augure.

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