Toujours plus de couples se rencontrent sur internet

Dernière mise à jour 24/04/14 | Article
Toujours plus de couples se rencontrent sur internet
Réseaux sociaux, sites de rencontres, blogs : de plus en plus de personnes trouvent l’amour sur internet. Un phénomène qui gagne du terrain et intéresse les chercheurs.

Il y a, bien sûr, le recours à internet pour une rencontre rapide et, le cas échéant, pour des rencontres sexuelles sans vrais lendemains. Mais il y a aussi l’utilisation du web à des fins plus romantiques. Hier marginal, le phénomène commence à prendre une certaine ampleur. Aux Etats-Unis, on estime qu’environ 7% des couples qui se sont mariés entre 2005 et 2012 se sont «trouvés» via les sites de réseaux sociaux. Une étude récemment publiée dans la revue Cyberpsychology, Behavior, and Social Networking1 analyse, pour la première fois, ce phénomène.

Activité à visée romantique

L’étude a été menée par le Pr Jeffrey A. Hall (Department of Communication Studies, University of Kansas). Il a cherché à mieux définir (sur la période 2005-2012) les principales caractéristiques des personnes récemment mariées qui s’étaient rencontrées en ligne. Quels sont ces couples? Existe-t-il des différences, et si oui, lesquelles, entre les couples formés sans passer par les connexions internet et les autres? Peut-on établir une hiérarchie dans les réseaux sociaux spécialisés dans ce type d’activité à visée romantique et maritale?

On n’a sans doute pas encore pris la mesure des bouleversements introduits par l’émergence et la rapide diffusion d’internet sur l’évolution des structures sociales, des comportements et des modes de vie. C’est tout particulièrement vrai dans le domaine de la sexualité et des comportements amoureux. Du point de vue du Pr Hall, c’est à partir de la fin des années 1990 qu’on observe un début de changement d’attitude des Américains vis-à-vis de ces technologies. En 2005, seuls 3% d’Américains s’étaient rencontrés sur la toile. Une décennie plus tard, Internet et les réseaux sociaux sont devenus le premier lieu de rencontre – aux Etats-Unis –, avant la communauté du travail, les amis ou le monde universitaire.

Mariages heureux

Cet important phénomène est aussi un phénomène très mal connu. On sait encore très peu de chose sur les caractéristiques des personnes qui construisent une relation de couple durable via les réseaux sociaux, les sites de rencontre ou autres médias en ligne. C’est dire l’intérêt de cette publication du Pr Hall. Pour son étude, il a comparé les caractéristiques de personnes entrées en contact par les réseaux sociaux à celles de personnes qui se sont rencontrées autrement. Il s’agissait plus fréquemment d’hommes que des femmes, plutôt jeunes, récemment mariés et plutôt des Afro-Americains.

L’étude prenait en compte les différents modes de rencontres en ligne: les réseaux sociaux, les sites de rencontres, la communication classique via internet (dite «one-to-one»: e-mail, messagerie, post sur blog) et via des communautés en ligne. Ce dernier mode de rencontre, ferait, selon l’analyse, des mariages a priori «moins heureux».

Approfondissement des relations

Il faut savoir que l’on met statistiquement plus de temps à trouver son (ou sa) partenaire via les réseaux sociaux, une communauté ou une approche e-mail, que via les sites spécialisés dans les rencontres. Avec le faible recul dont on dispose, le mariage peut sembler plus durable si l’on passe par des rencontres traditionnelles plutôt que par des réseaux sociaux ou des sites de rencontre. Il faut aussi tenir compte du fait que les utilisateurs/utilisatrices de réseaux sont plus jeunes que les clients de sites de rencontre.

Il apparaît aussi que les réseaux sociaux finalisent la mise en relation, plutôt qu’ils ne l’initient. Leur usage va certainement encore évoluer mais, pour l’heure, ils paraissent jouer essentiellement un rôle d’approfondissement de relations existantes. Il s’agit le plus souvent d’en apprendre plus sur un partenaire potentiel ou d’approfondir une première rencontre. Aux Etats-Unis, Facebook et MySpace joue actuellement un rôle majeur dans ce domaine

Progression fulgurante

Les personnes intéressées par la réalité de l’industrie de la rencontre via internet prendront connaissance avec intérêt d’une analyse parue dans Psychological Science in the Public Interest, une revue de l’Association for Psychological Science2. Elle passé en revue plus de 400 études de psychologie et d’enquêtes sur ce thème.

Les rencontres en ligne y apparaissent à la fois comme un secteur en plein essor et comme un nouveau tournant dans les relations sociales. Elles permettent a priori de rompre avec une époque où les probabilités, pour un célibataire, de rencontrer un partenaire une fois ses études terminées, devenaient de plus en plus rares.

Une étude précédente, menée par l'Université Stanford et le City College de New York, avait montré que dans les années 1990 environ 1% de la population adulte américaine avait rencontré un partenaire par le biais des annonces personnelles publiées dans la presse ou à la radio. En 2005, 37% des célibataires américains ont recours à la rencontre en ligne. Des études montrent aussi que, peu avant 2010, environ 22% des couples hétérosexuels (et 61% des couples homosexuels) se sont formés via internet.

Réalité fantasmée

Le Pr Harry T. Reis, spécialiste de psychologie à l'Université de Rochester et l'un des co-auteurs de l'étude de Psychological Science in the Public Interest, voit aussi, dans ce nouveau développement possible des relations, un élément permettant d’établir un facteur prédictif de santé physique et psychologique. Que l’on y ait eu recours ou pas, on sait que ce type de site implique la comparaison de dizaines de profils de partenaires possibles. On est là dans une autre forme de réalité, souvent fantasmée, qui peut paradoxalement renforcer des tendances latentes de fermeture à l’autre. Renforcer aussi la recherche obsessionnelle de l’âme sœur qui ne peut correspondre qu’à des critères très étroits d’attractivité physique et/ou de situation financière.

Toujours aux Etats-Unis, les hommes visionnent trois fois plus de «profils» que les femmes. Ils sont plus susceptibles d'initier un contact avec une femme après avoir vu son profil que les femmes après avoir vu le profil d'un homme (12,5% contre 9%). On aurait tort, pour autant, d’imaginer que les sites de rencontre en ligne offrent des garanties scientifiques dans les critères de sélection et de mise en relation. Là aussi, le hasard peut très bien faire les choses. Ou pas.

 

1. L’intégralité (en anglais) de cet article est disponible ici.

2. Ses auteurs travaillent à la Northwestern University, à la Texas A&M University, à l’University of California ainsi qu’à l’University of Rochester et à l’Illinois State University. L’intégralité (en anglais) de cette étude est disponible ici.

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