Sexualité de l'homme âgé: les bienfaits de la testostérone

Dernière mise à jour 20/04/16 | Article
Sexualité de l'homme âgé: les bienfaits de la testostérone
Les premiers résultats d'une grande étude sur la sexualité de l'homme de plus de 65 ans viennent de tomber: un traitement par la testostérone peut améliorer divers aspects de sa sexualité. Il pourrait d'ailleurs en aller de même chez la femme.

Les taux sanguins de testostérone mesurés chez l'homme connaissent généralement une diminution progressive avec l'âge. Au point d'entraîner une baisse de mobilité, une fonction sexuelle réduite, ou un manque d'énergie. Il a donc paru pertinent de voir si un renforcement du taux de testostérone pouvait remédier à ces inconvénients.

Tel a ainsi été le but d'une série de sept études en double aveugle, la TTrials Study, menée par des chercheurs de l'Université de Floride et de l'Université de Pennsylvanie ainsi que de onze autres institutions médicales américaines. Les résultats des trois premières études (les plus importantes) viennent de faire l'objet d'une publication dans le réputé New England Journal of Medicine.

Après avoir contacté par correspondance plus de 51 000 participants potentiels, et avoir procédé à un premier tri par téléphone, puis à deux examens cliniques chez près de 22 000 d'entre eux, les responsables de l'étude n'ont finalement retenu pour la suite que 790 individus.

Il fallait en effet non seulement que leur taux de testostérone soit réputé trop bas, mais aussi qu'ils n'aient pas souffert d'un cancer de la prostate ni d'un accident cardiovasculaire ou d'une attaque cérébrale durant les trois derniers mois. Il était aussi important qu'ils ne fassent pas l'objet d'un traitement susceptible de modifier leur taux de testostérone.

Gel contre leurre

Les 790 hommes ainsi recrutés allaient participer à l'une au moins des trois études principales, d'une durée d'une année, centrées respectivement sur la fonction sexuelle, sur la fonction physique, et sur la vitalité. Pour participer à la première, il leur fallait toutefois confirmer en outre qu'ils souffraient d'une baisse notable de la libido et que leur partenaire se prêtait bien à un rapport sexuel au moins deux fois par mois.

Comme le principe de la TTrials Study veut que l'on compare à l'aveugle et à l'insu des investigateurs l'efficacité du médicament ou d'un placebo, les participants furent séparés après tirage au sort en deux groupes. Le premier groupe était traité par un véritable gel à la testostérone (appliqué sur les épaules, l'abdomen et les bras), alors que le second se voyait prescrire un gel de même apparence mais dénué de principe actif.

Il a ensuite été procédé à un dosage régulier de leur testostérone (après un, deux, trois, six, et neuf mois) afin de vérifier que sa concentration sanguine restait dans les normes visées, à savoir celle rencontrée en moyenne chez les hommes âgés de 19 à 40 ans. Au besoin, les expérimentateurs pouvaient procéder à un ajustement de la concentration en testostérone du gel administré.

Des résultats contrastés

Pour chacune des trois études principales, l'efficacité du traitement fut évaluée chaque trimestre, par comparaison avec les données enregistrées au début de l'étude.

En ce qui concerne la fonction sexuelle, les chercheurs s'appuyèrent sur divers questionnaires pour déterminer l'éventuelle amélioration de l'activité sexuelle, de la fonction érectile, ou de la libido. Pour l'étude sur la fonction physique, le critère d'appréciation fut le pourcentage des individus capables d'augmenter d'au moins 50 mètres la distance parcourue durant une marche-test de six minutes. Quant à la troisième, celle dite de la vitalité, c'est une échelle classique d'évaluation d'une thérapie (FACIT), utilisée ici pour mesurer la fatigue, qui constitua la référence.

Pour les 705 sujets qui allèrent jusqu'au bout des douze mois d'étude, les résultats sont assez clairs, bien que contrastés d'une étude à l'autre. Ainsi, alors que l'augmentation des performances est assez nette durant les trois premiers mois pour les études «fonction physique» et «vitalité», tant pour le groupe traitement que pour le groupe placebo (!), l'avantage du traitement par rapport au placebo n'est significativement avéré que pour la fonction sexuelle. Pour la vitalité, il est à peine perceptible vers la fin de l'étude, et pour la fonction physique il est surtout vérifié après six mois.

Fonction sexuelle gagnante

C'est donc pour l'étude spécifique sur la fonction sexuelle que les avantages du traitement à la testostérone sont les plus marquants. Même si, après l'augmentation nette des trois premiers mois, la courbe s'infléchit ensuite progressivement, et qu’au final les bienfaits sont qualifiés de modérés. On relève par exemple que l'augmentation significative du désir sexuel est près de trois fois supérieure chez les sujets traités, et que leur score de la fonction érectile est plus de 2,5 fois supérieur. L'avantage du traitement à la testostérone affecte aussi leur humeur, en réduisant de façon significative les symptômes dépressifs. Quant aux effets secondaires rapportés par l'étude (augmentation de l'antigène prostatique spécifique –PSA– ou événements cardiovasculaires), ils ne diffèrent pas significativement d'un groupe à l'autre.

Les auteurs mettent toutefois en garde contre des conclusions hâtives: «Il est encore trop tôt, écrivent-ils, pour énoncer quelque recommandation thérapeutique que ce soit, tant que ne seront pas connus les résultats des quatre autres études spécifiques, centrées sur la fonction cognitive, les os, le système cardiovasculaire, et l'anémie».

Chez les femmes aussi?

Enfin, il est intéressant de relever que les résultats de cette étude TTrials rejoignent les éléments d'un article consacré au trouble du désir sexuel hypoactif chez la femme, publié en mars dans la Revue Médicale Suisse par le Dr Patrick Meyer de Genève. Sous ce vocable un peu sibyllin, les spécialistes font allusion à la perte de tout intérêt pour le sexe, un désordre qui frapperait au moins 10% des femmes.

Bien que l'influence de cette hormone sur le désir sexuel de la femme reste méconnue, l'endocrinologue genevois cite quelques études qui concluraient à un bénéfice significatif, quoique modéré, surtout chez les femmes ménopausées et en l'absence de contre-indications telles que cancer du sein ou maladies cardiovasculaires.

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Références

  • P.J. Snyder et al. N Engl J Med 2016;374:611-24
  • P. Meyer, Rev Med Suisse 2016;12:540-3

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