Comment parler de sexualité aux ados?

Dernière mise à jour 05/12/18 | Article
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Période de changements et premiers émois, l’adolescence est une étape sensible. Si le dialogue autour de la sexualité s’avère nécessaire, il n’en reste pas moins complexe. Embarras, pudeur, écart générationnel… Comment instaurer une relation de confiance pour échanger sur ce sujet encore tabou?

«Aborder la sexualité avec un adolescent reviendrait à lui donner le "feu vert" ou la permission de l’explorer». Telle est en tout cas l’une des idées reçues ancrées chez certains parents. Les études scientifiques montrent pourtant le contraire. L’éducation sexuelle est associée à une découverte plus progressive et sécurisante de la sexualité. Mais la discussion, selon les professionnels de santé, ne devrait pas se limiter à la prévention des risques. En effet, les sujets du plaisir et des émotions participent aussi à la transmission de valeurs et de limites. Autre question récurrente, celle de l’âge conseillé pour en parler. C’est autour de 11 ans qu’il faudrait, au plus tard, commencer à dialoguer, mais le plus tôt est le mieux. L’astuce: profiter d’occasions du quotidien (lire l’encadré) pour partager régulièrement, de façon naturelle et informelle.

L’importance des mots

Pour aller plus loin…

«Sciences, sexes, identités»

Ressources (sites web, vidéos…) proposées par des spécialistes pour s’informer et mieux dialoguer avec son enfant.

www.unige.ch/ssi/ressources

Appelons un chat… un chat! Employer les mots exacts est important, et ce, dès le plus jeune âge. Il est conseillé, par exemple, de dire «pénis» ou «vulve» plutôt que «zizi» ou «zézette». Car ces euphémismes transmettent à l’enfant une notion de honte et de tabou autour de ses organes génitaux. Opter pour une terminologie anatomique correcte participerait à la construction d’une meilleure estime de soi.

Puberté, contraception et pratiques

Premiers poils, règles ou éjaculations, mais aussi naissance du désir… Parler de la puberté permet de diminuer la pléthore d’interrogations et d’émotions qu’elle génère. Les questions relatives aux pratiques sexuelles restent en revanche plus difficiles à évoquer. Pourtant, outre les caresses et la pénétration, le sexe oral et anal –parfois pratiqués pour éviter les grossesses non désirées mais sans penser aux possibles maladies– sont aussi explorés par les ados. Il est donc essentiel de discuter ensemble des moyens préventifs contre les IST (comme le préservatif) et de la contraception (pilule, implant, etc.).

«Suis-je dans la norme?»

«Ai-je le droit de ressentir ou faire cela?», «Suis-je normal(e)?». Entre 10 et 17 ans, la notion de normalité plonge tout adolescent dans une profonde réflexion. Et ce d’autant plus s’il découvre qu’il est gay ou lesbienne, ou s’il ressent une autre identité de genre. La «différence» peut être vécue comme une honte, un fardeau, et l’expose au rejet et au harcèlement. Le dialogue, le respect et le soutien inconditionnel de la part de l’entourage sont nécessaires au bien-être de l’enfant. La masturbation, autre sujet délicat, est une pratique souvent stigmatisée. Elle est pourtant tout à fait courante et attendue, et n’est rien d’autre qu’une façon (sans risques) de découvrir sa sexualité. A l’inverse, l’abstinence sexuelle imposée n’est, sur le plan éducatif et émotionnel, pas conseillée. Il faudrait donc suggérer, au contraire, un apprentissage progressif, protégé, en accord avec soi-même et avec son partenaire. Un respect mutuel qui implique toujours la notion incontournable du consentement.

Menaces virtuelles, mais bien réelles

Le consentement, c’est aussi ce dont il s’agit concernant l’utilisation d’Internet par les ados. L’avènement du mobile et des réseaux sociaux a fait émerger ces dernières années de nouvelles formes d’exploitation et de harcèlement sexuels. Parmi elles, les menaces de diffusion d’images compromettantes (ou revenge porn) ou des abus sur des sites de rencontres. Des phénomènes qui aboutissent parfois à des situations dramatiques.

A surveiller également, la pornographie, dont l’accès est aujourd’hui généralisé. Les enfants, qui y sont désormais confrontés très jeunes –en moyenne au sortir du primaire–, en retirent une perception erronée de la sexualité. Elle peut en outre générer complexes, stéréotypes et pratiques violentes. Le dialogue et l’information garantissent la sécurité des enfants et facilitent la création d’un lien de confiance entre générations.

Et si on en parlait…

A quelles occasions peut-on parler de sexualité?

  • L’enfant se pose des questions sur son corps et sa puberté. Qu’est-ce que ça change? Quels sont les enjeux biologiques et psychologiques?
  • Il/elle assiste à un événement familial tel qu’une grossesse, une naissance, un «coming out». Une occasion d’évoquer la reproduction, les relations, l’identité de genre.
  • Il/elle entend des mots courants mais qu’il ne connaît pas («testicules», «clitoris», «orgasme», etc.) ou des insultes. Quel est leur sens ou leur portée?
  • Il/elle voit une émission, une publicité dans les médias. Des infos, parfois des idées reçues, à évoquer, notamment l’idéalisation du corps.
  • Il/elle voit un reportage au téléjournal qui relaye un viol ou tout autre crime sexuel. Il est question des notions cruciales de consentement et de respect.
  • Il/elle visionne des images pornographiques. Un «débriefing» autour de ce qu’a ressenti l’enfant est souvent utile. Aborder l’absence de relations affectives entre les acteurs, l’uniformité des organes génitaux (absence de poils, taille) qui n’est pas représentative de la diversité naturelle des corps, et le fait que le coït n’est qu’une des multiples facettes de la sexualité.

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Adapté de «Sexualité et adolescence: liaisons dangereuses?», Dr Michal Yaron, Dre Cindy Soroken, Dre Françoise Narring, Service de pédiatrie générale, Département de l’enfant et de l’adolescent, HUG; Dre Céline Brockmann et Dr Arnaud Merglen, Faculté de médecine, Université de Genève. In Revue Médicale Suisse 2018;14:843-8.

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Paru dans Planète Santé magazine N° 32 - Décembre 2018

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