Stress au travail : les singes peuvent nous faire la leçon

Dernière mise à jour 16/04/13 | Article
Stress au travail: les singes peuvent nous faire la leçon
Pourquoi certains salariés sont-ils dans des états de stress permanent? Des chercheurs britanniques se sont penchés sur la question avec l’aide de macaques de Barbarie. D’autres chercheurs, français et danois, observent de quelle manière le singe vert pourrait nous aider à résoudre certains conflits. Et ils nous fournissent une explication biologique qui pourrait fort bien s’appliquer à l’homme.

Aimeriez-vous savoir pourquoi ce sont le plus souvent les membres des classes sociales dites «intermédiaires» qui souffrent le plus de stress? C’est précisément cette question que se posaient un groupe de cinq chercheuses des Universités de Manchester et de Liverpool. Et pour avoir une réponse digne d’intérêt elles se sont intéressées au singe, et plus précisément à la femelle du «macaque de Barbarie». Les études sur ces animaux peuvent, dans ce domaine, être plus riches d’enseignement que celles sur les rongeurs.

Macaca sylvanus est, selon les spécialistes, le seul primate, avec l’homme, à s’être installé en Europe. Les plus grandes populations vivent en Afrique du Nord, au Maroc et en Algérie. Mais une petite communauté survit actuellement sur le rocher de Gibraltar, territoire britannique, à l’extrémité méridionale de la péninsule Ibérique. Ce qui n’est peut-être pas totalement étranger au choix des universitaires britanniques. Ce travail scientifique vient d’être publié dans la revue General and Comparative Endocrinology et un résumé (en anglais) est disponible ici.

Des traces de stress dans les fèces

Les chercheurs assurent avoir observé durant près de 600 heures des femelles macaques de Barbarie à Trentham Monkey Forest, dans le Staffordshire. Leur travail consistait pour l’essentiel à surveiller une seule femelle durant toute une journée en enregistrant la somme des situations de comportement social dans une communauté: les menaces mais aussi les poursuites, les gifles, les comportements de soumission, les déplacements, les cris, les grimaces, les embrassades, le toilettage, etc. Puis, le lendemain, après récupération des fèces, les chercheuses évaluaient les niveaux des «hormones du stress» à partir de leurs métabolites dans des échantillons fécaux de cette même femelle. Il s’agissait alors de doser les métabolites des glucocorticoïdes fécaux, une technique parfaitement codifiée et utilisée récemment comme on peut le voir ici chez un autre animal que l’on imagine fréquemment stressé: Crocuta crocuta, ou hyène tachetée. Cette technique est notamment utilisée pour tenter dévaluer le stress des animaux d’élevage.

Dans cette étude les enregistrements biologiques montrent que les plus hauts niveaux de ces hormones sont retrouvés dans les jours qui suivent des comportements agressifs. Et c’est surtout chez les singes situés au milieu de la hiérarchie sociale du groupe que l’on retrouve les plus hauts niveaux d’une production hormonale associée aux stress. Or les chercheurs observent que ces singes du «milieu de la hiérarchie» sont impliqués dans des conflits à la fois avec leurs «inférieurs» et avec leurs «supérieurs». C’est là un rang plus difficile à conserver que les deux autres. Ces macaques se montrent aussi plus susceptibles que leurs inférieurs d’être repoussés par les singes dominants. Et l’on peut imaginer que ceux du bas de l’échelle font des pieds et des mains pour, ignorant ce qui les attend, prendre coûte que coûte leur place sur les barreaux qu’ils occupent.

Pour les chercheurs il est possible d'appliquer ces résultats à d'autres espèces sociales, y compris aux hiérarchies humaines et en milieu professionnel. Les cadres intermédiaires peuvent avoir des niveaux plus élevés d'hormones de stress que les dirigeants et que leurs équipes. Pour progresser, ils devront relever de nouveaux défis, tout en maintenant leur autorité sur leurs collaborateurs. La dure vie du cadre en somme.

On ne peut manquer de rapprocher cette étude d’une autre observation, française cette fois-ci, qui pourrait se révéler riche d’enseignement pour l’homme. Elle vient d’être publiée dans la revue Current Biology (on en trouvera un précieux résumé –en anglais– ici). Ce travail a été mené par un groupe de chercheurs danois et français dirigé par Ronald Noë (Laboratoire d’éthologie évolutive, Cnrs, Université de Strasbourg), qui a suivi et observé le jeu social de deux groupes de singes verts vivant en liberté, l’un dans un parc d'Afrique du Sud, l’autre en captivité en France. Ils ne sont pas intervenus dans leur jeu.

Représentants syndicaux et directeurs des ressources humaines

Dans chacune de leurs expériences (dites «du cercle interdit») un singe femelle avait été formé pour savoir ouvrir un récipient contenant une grande quantité de nourriture; mais seulement lorsque les autres singes dominants restaient en dehors d’un cercle fictif. Les autres singes devaient comprendre d’eux-mêmes les règles du jeu, et si l’envie leur prenait de s’emparer des friandises, ils devaient faire preuve d’une certaine retenue.

Les auteurs de ce travail ont observé qu’un par un (et sans aucune indication fournie par l'homme) les singes dominants ont compris les règles et appris à «se contrôler». Dès que l’un d'entre eux faisait preuve de «retenue», le singe formé ouvrait le récipient de nourriture. Les premiers singes dominants ont ainsi montré l’exemple puis attendu patiemment que chacun de leurs pairs fasse de même. Pour ces chercheurs la morale de l’histoire est assez simple. Nous pouvons selon eux faire l’économie de processus cognitifs sophistiqués (tenter de comprendre les mécanismes de la pensée des autres ou nous exprimer en ayant recours à des langages sophistiques) pour résoudre des conflits ou trouver une solution à des enjeux sociaux complexes.

Avec un peu de patience, et pendant que les autres apprennent, nous pouvons collectivement nous adapter à des situations difficiles. Et trouver des solutions efficaces sans perdre du temps en conflits violents et palabres interminables. Représentants syndicaux et directeurs des ressources humaines sont-ils abonnés à Current Biology?

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