Intoxications par les champignons

Dernière mise à jour 22/01/14 | Article
Intoxications par les champignons
Parmi les milliers d’espèces de champignons décrites à travers le monde, seule une centaine est toxique pour l’homme. Nous passons en revue les principales intoxications par les champignons rencontrées par l’homme. Certaines sont à prendre plus au sérieux que d’autres…

Plus le temps passe, plus c’est grave

En cas d’intoxication par des champignons, plus les symptômes prennent du temps à se manifester, plus l’intoxication risque d’être grave. Les médecins classent ces intoxications en deux grands groupes: celles à symptômes précoces, qui surviennent moins de 6 heures après l’ingestion des champignons, et celles à symptômes tardifs, qui surviennent plus de 6 heures après l’ingestion.

Si les symptômes sont tardifs, il convient de se rendre immédiatement aux urgences, afin de bénéficier d’une prise en charge le plus rapidement possible. Notons qu’il n’est pas rare de consommer plusieurs espèces de champignons en même temps, ce qui peut provoquer des confusions quant au degré de gravité de l’intoxication.

Cependant, dans la majeure partie des cas, les symptômes apparaissent dans les 15 minutes à 3 heures qui suivent l’ingestion des toxines et n’ont, pour ainsi dire, pas de conséquences durables sur la santé.

Les symptômes précoces (< 6 heures)

Les intoxications à symptômes précoces ne sont que très rarement dangereuses pour la santé et impliquent quasiment toujours des troubles gastro-intestinaux. Elles ressemblent en ce sens aux intoxications alimentaires classiques. Les traitements sont généralement symptomatiques: médicaments contre la nausée et les vomissements, calmants et, dans les cas de vomissements et de diarrhées aigus, des traitements réhydratants.

Les principales intoxications par les champignons à symptômes précoces sont:

Le syndrome gastro-intestinal (résinoïdien)

Il s’agit de l’intoxication la plus fréquente. Elle implique une grande variété de champignons et de toxines. Les symptômes apparaissent généralement dans les 15 minutes à 3 heures qui suivent le repas et se manifestent par des nausées, des vomissements, des diarrhées et des douleurs abdominales. Certains champignons, comme le Bolet Satan ou le Tricholome tigré,peuvent générer des troubles gastro-intestinaux relativement sévères, pouvant se manifester jusqu’à huit heures après leur consommation. Ils ne représentent néanmoins pas un danger véritable pour la santé. Des champignons comestibles consommés en trop grande quantité ou qui seraient restés trop longtemps dans un sac plastique peuvent également provoquer ce type de symptômes.

Le syndrome muscarinien

La muscarine est la toxine associée à ce syndrome. Elle agit dans les 15 minutes à deux heures qui suivent le repas. Ses manifestations les plus fréquentes sont des nausées, des vomissements, des diarrhées, des douleurs abdominales, un rétrécissement inhabituel de la pupille, une sécrétion exagérée de salive, une toux grasse, des sueurs, un ralentissement du rythme cardiaque ainsi que des chutes de tension.

Le syndrôme panthérinien

Les isoxazoles sont les principales toxines impliquées dans le syndrome panthérinien. Les effets de cette intoxication apparaissent dans les 30 minutes à 3 heures qui suivent le repas et affectent tout particulièrement le système nerveux. Ses symptômes principaux sont: nausées et vomissements, agitation, confusion, délire, hallucinations, augmentation du rythme cardiaque (tachycardie) et dilatation des pupilles. Chez les enfants, cette intoxication peut provoquer des spasmes.

Le syndrome coprinien

L’aminocyclopropanol est la toxine associée au syndrome coprinien. On la trouve surtout dans un champignon appelé le Coprin noir d’encre. Lorsque cette toxine est consommée avec de l’alcool, elle provoque des bouffées de chaleurs, des rougeurs (flushs) au niveau du visage, des maux de tête, une augmentation du rythme cardiaque, des sueurs ainsi que des chutes de tension. Ces symptômes apparaissent dans les 30 minutes à une heure après l’interaction entre la toxine et l’alcool. Notons que celle-ci peut demeurer active, en présence d’alcool, pendant trois jours.

Le syndrome narcotinien

Ce syndrome concerne les champignons dits hallucinogènes. Ces derniers sont le plus souvent consommés de manière volontaire et récréative. Ses effets apparaissent dans les 30 minutes qui suivent sa consommation et ressemblent à ceux du LSD: euphorie ou anxiété, hallucinations visuelles et auditives, distorsion du temps et de l’espace. Ces effets peuvent également s’accompagner de nausées, de maux de têtes, d’une augmentation du rythme cardiaque (tachycardie) et d’une dilatation des pupilles. Une consommation massive de champignons hallucinogènes peut provoquer un coma, un infarctus, des convulsions et peut même mener jusqu’à la mort. Les effets du syndrome narcotinien durent entre deux et quatre heures et disparaissent généralement complètement dans les 12 à 48 heures qui suivent sa consommation.

Syndrome paxillien

Ce syndrome rare est causé par la consommation de paxilles enroulés crus ou mal cuits. Cette intoxication provoque le plus souvent des troubles gastro-intestinaux, bien que dans certains cas une destruction des globules rouges (anémie hémolytique) peut être provoquée.

Les symptômes tardifs (> de 6 heures)

Les intoxications à symptômes tardifs sont en général graves, voire mortelles. Elles s’attaquent le plus souvent au foie (atteinte hépatique) et aux reins (atteinte rénale). Les traitements s’accomplissent en soins intensifs et requièrent le plus souvent une réhydratation et, dans les cas sérieux, une transplantation d’organe.

Les principales intoxications par les champignons à symptômes tardifs sont:

Le syndrome phalloïdien

Plusieurs toxines sont associées au syndrome phalloïdien, qui peut être mortel. Parmi les champignons responsables de ce syndrome, nous trouvons certaines amanites (phalloïde, vireuse et printanière), certaines lépiotes (brun-incarnat, helvéolée, de Josserand) et certaines galères. Les premiers symptômes de cette intoxication apparaissent dans les 6 à 24 heures qui suivent la consommation de champignons. Ils se manifestent par des nausées, des vomissements importants et des diarrhées qui peuvent évoluer vers une déshydratation et une insuffisance rénale aiguë (les reins cessent de fonctionner). Ces premiers symptômes ont ensuite tendance à s’estomper, entre la 36e et la 48e heure qui suit l’intoxication. Mais ce n’est que partie remise. Car, entre le troisième et le cinquième jour après l’ingestion de la toxine, une destruction progressive des cellules du foie s’enclenche (cytolyse hépatique). Si l’intoxication est modérée et prise en charge dans les délais, cet état peut s’améliorer dans les dix à douze jours.

Le syndrome orellanien

La toxine associée à ce syndrome est l’orellanine. On la trouve tout particulièrement dans des champignons de type cortinaire, qui sont recouverts d’un voile fin et léger.Cette toxine agit sur les reins, provoquant des insuffisances qui peuvent devenir chroniques. Les symptômes prennent entre 26 heures et 17 jours à se manifester. Des troubles digestifs passagers peuvent apparaître dans les 24 à 36 heures  suivant l’ingestion de l’orellanine. L’insuffisance rénale peut spontanément s’améliorer ou devenir chronique.

Le syndrome gyromitrien

La gyromitrine est la toxine responsable de cette intoxication. On la trouve dans le gyromitre, un champignon qui peut être confondu avec une morille. Les symptômes de cette intoxication peuvent être très variables, mais débutent généralement par des nausées, des vomissements, des douleurs abdominales et des diarrhées. Ces manifestations apparaissent dans les 6 à 24 heures qui suivent l’intoxication. Après deux à trois jours, la toxine s’attaque aux cellules du foie (atteinte hépatique, cytolyse). Cette atteinte peut s’accompagner d’une destruction des globules rouge du sang (hémolyse) et d’une insuffisance rénale. Lorsque l’intoxication est sévère, elle provoque une agitation, des convulsions et, parfois, un coma.

Les nouveaux syndromes

Depuis une dizaine d’années, plusieurs nouveaux syndromes ont été observés. En voici quelques-uns:

Le syndrome proximien

Les toxines associées à ce syndrome sont pour l’heure inconnues. Elles provoquent des troubles digestifs dans les huit à quatorze heures qui suivent le repas, puis s’attaquent au foie  et aux reins  dans les 24 heures à 4 jours qui suivent l’intoxication. Généralement, cet état s’améliore par lui-même. Mais, comme les effets du syndrome proximien sont extrêmement variables, tous les convives ayant consommé cette toxine devraient procéder à un bilan sanguin. Ceci vaut aussi pour ceux qui ne ressentent aucun symptôme.

Le syndrome acromélalgien

Les toxines associées à ce syndrome sont les acides acroméliques. Leurs effets se manifestent par des sensations de fourmillement et de brûlures, ainsi que des gonflements et des rougeurs (érythème et œdème), généralement au niveau des jambes et des pieds. Ces symptômes apparaissent dans les 24 heures qui suivent l’intoxication et peuvent durer parfois plusieurs mois.

La rhabdomyolyse

La rhabdomyolyse est le terme clinique utilisé pour décrire une destruction progressive du tissu de certains muscles dits striés. Les symptômes de la rhabdomyolyse sont des douleurs aux muscles ainsi qu’une coloration sombre des urines. Consommé en quantité excessive, le tricholome équestre, un champignon a priori comestible, peut induire une rhabdomyolyse dans les 24 à 72 heures qui suivent sa consommation. Cette intoxication peut s’avérer fatale, en particulier chez des personnes souffrant d’une défaillance cardio-respiratoire.

Les atteintes du système nerveux central

L’acide polyporique, que l’on trouve notamment dans un champignon appelé polypore rutilant,est une toxine qui s’attaque au système nerveux central. Les symptômes de cette intoxication prennent plus de douze heures à se manifester. On lui associe des troubles digestifs, une atteinte au foie et aux reins ainsi que des vertiges, des difficultés à coordonner ses mouvements (ataxie), des troubles visuels et des somnolences. La marque de fabrique de ce type d’intoxication par acide polyporique reste l’apparition d’urines violettes.

Prendre des précautions

Les services d’urgences accueillent régulièrement des personnes se plaignant d’intoxication aux champignons. Dans la majeure partie des cas, ces intoxications sont bégnines. Mais, pour une infime partie d’entre elles, les conséquences peuvent êtres gravissimes, voire mortelles. C’est pour cette raison qu’en cas de doute il convient de faire contrôler ses champignons avant de les consommer. La liste des contrôleurs agréés est disponible sur le site www.vapko.ch.

Référence

Adapté de «Intoxication par les champignons», Dr Lionel Trueb et Dr Pierre-Nicolas Carron, Service des urgences, CHUV ; Dr Philippe Saviuc, Centre de toxicovigilance, CHU Grenoble, in Revue médicale suisse 2013: 9: 1465-1472, en collaboration avec les auteurs. 

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