Se faire vacciner contre la grippe, c’est maintenant

Dernière mise à jour 21/11/12 | Article
Se faire vacciner contre la grippe, c'est maintenant
La vaccination est une arme efficace pour lutter contre la grippe. Mais fabriquer le vaccin n'est pas si simple et des dépôts de protéines peuvent subsister dans les produits. Eclairages.

De quoi on parle?

Les faits

Le 24 octobre dernier, l’organe de contrôle des médicaments Swissmedic a ordonné préventivement l’arrêt immédiat des livraisons de certains vaccins antigrippaux. En cause: la découverte de particules blanches dans certains lots.

Le bilan

Les particules découvertes se sont avérées n’être que des agglutinations de composants protéiques ordinaires du vaccin, sans danger pour la santé. L’interdiction a été levée sept jours plus tard. La campagne de vaccination suit donc son cours sans embûches.

Une fidèle visiteuse hivernale ne va pas tarder à frapper à nos portes. C’est en effet entre les mois de décembre et de mars que la grippe traverse nos régions après un long périple à travers le globe. Après avoir circulé en Australie durant l’hiver (notre été, donc),elle suit le parcours des populations, changeant de pays avec les saisons.

Sous nos latitudes, c’est très souvent par Genève qu’elle fait son entrée dans le pays, puis continue sa route vers l’est. Alors que la Suisse lance sa campagne de vaccination, un accroc a, cette année, failli bousculer le processus. En effet, certaines doses de vaccins ont été suspectées de contenir des impuretés. Il s’est avéré que ces doses ne représentent aucun danger. Retour à la normale, donc. En attendant que les Suisses fassent ou non le choix du vaccin, les spécialistes préparent notre hiver en suivant le périple du virus.

«Pour comprendre quelle sera l’ampleur de l’épidémie, on observe comment les virus qui circulent se comportent dans les autres pays, explique Claire-Anne Siegrist, pédiatre et présidente de la Commission fédérale de vaccination. Cette année, par exemple, si l’on regarde ce qui s’est passé en Australie, on s’aperçoit qu’il y a eu deux fois plus de cas que l’an dernier. L’épidémie a touché surtout les enfants de moins de 5 ans et les personnes de 70 ans et plus. Beaucoup ont d’ailleurs dû être hospitalisés. Il est cependant toujours possible que le virus mute avant d’arriver sous nos latitudes, devenant plus ou moins agressif.»

Populations fragiles

Considérant qu’il faut au moins quinze jours pour que l’immunité du vaccin soit déclenchée, c’est entre la mi-octobre et la fin novembre qu’il faut idéalement s’y soumettre. La vaccination est recommandée à des catégories de la population précises: les personnes malades ou fragilisées, celles de 65 ans et plus, les femmes enceintes et toutes les personnes amenées à être en contact avec ces publics et les bébés de moins de 6mois – les nourrissons sont sensibles au virus mais trop jeunes pour être vaccinés.

Les virus de la grippe ont la particularité de muter d’une saison à l’autre, il faut alors sans cesse adapter le vaccin. «Pour sa création, il existe un processus très standardisé», fait remarquer le Dr Yves Thomas, responsable du Centre national de référence de l’Influenza aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).Chaque année, en février, l’Organisation mondiale de la santé annonce ses recommandations sur le choix des souches virales à utiliser pour la création du vaccin. «Ces souches sont détectées quelque part dans le monde et doivent être liées à l’épidémie de grippe la plus récente possible, reprend le spécialiste. Ainsi, pour février 2012, des experts ont sélectionné des souches identifiées en décembre 2011.» Mais ces souches virales que l’on trouve dans la nature se reproduisent mal et ne sont pas idéales pour fournir les protéines du vaccin; il faut donc les croiser avec d’autres souches, qui amélioreront leur qualité. L’environnement idéal pour opérer ce mélange et fabriquer le vaccin est l’œuf de poule qui contient déjà un embryon. Le virus inactivé est introduit dans une poche à air de l’œuf, puis après incubation, le virus actif est récolté et le liquide purifié.

Grande sécurité

Les protéines du vaccin sont ensuite récoltées. On leur ajoute des stabilisants permettant leur stockage et des agents conservateurs évitant la contamination par des microbes. Le vaccin est ensuite testé pour s’assurer de son innocuité et de l’absence de produits non désirés. Cette méthode de production est utilisée depuis la fin des années 1940. On a donc suffisamment de recul pour affirmer qu’elle assure une grande sécurité d’utilisation pour les humains.

Encore faut-il qu’il y en ait assez. Le retrait temporaire des 160 000 doses a «rapidement créé un manque, souligne le Dr Thomas. Mais les autorités ont très vite contacté d’autres producteurs de vaccins pour leur demander s’il leur était possible d’importer davantage de vaccins en Suisse. Tout cela, bien entendu, avec l’aval de Swissmedic, qui certifie la qualité des produits». Quant à savoir si la pénurie guette malgré tout, le Dr Thomas explique que la situation s’est bien détendue avec la remise en circulation des lots suspectés à tort,«mais nous sommes au début de la campagne de vaccination, et cela peut encore durer un bon moment. Une chose est sûre, un très grand nombre de doses sont disponibles et une large majorité de gens auront leur vaccin». La possibilité d’une pénurie paraît donc s’éloigner.

Processus de fabrication des vaccins

1,3 million de vaccins pour la Suisse

Chiffres

En Suisse, la grippe est responsable chaque année de 100 000 à 250 000 consultations médicales, de 1000 à 5000 hospitalisationset de quelque 1500 décès. Pour contrer la maladie, la Confédération aurait besoin de 1,3 million de doses de vaccins. 400 000 doses n’ont pu être livrées cette année. D’une part parce que le fabricant néerlandais Crucell a été contraint de bloquer ses livraisons en Europe après avoir relevé des anomalies sur la stérilité des vaccins. D’autre part parce que 160 000 doses sorties des Laboratoires Novartis ont été bloquées suite à la découverte d’impuretés. Depuis, ces doses ont été remises sur le marché et, le 31 octobre dernier, le gel des importations a été levé. La Suisse devrait donc recevoir suffisamment de doses de vaccin pour faire face à la grippe.

«La vaccination obligatoire est dépassée»

Prévention

Si le vaccin contre la grippe est vivement recommandé pour certaines catégories de la population, d’autres sont également conseillés. Mais est-on obligé de se faire vacciner? Réponses du Pr Claire-Anne Siegrist, pédiatre et présidente de la Commission fédérale de vaccination. «La notion de vaccination obligatoire est historique et dépassée. Les seules situations où l’on pourrait envisager d’obliger l’ensemble de la population à se faire vacciner seraient en cas d’énormes dangers avérés pour la santé. Mais même entre 2009 et 2010, quand tout le monde craignait une pandémie de grippe A sévère, qui ne s’est finalement pas confirmée, aucun pays au monde n’a envisagé l’obligation de vaccination. Il existe en revanche des recommandations officielles. Et si l’on a tendance à croire que celles-ci ne touchent que les jeunes enfants, elles sont valables pour tous. Il est vrai que les plus jeunes ont davantage de risques d’être contaminés car leur système immunitaire n’est pas encore développé. Mais chez les adolescents, on s’inquiétera de la varicelle si elle n’a pas encore été contractée, de l’hépatite B ou du cancer du col de l’utérus. Enfin, chez les adultes il est recommandé de se mettre à jour sur les vaccins contre le tétanos, la diphtérie ou la coqueluche. Pour savoir si vous êtes à jour, vous pouvez montrer votre carnet de vaccination à votre généraliste ou à un pharmacien, ou alors vous rendre sur www.mesvaccins.ch. A noter qu’en Suisse tous les vaccins sont remboursés par l’assurance-maladie de base, à l’exception des vaccins des voyageurs.»

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