Allergies à l’arachide: deux traitements en vue

Dernière mise à jour 22/01/13 | Article
Allergies  à l’arachide: deux traitements en vue
Celles et ceux qui en sont atteints savent à quel point cette allergie peut compliquer la vie. Deux nouvelles méthodes pour se débarrasser de ce handicap sont en cours d’évaluation. Explications.

Etre allergique à l’arachide, c’est d’abord souffrir de cet état. C’est ensuite découvrir l’omniprésence de la graine de cette plante. Une graine que l’on appelle la cacahuète et que l’on se plait parfois à orthographier cacahouète. Omniprésence car des extraits de cette dernière sont utilisés dans de multiples préparations de l’industrie agro-alimentaire. La graine est présente dans le fruit (une gousse) de l’arachide. Quant à l’arachide (Arachis hypogaea) c’est une plante originaire du Mexique. Une plante que l’homme a rangée dans la famille des légumineuses; une plante pérenne de quelques dizaines de centimètres et dotée, à la saison, de fleurs d’un jaune orangé. Principaux producteurs mondiaux: Chine, Inde, Nigéria, Etats-Unis, Indonésie et Soudan.

Les mystères de la vie des plantes font que le fruit-gousse issu de ces fleurs mûrit dans le sol, à une profondeur de 3 à 5 cm. Et comme rien n’est jamais simple la graine-cacahuète (enveloppée d’une cuticule rouge) peut aussi être désignée sous le nom de la plante-arachide  dont elle est issue. Et cette plante dont la graine peut déclencher des allergies chez l’homme n’est pas, elle non plus, indemne de maladies. L’une d’entre elle – la «rosette» – est due à un virus transmis par un puceron. Deux autres sont la conséquence de l’action de microscopiques champignons. L'arachide peut aussi être à l’origine de contaminations alimentaires, aigües, ou plus souvent latentes, par l'aflatoxine. Cette toxine est synthétisée par un champignon microscopique Aspergillus flavus bien connu pour être doté d’une puissante  action cancérogène «naturelle».

La fréquence, chez l’homme, de l’allergie tient aux multiples formes dans lesquelles cette graine de légumineuse est transformée: l’huile d’arachide (en perte de vitesse sur le Vieux Continent au profit de celles de colza, tournesol et olive), la margarine et le beurre d’arachide mais aussi et surtout aux farines d’arachide, aliment de complément employé en biscuiterie industrielle. Il faut aussi compter avec les arachides décortiquées, les arachides salées (indispensables ingrédients des séances apéritives alcoolisées), les arachides pour confiseries. L'arachide peut entrer dans la composition d'aliments divers comme les hamburgers  et les substituts de viande (aux Etats-Unis), le lait (en Inde), les céréales, les soupes, les plats préparés et les gâteaux. Elle peut également être utilisée dans des produits divers comme le plastique, les adhésifs les savons ou les shampoings.

On ne dispose pas de chiffres bien fiables quant à cette fréquence. Elle serait de l’ordre de 1% (ou plus) et serait clairement à la  hausse. Il semble d’autre part acquis que la consommation de cacahuètes sous une forme ou sous une autre durant la grossesse multiplierait ultérieurement les risques allergiques de l’enfant puis de l’adulte.

De la poudre de cacahouète sous la langue

Il faut savoir qu’il n'existe aucun traitement efficace à l’exception de l'élimination drastique de toute forme de cacahuètes et de leur poudre dans l’alimentation. Avec, en cas d’accident allergique massif, des injections d'adrénaline. Dans ce paysage deux innovations à visée thérapeutique. La première est une désensibilisation (technique anti-allergique centenaire) centenaire. Il s’agit ici d’une immunothérapie d’administration sublinguale (ISL). Elle consiste à prendre des doses quotidiennes, progressivement croissantes, d’un liquide à base de poudre d'arachide. Ce travail est mené par des chercheurs de l’University of North Carolina. Leurs résultats prometteurs viennent d’être publiés dans l’édition de janvier 2013 du Journal of Allergy and Clinical Immunology.

Premier auteur, le Dr M. Fleischer (National Jewish Health, Denver) explique qu’avec cette ISL, la réponse immunitaire s’est avérée plus forte qu’il ne l’espérait et ce avec des effets secondaires relativement faibles. L’essai a porté sur quarante personnes volontaires allergiques à l'arachide, âgées de 12 à 37 ans. Les participants recevaient soit de la poudre d’arachide soit un placebo. Tous  avaient bénéficié de tests (prises orale d'un maximum de 2 grammes de poudre d'arachide) pour tester la quantité qu’ils pouvaient absorber sans manifester de symptômes. Résultats après 44 semaines d’étude, étant entendu qu’étaient considérés comme étant «désensibilisés» les personnes qui pouvaient consommer, sans symptômes, soit cinq grammes soit au moins dix fois plus de poudre d'arachide que la valeur tolérable de référence initiale. Au final  70% des participants ayant reçu l’ISL sont désensibilisés, de même (c’est toujours un mystère) que 15% des participants ayant reçu le placebo. Parmi les patients désensibilisés, le montant moyen de poudre d'arachide tolérable avait augmenté de 3,5 à 496 milligrammes. Et après 68 semaines de traitement quotidien, jusqu’à à 996 milligrammes.

Un patch cutané à l’arachide

Les auteurs de l'étude concluent ainsi que cette immunothérapie sublinguale induit une désensibilisation dans la majorité des cas et que les résultats positifs augmentent  avec la durée du traitement. Précision d’importance selon ces mêmes auteurs: il ne s’agit pas d’un traitement pouvant être individuellement «improvisé» mais bien d’une immunothérapie réservée à la prescription de professionnels de santé et conduite sous surveillance.

L’autre innovation est fondée sur le même principe avec une voie d’administration différente. Il s’agit d’un patch. Les informations sur ce thème résultent de la société qui développe ce procédé (DBV Technologies) encore expérimental. Le patch à l’arachide n’est aujourd’hui disponible que dans le cadre d’essais cliniques aux États-Unis et en Europe. Au début de 2012, DBV Technologies avait communiqué les résultats de la phase Ib démontrant (aux Etats-Unis chez des sujets atteints d’allergie à l’arachide) l’innocuité de cette méthode. La Food and Drug Administration (FDA) avait alors annoncé la mise en place de son évaluation prioritaire (fast-track) dans l’optique d’une future autorisation de mise sur le marché américain.

La technique a pour but de permettre d’administrer un allergène (ici ceux de l’arachide) via la peau saine et sans passage significatif dans la circulation sanguine. Il pourrait s’agir d’un marché d’avenir. Dans les pays occidentaux les allergies alimentaires progressent et inquiètent les spécialistes qui lancent des alertes sur ce thème. Les arachides et les fruits à coques, certains poissons (la morue et le corégone notamment) et les crustacés (crevette, homard, crabe, coquille Saint-Jacques, huître) sont les plus souvent impliqués dans les réactions mortelles ou graves. Ces aliments tendent également à induire une sensibilité «persistante» contrairement à d’autres aliments tels que le lait, les œufs et les graines de soja qui sont certes dangereux mais dont les effets allergiques disparaissent assez souvent au fil du temps.

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Six méthodes pour démasquer les allergies

Le diagnostic de l’allergie se fonde sur un faisceau d’indices tirés de l’interrogatoire du patient, de l’examen clinique, des tests cutanés ou de laboratoire. Diagnostiquer une allergie n’est pas toujours aisé, l’enquête se fait à quatre mains, dans un climat d’échange d’informations permanent entre le patient et son médecin. Dans certains cas, ce n’est qu’au terme d’une longue traque et après de multiples tests que le coupable est enfin identifié.
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