Peut-on empêcher les allergies de réapparaître à la trentaine?

Dernière mise à jour 13/05/14 | Article
Peut-on empêcher les allergies de réapparaître à la trentaine?
Les allergies sont des choses bien mystérieuses. Nous savons certes deux ou trois choses sur leur fonctionnement. Précisions.

La personne affectée produit des anticorps, des immunoglobulines E (IgE), lorsqu'elle est exposée à une substance généralement inoffensive, telle que phanères de chats, cacahouètes, ambroisie… Les IgE provoquent ensuite des réactions en chaîne: éternuements, nez qui coule, yeux rouges et irrités. Précisions.

Ce que nous ne savons pas, en revanche, c'est pourquoi l'allergie s'installe et s'évanouit, avant de revenir et de se dissiper à nouveau. C'est là l'un de ses plus grands mystères.

En effet, nous avons généralement tendance à souffrir d'allergies sévères entre cinq et seize ans. Puis les symptômes se dissipent, avant de réapparaître à la trentaine, et s'estompent peu à peu autour de l'âge de la retraite.

Trois types d'explications ont été avancés: origines environnementales, infectieuses et psychologiques. Pour Mitchell Grayson, maître de conférence spécialiste d'allergologie et d'immunologie au Medical College of Wisconsin (Etats-Unis), toutes ces explications sont de nature pour le moins spéculative: «On ne peut même pas parler d'hypothèse; il faudrait réunir plus d'éléments de preuve pour pouvoir employer ce terme».

De nombreuses causes suspectées

La plupart des gens mènent une existence relativement stable entre le jour de leur naissance et leurs dix-huit ans. Lorsqu'une allergie se développe pendant la jeunesse, les personnes concernées ont tendance à rester en contact avec l'allergène tant qu'ils vivent chez leurs parents. En revanche, lorsqu'elles quittent la maison familiale, elles peuvent se trouver libérées du mal qui les affligeait depuis tant d'années. Les dortoirs des universités ont beau être de notoires nids à bactérie, ils sont relativement peu allergéniques comparés à la plupart des foyers familiaux. Les sols carrelés, les matelas protégés d'une couche de plastique et l'absence d’animaux de compagnie pourraient bien contribuer à la réduction des symptômes allergiques chez celles et ceux qui y logent.

La disparition des symptômes à l’approche de l'âge adulte pourrait aussi avoir une autre origine, plus complexe d'un point de vue technique: les virus. Lorsqu'on infecte une souris avec un virus donné, son système immunitaire devient extrêmement sensible aux IgE. Notre système immunitaire à nous est certes différent de celui des souris, mais plusieurs éléments laissent penser que l'Homme pourrait bien subir un phénomène similaire. Une hypothèse pour le moins excitante. Les enfants ayant été infectés tôt dans leur vie par un virus respiratoire syncytial, ou même par un simple rhinovirus, sont ainsi beaucoup plus susceptibles de développer des allergies que les autres.

Cela pourrait d’ailleurs contribuer à expliquer pourquoi le développement d'une allergie liée aux animaux de compagnie est généralement plus précoce que celui des allergies au pollen dans la vie de l'enfant. Les animaux de compagnie sont également présents pendant la saison froide, et leurs phanères pourraient provoquer une réaction immunitaire au moment précis où le virus est présent dans l'organisme. Le pollen lui est moins susceptible de croiser la route des virus.

Il n'existe pas beaucoup de données statistiques, mais certains médecins pensent que la prévalence des allergies et des infections virales suit des courbes ascendantes et descendantes similaires pendant l'enfance. Les enfants souffrent souvent du rhume et présentent des allergies. Les parents peuvent eux aussi attraper un rhume et souffrir d'épisodes allergiques, un phénomène qui est souvent dû à leurs enfants malades. Coïncidence? Peut-être que oui, peut-être que non. Les parents sont-ils plus susceptibles de souffrir d'allergie que les personnes sans enfants? C'est l'une des nombreuses questions relatives à l'allergie qui demeurent sans réponse.

Une affaire d’état d’esprit?

Troisième explication des allers-retours de l'allergie en fonction de l'âge: la psychologie. Pour Mitchell Grayson – comme pour nombre d'autres immunologues – il s'agit là de la théorie sans doute la plus plausible. Il explique: «Lorsqu'on est adolescent ou qu'on a la vingtaine, on passe son temps à "faire la cour", pour employer une expression politiquement correcte. Lorsqu'on se sent invincible et que l'on prend du bon temps, on ne se soucie guère des allergies».

En général, les gens n'apprécient guère qu'on leur dise que leurs symptômes sont liés – de près ou de loin – à la psychologie. Pourtant, une telle affirmation ne veut pas dire qu'ils sont fous ou qu'ils font semblant. Les allergies sont bien réelles, mais la façon dont nous ressentons les symptômes dépend de notre état d'esprit. Nombre d'études ont constaté que l'effet placebo était extrêmement efficace face à l'allergie. Près d'une personne allergique sur trois constate une rémission des symptômes après avoir pris un comprimé qui ne contient en réalité que du sucre. Pour un jeune adulte, il existe de bien meilleurs placebos que les comprimés sucrés: le sport, les jeux vidéo et les histoires d'amour.

Environnement, infection, psychologie: l'un ou l'autre de ces trois concepts pourrait expliquer la nature changeante de l'allergie. La réalité pourrait également se trouver au croisement de ces trois théories – à moins qu'aucune d'elles ne soit dans le vrai. Le sujet passionne le monde de la recherche.

Une question d’hygiène?

Nous ne sommes – relativement – sûrs que d'une chose: la diminution des symptômes allergiques à l'âge mûr est liée au ralentissement de la physiologie de l'organisme. Le système immunitaire connaît une baisse d'activité chez les personnes d'un certain âge. Conséquence: face aux allergènes, leur réaction de type IgE est moins prononcée. D'autres personnes peuvent constater cette diminution des symptômes lorsque leur système immunitaire est affaibli (les femmes en fin de grossesse, les malades sous traitement immunosuppresseur…).

Si vous avez la trentaine et que vous avez été allergique par le passé, vous aimeriez sans doute lire quelques conseils. Malheureusement, ils sont bien rares.

Sachez au moins que le fait de vous rouler dans la terre ne vous sera d'aucun secours. Il y a plusieurs années, l'immunologue allemande Erika von Mutius a remarqué que les fermiers bavarois souffraient rarement d'allergies. Les personnes qui vivent à proximité de la terre et du fumier s'exposent à un plus grand nombre – et à une plus grande diversité – de microbes. Une théorie a donc vu le jour, selon laquelle la présence de certaines bactéries dans les intestins pouvait servir de rempart contre les allergies.

Un certain nombre d'éléments corrélés vont dans le sens de cette hypothèse dite «de l'hygiène». A travers le monde, la prévalence des allergies est moins prononcée dans les pays en développement et dans les environnements ruraux. Cet écart de prévalence entre les zones urbaines et rurales est moins prononcé aux Etats-Unis; ceci dit, les agriculteurs américains n'abritent généralement pas leurs vaches sous le toit de leur maison, contrairement aux fermiers bavarois de von Mutius.

Depuis que l'hypothèse de l'hygiène a été récupérée par les médias, certains parents ont décidé d'envoyer leurs enfants batifoler dans l’herbe avec l'espoir de les voir échapper au rhume des foins à l'âge adulte. Rappelons tout de même qu'une hypothèse demeure une hypothèse, et que peu d'éléments issus de la science fondamentale viennent aujourd’hui conforter celle-ci.

Par ailleurs, même si cette hypothèse s'avérait correcte, elle n'aiderait en rien les adultes. Si votre corps a commencé à générer des IgE pour contrer certains allergènes pendant votre enfance, les microbes ne vous seront presque certainement d'aucune aide aujourd'hui.

En définitive, s'il existe des moyens d'empêcher le retour des allergies, il semble que ces techniques soient soit difficiles, soit désagréables. Vous pourriez ainsi par exemple opter pour une vie d'errance, et fuir les substances allergènes au fur et à mesure de leur apparition –et cela pour le reste de votre existence. Vous pourriez également faire une croix sur la vie de famille, évitant par là même le déluge d'infections que semblent nous transmettre nos bambins lorsque nous approchons de la quarantaine. Vous pourriez également adopter le mode de vie d'un jeune adulte, en faisant de chaque jour une nouvelle source d'enthousiasme et de découverte. Peut-être que vos yeux rouges vous démangeront alors un peu moins.

En désespoir de cause, vous pouvez aussi imiter le commun des mortels, et suivre le conseil de Grayson: «Il existe des médicaments pour traiter les allergies. Ils sont plutôt efficaces.»

Article original:

http://www.slate.com/articles/health_and_science/medical_examiner/2014/04/allergy_in_children_and_adults_why_do_allergies_get_better_or_worse_at_certain.html

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