Quand le chômage fait mal au cœur

Dernière mise à jour 22/11/12 | Article
Quand le chômage fait mal au cœur
Une étude américaine révèle que perdre son emploi constitue un facteur de risque majeur vis-à-vis de l’infarctus du myocarde. Et ce risque augmente avec le nombre des périodes de chômage. Qui s’en soucie?

On croyait tout savoir ou presque sur l’infarctus du myocarde. Tout savoir c’est à dire ses symptômes, son traitement et les principales raisons qui, en amont, conduisent à cette interruption brutale et massive de l’arrivée du sang destiné à irriguer le muscle de la pompe cardiaque. Tout ou presque avait été dit sur les fameux «facteurs de risque» contre lesquels mettent en garde les cardiologues et les pouvoirs publics. Des risques qui pour l’essentiel correspondent à ce que l’on pourrait résumer comme une «mauvaise hygiène de vie». A savoir l’obésité (ou le simple surpoids), la sédentarité, l’hypertension artérielle, les troubles des concentrations sanguines des graisses, la consommation de tabac et celle excessive de boissons alcooliques etc. Un certain profil psychologique avait aussi été ciblé, caractéristique des «hyperactifs stressés» jadis parfois qualifiés de «sanguins». La liste n’était pas finie comme en témoignent les résultats d’une étude conduite aux Etats-Unis dont les conclusions rencontreront malheureusement un écho certain en cette période de crise économique.

Cette étude vient d’être publiée dans les Archives of Internal Medicine. On en trouvera le résumé ici-même.  Elle a été menée de manière prospective auprès de 13'451 personnes âgées de 51 à 75 ans (moyenne d’âge de 62 ans au terme de l’étude). Chacun des participants a été interrogé lors d’entretiens organisés tous les deux ans et ce de 1992 à 2010. Les auteurs ont eu recours à tous les outils statistiques disponibles pour écarter les biais habituels qui sont de nature à fausser les résultats dans ce type d’étude. Au total, 1061 infarctus du myocarde (7,9%) ont été observés au cours des 169 165 «personnes-années» de l’étude. Dans la cohorte étudiée  14,0% des participants étaient au chômage au départ; 69,7% ont été confrontés à une ou plusieurs pertes d'emplois; 35,1% ont passé un certain temps au chômage.

Un risque accru chez les chômeurs

Il est apparu que les risques d'infarctus du myocarde étaient statistiquement significativement plus élevés chez les chômeurs (risque relatif de 1,35 par rapport à une absence de chômage) et – de manière assez spectaculaire- que ces risques augmentaient progressivement en fonction du nombre de perte d'emploi (passant de 1,22 pour une perte à 1,63 pour quatre pertes). Le risque d’être victime d’un infarctus apparaît aussi plus élevé dans la première année de chômage. Qualifiées de «robustes» par les auteurs, ces données sont publiées en éliminant les biais inhérents aux antécédents personnels, aux facteurs cliniques aux données socio-économiques et comportementales. Ni le sexe ni le groupe ethnique ne modifient ces résultats.

Aussi, les conclusions sont-elles sans ambiguïté. «Notre étude est la première du genre à mesurer les effets cumulatifs et les dimensions multiples du non-emploi sur le risque d’infarctus du myocarde» affirment les auteurs. Ces données viennent compléter celles qui avaient permis de conclure que le chômage est un facteur (direct et indirect) de «mauvaise santé», cette dernière pouvant jouer un rôle favorisant dans l’émergence de maladies cardiovasculaires. Mais cette étude longitudinale va plus loin: elle démontre l’existence d’une corrélation cumulative entre perte d’emploi et accidents coronariens. 

L’affaire n’est pas banale. Et la question est d’ores et déjà soulevée des actions qui peuvent (ou doivent) être menées par la collectivité vis-à-vis de ce nouveau risque dont l’actualité pourrait  malheureusement perdurer. Un risque qui s’ajoute à celui de plus en plus fréquemment évoqué de suicide. Ce fut le cas notamment  en août dernier dans les colonnes du British Medical Journal  comme on peut le lire ici-même. Cette publication établissait notamment que chaque augmentation de 10% du nombre de chômeurs était associée à une augmentation de 1,4% des suicides masculins.

Le stress joue aussi un rôle

En février dernier un groupe de médecins américains avaient rendu publiques leurs conclusions sur l’impact de l’ouragan Katrina (survenu en 2005) en termes d’infarctus du myocarde. Les auteurs travaillaient au Heart and Vascular Institute, Tulane University (Nouvelle Orléans). Cette publication avait été faite dans les colonnes de l’American Journal of Cardiology  comme on peut le lire ici-même. Ils expliquaient alors que l'âge moyen des victimes d’infarctus du myocarde était passé de 62 ans avant Katrina à 59 ans après Katrina, les victimes étant plus fréquemment des hommes. «Nos données suggèrent que le stress chronique après les catastrophes naturelles peut affecter de manière significative les facteurs de risque cardiovasculaires comme le tabagisme et le non respect des conseils médicaux, concluaient les auteurs. Nos données sont compatibles avec un changement significatif dans l'état de santé général de la population et justifient  que soient menées des études complémentaires sur les effets sanitaires de stress chronique après des catastrophes naturelles.»

«Naturelle» ou pas la catastrophe économique actuelle peut aisément être comparées à un ouragan qui dure et s’éternise. A ce titre, elle semble bien réclamer la même attention; des aujourd’hui et pour le temps qu’il faudra.

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