Il faut prendre garde aux conséquences psychologiques des AVC «miniatures»

Dernière mise à jour 16/02/15 | Article
Il faut prendre garde aux conséquences psychologiques des AVC «miniatures»
Des chercheurs allemands mettent en garde contre les risques psychologiques qui peuvent survenir dans les mois qui suivent les «petits» accidents vasculaires cérébraux.

On sait généralement assez bien ce qu’est un accident vasculaire cérébral (AVC): une interruption localisée de la circulation sanguine dans les territoires cérébraux. Interruption due à un blocage (ischémie) ou, plus rarement, à une hémorragie. On connaît moins les formesa minima de ces accidents. On parle alors d’un accident ischémique cérébral transitoire (AIT). Cet accident se caractérise par un déficit neurologique d'apparition soudaine (un trouble de la parole, de la vision, du langage, de la motricité ou de la sensibilité, etc.) qui régresse et disparaît de manière spontanée, généralement en moins d'une heure. Sans laisser de séquelles et sans que les spécialistes ne retrouvent d’anomalies à l'imagerie cérébrale.

Prise en charge en urgence

L’apparition d’un AIT (et a fortiori d’AIT répétés) fait craindre la survenue ultérieure d'un AVC d’origine ischémique dont les lésions sont alors définitives. On estime que 30% des personnes souffrant d'AVC ont présenté des signes d’AIT au cours des jours ou des semaines précédentes. C’est pourquoi un AIT doit impérativement être considéré comme une urgence diagnostique et thérapeutique: toute personne victime de ce type de symptôme doit consulter immédiatement un médecin ou, mieux encore, se rendre au service des urgences le plus proche. La prise en charge rapide et adaptée dans une unité spécialisée de type «SOS-AIT» permettrait de réduire ce risque de près de 80%.

Une étude de chercheurs allemands met en lumière une conséquence encore trop méconnue des AIT. Leurs conclusions viennent d’être publiées dans la revue spécialisée Stroke(1). Dirigée par le Dr Ines C. Kiphuth (département de neurologie, Université Friedrich-Alexander, Erlangen-Nuremberg), cette étude a été menée chez 108 personnes connues pour avoir été victimes d’un accident ischémique cérébral transitoire. Les chercheurs se sont tout particulièrement intéressés aux possibles conséquences psychologiques. Et notamment à l’existence, ou non, d’un «syndrome de stress post-traumatique».

Flashback

Ce syndrome correspond à la persistance (plus de 30 jours après un risque réel ou une menace de mort, de blessure ou de violence) d’un ensemble de symptômes hautement handicapant. Il s’agit notamment de pensées dites «intrusives» (du type flashback), de comportements persistants d’évitement des stimulations, d’altérations de l’humeur et de la cognition, et plus généralement d’hypervigilance.

Trois mois après l’accident, les auteurs de la publication de Stroke ont recherché l’existence d’un stress post-traumatique, ainsi que la présence de signes d’anxiété et de dépression. La qualité de vie a, elle aussi, été évaluée à partir de tests complétés par les participants eux-mêmes.

Dépression et anxiété

Trente-deux patients (soit 30%) se sont révélés en état de stress post traumatique, «soit un taux dix fois plus élevé que dans la population générale allemande», notent les auteurs. Ces derniers font d’autre part état de scores d’anxiété et de dépression élevés chez ces patients, tandis que leur qualité de vie (physique et mentale) apparaissait altérée. Le stress post-traumatique est ici associé à des stratégies d’adaptation inadéquates, expliquent les chercheurs. Il peut s’agir d’un déni, d’un sentiment de culpabilité ou encore du fait de surévaluer le risque d’AVC après l’AIT. «Une façon peu adaptée de faire face à l’accident et un risque d’AVC surestimé semblent jouer un rôle crucial dans cette évolution défavorable», expliquent ainsi les auteurs. Ils soulignent l’importance d’un «entraînement aux stratégies adaptatives», et d’une «information prudente et réaliste sur le risque d’AVC associé aux AIT».

Situations médicales stressantes

Ces chercheurs reconnaissent les limites de leur méthodologie mais estiment probable que l’expérience brutale des symptômes neurologiques soit un facteur majeur de l’apparition du stress post-traumatique chez ces malades. Le site Medscape France souligne pour sa part que dans leur éditorial du même numéro de la revue Stroke(2), les Prs Barbara G. Vickrey (Université de Californie, Los Angeles) et Linda S. Williams (Université de l’Indiana, Indianapolis) considèrent que le stress post-traumatique après AIT n’est guère différent de ce qui peut être observé dans d’autres situation médicales aigues. Elles relèvent en outre que «l’occurrence du stress post-traumatique après AIT dans cette étude est cohérente avec la prévalence rapportée après évènements cardiaques, admissions en soins intensifs, ou autres évènements médicaux stressants».

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(1) Un résumé (en anglais) de la publication de Stroke est disponible ici.

(2) Le texte (en anglais) de cet éditorial peut être lu ici.

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