A l’écoute des requérants

Dernière mise à jour 12/09/16 | Article
Le nombre de personnes migrantes prises en charge pour un stress posttraumatique est en constante augmentation depuis 2012.

«Des amis sont morts. A cause de moi. J’ai donné leur nom après avoir été torturé pendant deux semaines dans un poste de police». Au centre ambulatoire de psychiatrie et psychothérapie intégrée (CAPPI) de la Servette à Genève, les phénomènes migratoires ne relèvent pas du débat de société. Ils prennent, jour après jour, le visage tragique et concret de requérants d’asile parfois victimes des violences les plus extrêmes. «Ces personnes ne souffrent pas d’une histoire médicale particulière. Elles n’ont pas des antécédents psychiatriques plus importants que la moyenne des gens. Leurs problèmes viennent des expériences traumatisantes vécues. Prison, guerre, torture, etc. De plus, les chiffres montrent qu’elles ont plutôt tendance à sous-utiliser les structures de soins», précise le Dr Javier Bartolomei, médecin adjoint responsable du CAPPI Servette.

Spécialisation complexe

En tête des pathologies les plus fréquentes au sein de cette population arrive le syndrome de stress post-traumatique, suivi des dépressions et des troubles anxieux. «La désillusion en arrivant ici, pour certains, le déclassement social, pour d’autres, s’additionne aux événements traumatiques déjà endurés et augmente le risque d’émergence de troubles psychiques», note le psychiatre. En fait, la psychiatrie des personnes migrantes constitue une spécialisation complexe. En plus des spécificités médicales rencontrées, les soignants doivent tenir compte des particularités culturelles et politiques de ces patients. «Nous travaillons en collaboration étroite avec plusieurs corps de métiers: juristes, spécialistes de la médecine transculturelle, infirmières de terrain, intendants des foyers, interprètes –qui traduisent la langue, mais aussi les codes culturels– ou encore assistants sociaux», souligne le Dr Bartolomei.

Gestion de crise

La mission première des structures comme celle de Genève est la gestion des situations de crise. «Un grand classique, c’est un requérant ayant fait une tentative de suicide après avoir reçu une réponse négative des autorités», note le responsable du centre. Au-delà des cas aigus, une grande partie du travail relève de la psychiatrie sociale. Il s’agit souvent d’aider ces personnes à retrouver un projet de vie, un sentiment d’utilité. Bref, à se réinsérer dans la société. Et cela passe souvent par un apprentissage, par l’acquisition de nouvelles compétences professionnelles.

«Nous nous efforçons de ne pas enfermer ces patients dans des postures psychiatriques. A cette fin, nous travaillons beaucoup avec des associations locales. Des activités socialisantes peuvent avoir un effet thérapeutique parfois aussi important que les traitements médicamenteux. Elles confèrent un sentiment d’utilité et font se sentir moins seul», estime le médecin.

Cas en augmentation

Revenant sur la polémique au sujet des hébergements dans des abris de la protection civile, dont plusieurs médias se sont fait l’écho, le psychiatre souligne que seuls les hommes célibataires sont pour l’instant concernés par ce type d’affectation. Les personnes qui ne le supportent pas ont souvent vécu un emprisonnement ou alors elles souffrent de difficultés relationnelles antérieures. «Cela représente quatre à cinq patients par mois. Dans ces cas, l’Hospice général réagit au quart de tour et retire ces personnes des abris», conclut le Dr Javier Bartolomei.

Depuis 2012, le nombre de requérants d’asile pris en charge au CAPPI Servette a considérablement augmenté. En 2015, le centre a traité environ 240 patients. En 2008, les personnes migrantes ne représentaient pas plus de 60 à 70 cas.

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Source

Magazine Pulsations - http://www.hug-ge.ch/sites/interhug/files/n29_pulsations_juillet_aout_sept_2016.pdf

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