Mon enfant chez le psy

Dernière mise à jour 06/03/18 | Article
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«Maman, j’ai mal au ventre!» Plaintes somatiques, agressivité ou tristesse, difficultés scolaires… les signaux qu’envoie un enfant pour dire qu’il ne va pas bien peuvent être nombreux. Parfois, le bon sens des parents, leurs ressources personnelles et les conseils de l’entourage ne suffisent pas pour décoder les difficultés ou aider l’enfant à les dépasser. Consulter un spécialiste peut alors être d’une grande aide. Quelques points de repère à l’attention des parents.

Quand consulter?

«Un enfant qui va mal exprime rarement son mal-être verbalement, mais en montre des signes à travers son corps ou son comportement», explique le Dr Sylvain Juilland, pédopsychiatre à Lausanne et président du Groupement des psychiatres vaudois. Des somatisations (maux de ventre ou de tête récurrents, par exemple), des peurs, des problèmes relationnels avec les pairs ou les adultes, de l’agressivité, de la tristesse, un désinvestissement scolaire, des troubles du sommeil ou de l’alimentation, une régression dans son développement (énurésie secondaire, par exemple) peuvent en faire partie. Si vous remarquez un changement dans l’attitude ou le caractère de votre enfant, en cas de plaintes persistantes ou si vous êtes inquiet, demandez l’avis de votre pédiatre ou consultez un psychologue pour enfant ou un pédopsychiatre. La présence de troubles attentionnels (hyperactivité, etc.) ou un événement marquant dans la vie de votre enfant (deuil d’un parent, divorce) sont d’autres situations pouvant nécessiter une prise en charge.

Les séances

Afin de se faire une première idée de la problématique et évaluer les besoins, le spécialiste accueillera «qui souhaite venir», mais rencontrera au moins une fois tout le monde, et aussi enfant et parents de leur côté. Quelques séances préliminaires sont généralement nécessaires. Après cette phase de bilan, le spécialiste proposera un axe de traitement: «Chaque situation va déboucher sur une prise en charge particulière, adaptée aux besoins, à l’âge et au fonctionnement de l’enfant. Elle peut aussi intégrer d’autres spécialistes». Concrètement, l’enfant peut être vu seul et/ou avec l’un de ses parents et/ou les deux ou encore avec un tiers concerné (beau-parent, frère, sœur). Dès 5 ans environ, certains thérapeutes peuvent proposer des séances de groupe entre pairs. Par ailleurs, des médicaments, en complément de la thérapie, peuvent être prescrits. N’hésitez pas à clarifier avec le thérapeute le cadre de la prise en charge (nombre et fréquence des séances, but du traitement), avant qu’elle ne débute.

Le rôle du psy

L’enfant accorde une grande importance au monde symbolique. C’est pourquoi le thérapeute a recours au jeu et au dessin pour lui permettre d’exprimer ce qu’il traverse, comme l’explique Sylvain Juilland: «C’est rarement l’enfant qui explique de lui-même ce qui ne va pas. Notre travail initial consiste à comprendre l’origine de ses symptômes afin d’offrir un traitement adapté. Nous devons décoder les symboles, ce d’autant plus que l’enfant est jeune». In fine, le thérapeute cherche à donner du sens à un comportement et à en expliquer le fonctionnement.

Le lien thérapeutique

Ce chemin est possible pour autant qu’une relation de confiance existe entre les différents protagonistes. D’abord entre les parents et le thérapeute: «Les parents se demandent ce qu’ils ont fait de faux. Nous essayons de les déculpabiliser et de les réassurer dans leur rôle». Une fois la confiance établie, le parent peut, en toute sérénité, laisser la porte du cabinet se refermer et patienter en salle d’attente, «un peu comme lorsque l’enfant va à l’école: on ne sait pas exactement ce qu’il s’y passe, mais on fait confiance à l’enseignant et à l’institution». Une confiance indispensable pour que l’enfant puisse à son tour s’investir dans le lien thérapeutique: «Nous passons du temps à observer, ressentir, échanger et jouer avec l’enfant». Les moments passés seuls avec lui permettent de faire la différence entre ce qui vient de lui et ce qui vient de l’interaction avec son milieu. Le thérapeute s’appuie sur les paroles de l’enfant pour fonder son analyse, mais «sans trahir ses petits secrets», déclare Sylvain Juilland. Toutefois, les situations graves (maltraitance, abus sexuels) seront évidemment rapportées aux parents.

Les chances de succès

Emmener son enfant chez le «pédopsy», même si la démarche s’est banalisée, reste un pas à franchir. Dans la plupart des cas, les situations évoluent favorablement. Car à moins d’un grave trouble psychiatrique ou du développement, l’enfant a, selon l’avis de Sylvain Juilland, un très grand potentiel de changement positif et de guérison: «Les enfants sont beaucoup plus dynamiques, réactifs et souples que les adultes».

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Paru dans Planète Santé magazine N° 29 - Mars 2018

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