L’abus de téléphone portable nocif pour le cerveau

Dernière mise à jour 27/06/14 | Article
L’abus de téléphone portable nocif pour le cerveau
Le risque de survenue de certaines tumeurs cérébrales pourrait augmenter chez les personnes qui font un usage intensif de leur téléphone portable, selon une étude française. Des conclusions qui rappellent l’importance de respecter certaines mesures de précautions.

Bluetooth, wi-fi, téléphonie sans fil, portables, micro-ondes: les technologies utilisant des radiofréquences sont aujourd’hui nombreuses. Malgré un nombre important de travaux scientifiques sur les effets de ces rayonnements non-ionisants sur la santé, aucun consensus n’a à ce jour émergé. Les téléphones portables, de par leur nombre croissant –six milliards dans le monde en 2011– et leur proximité avec le cerveau lors de leur utilisation font l’objet d’une attention particulière. Une étude pilotée par des chercheurs de l’université de Bordeaux montre, chez les personnes qui font un usage intense de leur téléphone, une augmentation du risque de tumeurs de la glie, le tissu qui entoure et soutient les neurones.

L ‘étude CERENAT, publiée récemment dans la revue Occupational and environmental Medicine, a porté sur plus de 1300 personnes. Il s’agit d’une étude épidémiologique rétrospective dite «cas-contrôles», car elle inclut à la fois des patients chez lesquels une tumeur cérébrale a été diagnostiquée et des sujets sains. «Le principe est de comparer tous les paramètres dont on dispose et de voir si des différences émergent entre le groupe de malades et celui des personnes en bonne santé», explique Roger Salamon, médecin épidémiologiste, qui cosigne l’étude. Un travail complexe et long, car en plus d’une caractérisation très précise de chaque tumeur, et du recueil de nombreuses données médicales, il a aussi fallu reconstituer, pour chaque participant, l’historique de son usage du téléphone portable. «Nous avons eu recours à des questionnaires très précis, qui étaient administrés lors d’un face à face, précise le chercheur. Ce type de protocole a forcément des biais, mais d’une part c’est la seule méthode qui puisse être employée pour mener des études chez l’homme, d’autre part ces biais sont connus et pris en compte au mieux dans les analyses statistiques.»

Pas de lien de cause à effet

La moitié des participants ont déclaré utiliser leur téléphone portable de manière régulière, mais seuls 14% employaient un kit main libre. Les résultats sont clairs: parmi les personnes étudiées il n’y avait aucune association entre le fait de téléphoner régulièrement avec un mobile et la survenue d’un gliome ou d’un méningiome, les deux types de tumeurs cérébrales étudiés par les chercheurs bordelais. Par contre, les scientifiques ont mis en évidence une augmentation du risque de développer un gliome chez ceux qui faisaient un usage très intensif de leur mobile (personnes ayant cumulé 896 heures d'appels depuis qu'elles utilisent un téléphone mobile, soit depuis moins de 10 ans pour la plupart). «Il est important de souligner qu’il s’agit d’une association et non d’un lien de cause à effet. Cela ne signifie donc pas qu’une personne qui utilise massivement son portable développera une tumeur au cerveau», explique Isabelle Baldi, coauteure des travaux.

Un risque faible

Ces résultats corroborent ceux d’une grande étude internationale,Interphone, publiée en 2010. «Il ne faut pas être alarmiste, insiste Roger Salamon. Le risque de développer un gliome est très faible dans la population générale, donc multiplier ce risque par deux n’a pas une incidence majeure pour un individu.» Le médecin souligne cependant qu’à l’échelle de la population ces résultats pourraient soulever des questions: «Si un facteur environnemental augmente le nombre de cas d’une maladie, il y a un enjeu de santé publique.» En 2011, le Centre international sur le Cancer a, pour sa part, déclaré les téléphones portables comme «peut-être cancérogènes pour l’homme, sur la base d’un risque accru de gliome associé à l’utilisation du téléphone sans fil.»

La même année, l’Agence nationale de sécurité sanitaire française (Anses) a constitué un groupe d’experts pour faire le point sur les connaissances scientifiques existant sur les effets biologiques des radiofréquences. Le rapport, publié à l’automne 2013, ne met pas en évidence «d’effet sanitaire avéré». L’Anses a donc simplement formulé des recommandations visant à limiter l’exposition à ces ondes.

Principes de précaution

L’Office fédéral de la santé publique a également édité le même type de mesures de précaution. Il est ainsi rappelé en premier lieu de privilégier l’utilisation d’un kit main libre pour passer ses appels. «L’exposition aux ondes diminue beaucoup dès que l’on éloigne l’appareil de la tête», rappelle Martine Hours, médecin épidémiologiste, qui a piloté le travail des experts de l’Anses. Il vaut par ailleurs mieux passer ses appels quand l’appareil capte bien le réseau: moins il y a de barres affichées, plus l’émission de radiofréquences est importante.» Pour la même raison il est également déconseillé de téléphoner dans les transports.

Enfin, l’OFSP conseille de privilégier les modèles de téléphones avec une valeur TAS (Taux d’Absorption Spécifique, également noté DAS) la plus faible possible; elle doit maintenant être fournie par le fabricant pour chaque appareil. Quant aux accessoires tels que les housses ou les patchs autocollants vendus comme protégeant des émissions radiofréquences, l’OFSP met en garde: leur efficacité n’est pas prouvée, et en altérant la qualité de la liaison, ils peuvent au contraire contraindre le téléphone à augmenter son émission d’ondes.

Une étude en cours chez l’enfant

Les tumeurs malignes du cerveau représentent le cancer le plus fréquent chez les enfants, après les leucémies. Leur incidence a augmenté au cours des vingt dernières années. Les tumeurs qui touchent les cellules gliales, ou gliomes, constituent même la première cause de mortalité par cancer chez l’enfant.

Les facteurs de risque des tumeurs cérébrales sont encore méconnus, mais ceux liés à l’environnement sont particulièrement étudiés. Parmi eux l’exposition aux ondes électromagnétiques. Les enfants sont exposés de plus en plus, et de plus en plus tôt, à des radiofréquences, majoritairement via l’usage de tablettes et de téléphones portables. L’étude multicentrique CEFALO, publiée en 2011 et qui incluait des enfants suisses, n’a pas conclu à un lien entre l’usage du téléphone portable et l’augmentation du risque de tumeur. Ces données demandent à être confirmées, ce que fera peut-être l’étude Mobi-kids. Celle-ci balaie tous les usages du téléphone portable, et plus seulement les appels, chez les 10-24 ans. Rassemblant seize pays européens, l’étude, débutée en 2010, doit inclure sur quatre ans 2000 jeunes dont la moitié s’est vue diagnostiquer une tumeur au cerveau. «En attendant les résultats, les recommandations officielles sont claires, il faut réduire l’exposition des enfants et veiller à ce qu’ils aient un usage modéré de leur téléphone mobile», rappelle Martine Hours, médecin épidémiologiste.

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