Trop d’hygiène nuirait à la santé

Dernière mise à jour 29/07/13 | Article
Un monde asceptisé serait contre-productif pour l’immunité
Plusieurs études scientifiques font le lien entre une hygiène trop scrupuleuse et le développement de certaines maladies. Eclairage.

C’est un des paradoxes de la vie moderne: les progrès de la médecine et de l’hygiène ont entraîné une forte réduction de la mortalité dans les pays développés, mais certaines pathologies y sont aussi devenues plus fréquentes. C’est le cas notamment des allergies, de l’asthme ou des maladies auto-immunes comme les inflammations chroniques de l’intestin, des pathologies qui sont toutes liées à un déséquilibre du système immunitaire. Une des hypothèses permettant d’expliquer ce phénomène est celle d’un excès d’hygiène, qui empêcherait notre immunité de se «régler» correctement, et cela particulièrement au cours de l’enfance. Un peu de souplesse dans la propreté des enfants semble donc souhaitable, sans pour autant renoncer à l’hygiène élémentaire.

Plusieurs observations suggèrent l’existence d’un lien entre le développement des allergies ou des maladies auto-immunes et le mode de vie dans les pays développés. D’abord, ces pathologies sont beaucoup moins répandues dans les pays pauvres, mais en plus, elles ont tendance à apparaître dans les familles de migrants qui s’installent dans des pays plus riches. «Une étude a également montré que la prévalence des allergies dans la population de l’Allemagne de l’Est, à l’origine faible, avait rejoint celle de l’Allemagne de l’Ouest quelques années seulement après la réunification du pays, ce qui peut être mis en lien avec l’amélioration des conditions de vie à l’Est», relate pour sa part François Spertini, allergologue au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) à Lausanne. Comment expliquer ce phénomène? Selon certains scientifiques, l’adoption d’un haut standard de propreté dans nos sociétés pourrait en être la cause. La plupart d’entre nous grandissons en effet désormais à l’abri des virus et autres pathogènes, dans un environnement urbain aseptisé, où les contacts avec les animaux sont réduits. Le développement des vaccins, qui nous protègent contre les affections les plus dangereuses, et celui des antibiotiques, qui aident notre corps à se défendre contre les bactéries, concourt également à laisser notre système immunitaire au repos. Insuffisamment stimulé pendant l’enfance, période charnière où se mettent en place de nombreux mécanismes immunitaires, il fonctionnerait par la suite de manière inadéquate, soit en attaquant notre propre corps dans le cas des maladies auto-immunes, soit en identifiant certaines substances anodines, telles que le pollen, comme dangereuses pour la santé, dans le cas des allergies.

Cette théorie dite «de l’hygiène» s’appuie sur un certain nombre d’études scientifiques. Celles-ci ont notamment montré que les enfants d’agriculteurs, habitués à gambader parmi le foin et les vaches dès leur plus jeune âge, souffraient moins d’allergies que les autres. Même constat chez les enfants nés dans une grande fratrie, plus exposés aux virus et bactéries échangés avec leurs frères et sœurs que les enfants uniques, et chez les enfants qui fréquentent les crèches par rapport à ceux qui restent à la maison. Enfin, d’après une recherche récente, les enfants dont les urines contiennent un taux élevé de triclosan, composé antibactérien utilisé dans différents produits d’hygiène, souffrent plus que les autres d’allergies et de rhume des foins. Une utilisation excessive des savons et autres déodorants «tueurs de bactéries» pourrait donc avoir des effets néfastes…

Les mécanismes exacts qui lient propreté excessive et pathologies du système immunitaire demeurent cependant mystérieux. «On sait que l’exposition à certains composants issus de bactéries ou de virus a un effet régulateur sur le système immunitaire et va donc protéger contre l’allergie», explique François Spertini. C’est ainsi que les personnes ayant contracté une hépatite A ou une tuberculose sont rarement allergiques. L’excès d’hygiène pourrait aussi être néfaste au développement de notre flore intestinale ou microbiote. Or on sait aujourd’hui que les milliards de bactéries qui peuplent notamment notre système digestif ont un rôle majeur dans notre santé. Les pathologies inflammatoires chroniques de l’intestin, par exemple, seraient liées à un déséquilibre du microbiote.

Faut-il par conséquent renoncer à laver avec rigueur ou même à soigner son enfant, par crainte de dérégler son système immunitaire? Sans doute pas, car cela lui ferait courir le risque de développer des maladies infectieuses potentiellement graves, sans garantie de le protéger à coup sûr contre les allergies et maladies auto-immunes. «On peut cependant recommander aux parents d’être un peu moins tatillons avec l’hygiène, en laissant par exemple leurs enfants marcher à quatre pattes sur le sol ou jouer avec des animaux sans les nettoyer ensuite systématiquement», indique François Spertini. Adopter un chat ou un chien dans la famille semble aussi être une bonne idée, la présence d’un animal ayant un effet protecteur contre l’allergie et l’asthme, du moins chez les enfants qui n’ont pas de prédisposition génétique à ces maladies et qui n’en souffrent pas déjà.

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