Les troubles mnésiques chez l’adulte âgé : déni ou oubli ?

Dernière mise à jour 31/10/11 | Article
Solitude d'une personne âgée
Certaines personnes âgées ne peuvent reconnaître une réalité extérieure difficile (décès d’un proche, changement de lieu de vie, …) qui risque de les faire souffrir. Il est essentiel de pouvoir entreprendre un travail psychothérapeutique pour les aider à se représenter cet insupportable afin d’éviter qu’elles se dépriment, voir parfois se démentifient.

L’adulte âgé est confronté à des pertes nombreuses et diverses (retraite, décès d’un proche, changement de lieu de vie, hospitalisation,...) qui mettent parfois à mal son identité, parfois de manière discrète sans même que son entourage s’en rende compte.  Pour un certain nombre d’individus, cette nouvelle crise identitaire est insurmontable et face à un vécu douloureux et angoissant, l’oubli pourrait être une solution. Rappelons que face à la souffrance psychique, ne plus penser, oublier est un but fréquemment recherché.

Dans un contexte de crise identitaire ou une dépression, l’oubli ne doit pas être uniquement pensé chez le sujet âgé comme une perte de mémoire liée à l’âge, c’est-à-dire comme un problème organique. L’oubli peut également être un mécanisme défensif (déni), une solution pour faire face à un vécu douloureux. Dans ce sens, le déni pourrait cliniquement se traduire par des oublis répétés nous amenant à le confondre avec une atteinte organique (par ex. une démence débutante). Il est donc essentiel d’essayer de mieux comprendre ce que représente le fait d’oublier pour un individu âgé, c’est-à-dire se soucier du sens et de l’origine de cet oubli. Si on identifie un déni, on pourra alors  proposer des interventions psychothérapeutiques au sujet âgé afin de l’aider à diminuer sa souffrance psychique. On évite ainsi qu’il sombre dans une dépression qui pourrait le conduire à terme à « développer » une démence. En effet, plusieurs études longitudinales montrent que la dépression associée à des troubles mnésiques (cognitifs) dans l’âge avancé  est un facteur de risque de démence. Ces résultats suggèrent donc qu'une fragilité particulière sur le plan psychopathologique pourrait favoriser la survenue d’une démence

Une prise en charge psychothérapeute est  donc essentielle. Deux exemples montrent que les traitements, qui sont parfois difficiles, peuvent néanmoins être efficaces.

Traitements psychothérapeutiques face à l’oubli

Le premier cas est typique. Madame A, 74 ans, sans enfant, développe un état dépressif sévère suite au décès de son mari. Elle est hospitalisée à plusieurs reprises. Lors de son troisième séjour, l’équipe soignante s’interroge face aux oublis massifs de cette patiente: Mme A émet les mêmes demandes chaque jour, elle est désorientée dans le temps et pense toujours qu’elle participe pour la première fois à un groupe de parole qu’elle fréquente pourtant depuis plusieurs mois. Un bilan neuropsychologique objective des difficultés cognitives. Après réflexion, l’équipe soignante fait l’hypothèse que la patiente fait face à une situation insupportable (décès du mari, solitude, …) en ayant développé un déni  qui se manifeste notamment par des difficultés de mémoire, des oublis.  S’ensuit un travail psychothérapeutique. Le déni régresse progressivement, la patiente peut par moment élaborer de manière adéquate ses difficultés, souvent au prix d’une recrudescence de sa dépression. L’amélioration du moral de la patiente va s’accompagner d’une diminution de ses difficultés cognitives. Ceci se traduit par une normalisation de ses performances cognitives lors d’une seconde évaluation neuropsychologique réalisée un an plus tard. Les troubles cognitifs “au service” du déni sont donc réversibles.

Le second exemple montre que même dans un contexte de maladie d’Alzheimer, le fonctionnement cognitif du patient peut fluctuer. Madame B, 73 ans, sans enfant, est hospitalisée en raison d’idées suicidaires suite au décès de son mari. A son arrivée à l’hôpital, la patiente nie la mort de son époux, celui-ci étant par ailleurs fortement idéalisé. L’équipe soignante constate des difficultés cognitives, notamment de nombreux oublis. Un bilan neuropsychologique objective une atteinte sévère de la mémoire et une désorientation (dans le temps et l‘espace). Une maladie d’Alzheimer est diagnostiquée. Puis, l’équipe soignante constate que les troubles cognitifs de Mme B fluctuent en fonction de son état émotionnel et que Mme B oublie surtout lorsqu’elle est confrontée à des difficultés que son psychisme ne peut supporter, comme si elle avait besoin de les mettre à distance. Un travail psychologique, notamment sur le deuil de son époux, est entrepris. Avec le temps, l’équipe soignante relève de plus en plus d’authenticité et de reconnaissance de la réalité, le déni s’estompe, une image plus nuancée de son mari et de leur vie de couple apparaît. Le travail psychologique a permis à la patiente de pouvoir progressivement se représenter l’insupportable, la mort de son mari. ce qui a eu pour conséquence une amélioration de sa mémoire (même si celle-ci reste perturbée).

Ces deux exemples montrent que l’oubli peut être un mécanisme défensif ou une solution pour faire face à un vécu douloureux et angoissant. Pour éviter une évolution de ces troubles vers une démence, il est essentiel de proposer des interventions psychothérapeutiques aux patients de plus de 60 ans déprimés, particulièrement ceux qui présentent des troubles cognitifs.

Références

Adapté de « Interpréter les troubles cognitifs dans les troubles thymiques à l’âge avancé », Dr Christophe Delaloye, centre de neurogérontopsychologie, Chêne-Bourg, in Revue médicale suisse 2010; 6: 754-7, en collaboration avec les auteurs.

A LIRE AUSSI

Borderline
Enfant triste

Comment apparaît le trouble de la personnalité borderline?

Ces dernières décennies, des recherches approfondies ont été consacrées aux origines du trouble de la...
Lire la suite
Troubles bipolaires
masques

Médicaments pour le traitement des troubles bipolaires

Ces médicaments psychotropes sont utilisés pour traiter les fluctuations extrêmes de l’humeur telles...
Lire la suite
Borderline
reflet d'un visage dans un miroir

Critères diagnostiques du trouble de la personnalité borderline?

Neuf critères diagnostiques sont utilisés pour diagnostiquer le trouble de la personnalité. Ils vous...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
Santé_au_masculin

Les hommes ont une moins bonne santé que les femmes

En moyenne, la population masculine est plus vulnérable en termes de santé, et son espérance de vie, bien qu’elle tende à augmenter en Suisse, reste plus courte que celle des femmes. Pourquoi?
Alzheimer

Il existe enfin une piste sérieuse pour soigner l’alzheimer

Un médicament développé par une équipe zurichoise, dans le cadre d’une étude menée sur 165 patients, semble ralentir le déclin cognitif. Les spécialistes affichent un optimisme prudent.
alzheimer_aujourd'hui

Alzheimer aujourd'hui

Malgré des espoirs de traitement, la maladie d'Alzheimer reste très difficile à vivre pour les malades et leurs proches.
Videos sur le meme sujet

Détresse existentielle: la société peut aider

Notre vision de la vie peut changer, parfois jusqu'à devenir plus noir que les ténèbres. La détresse existentielle est un mal actuel dans notre société, et de l'aide existe pour y faire face. Sandrine Astori nous aide à y voir plus clair.

Alzheimer et autres démences: dépister et anticiper

Aujourd'hui en Suisse près de 90'000 personnes sont atteinte de la maladie d'Alzheimer ou d'une autre forme de démence. Cette vidéo aborde le sujet avec le médecin chef du service de neurologie de l'hôpital de Sion.

Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent

La dépression du post-partum et la dépression chez l'enfant et l'adolescent sont encore trop souvent méconnues. Explications dans cette vidéo.
Maladies sur le meme sujet
maladie d'alzheimer: deux personnes se tiennent la main

Maladie d'Alzheimer

La maladie d'Alzheimer est une dégénérescence du cerveau qui atteint surtout les personnes âgées, et qui a de nombreuses répercussions sur la vie quotidienne.

Personne seule

Dépression

La dépression peut se manifester par une tristesse, un manque de plaisir et d'énergie, mais aussi par des changements dans le sommeil, l'appétit ou le poids.

Symptômes sur le meme sujet
La tristesse

Dépression

Je pleure souvent / je n’ai pas le moral / je suis déprimé(e)
Pense-bête

Perte mémoire

J’ai (il a) des pertes de mémoire