La testostérone, un traitement d’avenir?

Dernière mise à jour 07/02/13 | Article
La testostérone, un traitement d’avenir?
La testostérone, l’hormone sexuelle masculine par excellence, pourrait s’avérer efficace dans la prise en charge de diverses maladies chroniques comme la bronchite chronique obstructive ou les troubles cardiovasculaires. Elle pourrait même contribuer à la prévention de la maladie d’Alzheimer. De nombreuses études sont en cours pour confirmer ses effets bénéfiques.

A mesure qu’ils vieillissent, les hommes ne sont pas épargnés par les bouleversements hormonaux. L’âge venant, ils sont sujets à une baisse de la libido, à des troubles sexuels et à une fatigue grandissante. C’est l’andropause, équivalent masculin de la ménopause, même si les changements sont moins soudains et moins clairement repérables que chez les femmes.

La faute en revient à la testostérone, cette hormone sexuelle considérée comme typiquement masculine (même si les femmes en secrètent aussi un peu), dont la production baisse à partir de la cinquantaine.

Actuellement, cette hormone n’est prescrite qu’en tant que traitement substitutif en cas d’andropause avérée. Mais elle pourrait à l’avenir être utilisée comme un véritable médicament susceptible de traiter ou de prévenir diverses maladies chroniques qui sont associées à des taux bas de testostérone.

Redonner des muscles aux bronchiteux chroniques

C’est notamment le cas de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), autrement dit de la bronchite chronique. L’inflammation qui caractérise cette maladie pourrait participer à une baisse d’activité de l’hypophyse, cette glande cérébrale qui stimule la sécrétion des hormones, notamment de celle des mâles. Cela explique que «40 à 50% des patients affectés d’une BPCO à un stade avancée ont un taux de testostérone circulant dans le sang inférieur à la norme», souligne Nikolaos Samaras, chef de clinique à l’Unité de gériatrie de liaison des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Cette hormone étant un stéroïde anabolisant – ce n’est pas un hasard si certains de ses dérivés sont recherchés pour leur effet dopant – son déficit contribue à la réduction de la masse musculaire et donc à la perte de poids souvent observée chez ces patients.

Une prescription de testostérone pourrait-elle contribuer à redonner des muscles, notamment respiratoires, aux bronchiteux chroniques? Plusieurs études ont été faites et leurs résultats sont plutôt encourageants. Surtout lorsque la consommation  de testostérone est associée à un programme de physiothérapie comprenant des exercices d’endurance et de résistance et à une prise en charge de la nutrition. Ce triple traitement s’est montré bénéfique pour la masse et la force musculaires, sans provoquer d’effets secondaires significatifs. Même si les hommes traités étaient aussi nombreux que les autres à devoir être hospitalisés, «leur mortalité au bout d’un an était significativement réduite». Toutefois, «il est encore trop tôt pour prescrire de la testostérone pour traiter la bronchite chronique», commente Nikolaos Samaras. Mais les essais méritent d’être poursuivis.

Du cœur au cerveau

Les maladies cardiovasculaires pourraient aussi être une cible pour l’hormonothérapie. «Contrairement à ce que l’on a longtemps pensé, le faible taux de testostérone est lié à un risque accru athérosclérose, selon le gériatre. De petites études ont même montré que l’hormone avait des effets bénéfiques contre l’angine de poitrine». Toutefois, d’autres travaux ont révélé que des traitements hormonaux substitutifs prescrits aux hommes après l'andropause pouvaient augmenter les complications cardiaques. «La prudence s’impose donc encore», conclut le spécialiste.

Il en va de même dans le cas de la maladie d’Alzheimer. Le cerveau renferme de nombreux récepteurs hormonaux et des recherches ont révélé qu’un traitement substitutif de testostérone pouvait améliorer les fonctions cognitives, à la fois chez les personnes saines et chez celles qui souffrent de démences. L’hormone a notamment des effets positifs sur la mémoire et sur la fonction visuo-spatiale, c’est-à-dire sur la représentation de l’espace. Autre signe qui ne trompe pas: «les patients ayant une testostérone basse ont un risque légèrement accru de développer la maladie», précise Nikolaos Samaras. Mais une fois encore, de là à prescrire de la testostérone pour prévenir la maladie d’Alzheimer ou freiner les pertes de mémoire, il y a un pas que le médecin se refuse de franchir en attendant que de nouvelles études prouvent le bienfondé du traitement. Affaire à suivre donc.

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