L’urinothérapie: le mythe de l’urine parée de toutes les vertus

Dernière mise à jour 19/11/15 | Article
L’urinothérapie: le mythe de l’urine parée de toutes les vertus
Des millions de personnes dans le monde boivent leur urine afin de soigner tous leurs maux. Cette médecine alternative ne repose sur aucune base scientifique et n’est pas sans danger.

Son attrait ne date pas d’hier. Dans l’Antiquité, l’urine était déjà parée de multiples vertus thérapeutiques, au point qu’Hippocrate, le père de la médecine, prônait son ingestion. Suscitant à la fois dégoût et fascination, ce liquide biologique a toujours fait l’objet de multiples croyances, comme celle défendue par le naturaliste romain Pline l’Ancien qui prétendait que l’urine d’eunuque rendait les femmes fécondes.

Plus tard, au XVIsiècle, «la boisson d’or», comme on l’appelait alors, servait à confectionner des remèdes variés. Ambroise Paré, le pionnier de la chirurgie moderne, utilisait d’ailleurs ce liquide stérile pour désinfecter et cicatriser les plaies.

Médecine alternative

Aujourd’hui, le recours à l’urine à des fins médicales est remis au goût du jour et porte le nom d’urinothérapie. Cette médecine alternative aurait déjà des millions de partisans dans le monde –surtout au Japon, en Allemagne et aux Pays-Bas– et son influence ne cesse de s’étendre en Europe. A lire les témoignages des adeptes, l’urine serait la panacée. Il suffirait de la boire ou de se l’injecter dans un muscle pour traiter le sida, le cancer, le diabète, la sclérose en plaque, l’asthme et bien d’autres maladies. Ou encore de l’étaler sur sa peau pour soigner ses problèmes dermatologiques.

Le pape de cette méthode, le Néerlandais Coen Van der Kroon, considère en effet que l’urine est un véritable «élixir de vie» (c’est le titre du Guide complet d’urinothérapie qu’il a publié aux éditions Jouvence). Selon lui, les reins produisent des substances qui, une fois réintroduites dans l’appareil digestif, auraient des effets bénéfiques. Notamment des produits qui fortifient le système de défense de notre organisme.

«Il est vrai que l’urine renferme des composants du système immunitaire, comme des cytokines produites par les globules blancs, commente Olivier Bonny, médecin-associé au service de néphrologie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Mais cela ne signifie pas que, lorsqu’on boit son urine, ces substances peuvent être réabsorbées par le corps».

Les partisans de cette méthode partent aussi du fait que le fœtus qui se développe dans le ventre de sa mère est plongé dans le sac amniotique constitué à 80% d’urine et que celle-ci contient des sels minéraux, des acides, des hormones, des enzymes et des vitamines. Un argument qui ne convainc pas le néphrologue du CHUV. «L’urine présente dans le liquide amniotique évolue dans un milieu stable et fermé. Elle ne ressemble pas à celle que nous produisons, dont la composition varie sans cesse en fonction de notre métabolisme».

Aucune preuve scientifique

Une chose est sûre: il n’y a aucune base scientifique prouvant les bienfaits de l’urine sur la santé. «Il y a bien eu une lettre de lecteur, publiée dans la revue médicale réputée The Lancet, rapportant deux cas de cancer du foie traité par l’urée, constate Olivier Bonny. Mais il ne s’agissait que d’observations qui n’étaient pas fondées sur des critères scientifiques». C’est un peu bref pour extrapoler et en déduire que l’urine guérit du cancer. «Si le corps élimine certaines substances par l’intermédiaire de l’urine, cela signifie qu’il n’en a pas besoin, souligne le spécialiste. Je ne vois donc pas l’utilité de les ingérer à nouveau».

D’autant que cette pratique n’est pas sans risque. Certes, de nombreuses histoires circulent à propos de ces soldats perdus dans le désert et privés d’eau qui ont réussi à rester en vie en consommant leur urine. Cela leur a permis de tenir quelques jours. Toutefois, «si l’on réingurgite les déchets éliminés, on peut s’intoxiquer». En outre, remarque Olivier Bonny, «lorsque l’urine contient des agents pathogènes, elle devient une source d’infections potentielle». En prendre un verre de temps en temps, passe encore. Mais le faire régulièrement ou ne boire que cela peut avoir de fâcheuses conséquences.

Des médicaments extraits de l’urine

Pour prouver les bienfaits de l’urinothérapie, les partisans de la méthode soulignent que les laboratoires pharmaceutiques n’hésitent pas à tirer de l’urine certains médicaments.

C’est vrai. La gonadotrophine (hormone utilisée dans la procréation assistée) a longtemps été extraite de l’urine de femmes enceintes. Ce mode de production est désormais abandonné car, pour éviter d’éventuelles contaminations, on préfère maintenant produire cette hormone à l’aide des biotechnologies.

Quant à l’urokinase, elle doit son nom au fait qu’elle a, pour la première fois, été isolée de l’urine. Cette enzyme, employée pour dissoudre les caillots sanguins, est encore aujourd’hui parfois extraite de l’urine humaine.

Toutefois, les laboratoires ne se contentent pas de séparer la substance qui les intéresse du liquide biologique. Ils prennent soin aussi de la purifier, ce que l’on ne fait pas en buvant son urine.

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