Des applications qui détectent le mélanome?

Dernière mise à jour 02/11/15 | Article
Et si on se passait des dermatologues pour détecter le mélanome?
Les applications pour scanner soi-même ses grains de beauté fleurissent sur les «store» et un dermoscope tout public pourrait bientôt être proposé en pharmacie. Has been, la consultation chez le spécialiste? Pas forcément, mais les choses bougent.

En matière de mélanome malin (un des cancers de la peau), la Suisse détient un triste record. Elle occupe le deuxième rang, juste après l’Australie, quant au nombre annuel de nouveaux cas. Mais, identifié dès son apparition, il peut facilement être guéri. D’où l’intérêt d’un dépistage précoce.

Jusqu’à présent, le passage chez un dermatologue semblait être la meilleure façon de vérifier ses grains de beauté et de s’assurer qu’aucune cellule cancéreuse ne s’y cache. Mais cela pourrait changer, grâce notamment à la société Dermosafe, basée à Corseaux (VD). Celle-ci recourt à «la dermoscopie, la technique utilisée par les dermatologues qui permet de voir plus en profondeur une lésion cutanée grâce à une lumière polarisée, explique Philippe Held, directeur de Dermosafe. Mais jusqu’à présent, celle-ci n’était utilisée que par les spécialistes. Nous avons alors mis au point un dermoscope digital connecté qui permet à un généraliste d’envoyer des images des "grains de beauté" à un data center sécurisé.» Les photos ainsi prises sont ensuite étudiées par un pool de dermatologues. «En moins de trois jours, le patient reçoit une réponse de nos spécialistes et sait s’il doit consulter un dermatologue ou pas.»

Une façon de désengorger les consultations dermatologiques et de rassurer le patient. Aujourd’hui, une quinzaine de médecins de premier recours et de centres médicaux utilisent cet outil. «Dans le futur, nous pourrions mettre au point un outil tout public à utiliser en pharmacie, ou même chez soi. Le but de ce service de télémédecine serait de toucher une population de personnes qui n’a jamais consulté de dermatologue.»

Autocontrôle, mode d’emploi

La règle ABCDE suggère aux patients de regarder les cinq critères suivants lors de l’inspection des grains de beauté. Il faut s’inquiéter en cas de:

  • Asymétrie (si le grain de beauté n’est ni rond, ni ovale)
  • Bords mal délimités, déchirés
  • Couleur non homogène
  • Diamètre en augmentation (suspecte dès 6 mm)
  • Evolution rapide (la taille, la couleur ou la forme changent rapidement).

Olivier Gaide suggère une méthode plus simple:

  • Observation: faire des autocontrôles réguliers. Environ quatre fois par année, on s’inspecte soi-même ou ses proches. Il est inutile de le faire plus souvent au risque de passer à côté du changement.
  • Changement: «Si ça bouge, je me bouge» est l’adage que préconise le spécialiste. Peu importe ce qui se développe sur la peau, mieux vaut consulter.

Des espoirs et des doutes

Cette méthode est-elle prometteuse? Pour le savoir, Olivier Gaide, Médecin associé au Service de dermatologie et vénéréologie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), est justement en train de passer en revue une grande quantité d’images réalisées grâce à Dermosafe afin d’en déterminer la fiabilité: «Les images générées ont l’air de bonne qualité et seront certainement utilisables. Si Dermosafe est utilisé à bon escient, il permettrait de déterminer le degré d’urgence des cas soumis et cela serait extrêmement utile. Cet outil permet aussi d’avoir un suivi personnalisé d’une lésion, à un faible coût.» Le spécialiste émet toutefois une réserve: «Juger une seule lésion isolée, sans avoir le contexte, peut être dangereux. On court le risque que l’image présentée soit celle d’un grain de beauté sans risque, alors qu’un grain de beauté suspect ou un cancer de la peau n'ont pas été passés au dermoscope. Plus la personne qui procède à la détection est inexpérimentée, plus ce risque est grand.»

Les smartphones scanners de peau

Alors que dire de ces applications pour smartphone qui aident à passer au crible sa peau à grand renfort de zoom et de photos de références permettant de faire des comparaisons? «Aucune d’entre elles n’a montré scientifiquement son utilité dans la pratique courante. Elles offrent certes un suivi des lésions suspectes pour le patient, mais ce ne sont pas toujours celles qui sont vraiment dangereuses. Quoi qu’il en soit, nous souhaitons que la population se sente concernée par l'autocontrôle de la peau, que ce soit à l'œil nu ou avec l'aide de photographies», commente Olivier Gaide.

Frédérique-Anne Le Gal, Médecin associé dans le Service de dermatologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) précise: «Les applications que je connais ont surtout une mission d'éducation basée sur des critères cliniques qui ne permettent de détecter que des mélanomes déjà bien avancés. La détection précoce, par les outils dont nous disposons maintenant, ne peut pas être faite par le patient.»

Outils ludiques et de prévention, ces «skin scanners» de poche ne sont pas totalement inutiles. D’autant que les cas de mélanomes ne sont pas en baisse. «Ceux dont le pronostic est bon ont même tendance à augmenter, poursuit Frédérique-Anne Le Gal. Les gens ne sont pas plus prudents face au soleil, mais plus attentifs aux changements qu’ils observent sur leur peau.»

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