Suivre son traitement, une affaire d’équipe

Dernière mise à jour 02/10/13 | Article
Suivre son traitement, une affaire d’équipe
Prescrire et prendre des médicaments est devenu monnaie courante, bien que de nombreux patients aient du mal à adhérer pleinement à leur traitement. Plusieurs approches et outils ont été développés pour mieux comprendre ce phénomène et y remédier.

Face à l’augmentation mondiale des malades chroniques, rien de plus banal, aujourd’hui, que de prendre un traitement médicamenteux. Prescrire et délivrer des médicaments constitue les actes les plus répandus chez les médecins et les pharmaciens occidentaux. Or, selon l’OMS, la moitié des patients sous prescription médicale ne respectent pas le traitement qui leur est délivré : soit ils l’interrompent de façon inopinée, soit ils n’observent pas les règles de prise du médicament (s’autorisant  des oublis isolés ou carrément des vacances prolongées).

Cet état de fait peut sembler surprenant étant donné qu’une prise irrégulière d’un traitement est susceptible de mettre la santé du patient en péril. Comment, dès lors, comprendre les perspectives du patient qui négligerait son traitement et identifier ses besoins?

Facteurs de la non-adhésion

Afin d’expliquer ce phénomène, dit de non-adhésion, plusieurs explications théoriques ont été conçues. Tout d’abord, il est communément admis que la non-adhésion au traitement relève d’un comportement humain complexe, comprenant de multiples facettes et dépendant aussi bien de l’entourage du patient que des professionnels impliqués et du système de santé. L’OMS a ainsi défini cinq facteurs différents, jouant chacun un rôle déterminant dans la bonne prise du médicament : des facteurs liés au patient, à sa maladie, aux traitements, à son contexte socioéconomique et au système de santé. Ainsi, par exemple, un patient peut craindre les effets secondaires de son médicament et estimer que son état n’est pas assez grave pour prendre ce risque. Il peut aussi être tout simplement fatigué de devoir avaler, chaque jour à la même heure, autant de comprimés.

Le modèle sociocognitif

Un modèle théorique sociocognitif a également été développé pour décrire au mieux les étapes de l’adhésion au traitement. Celui-ci apporte un grand soutien au professionnel, qui aide son patient à poursuivre son traitement sur le long terme.

En premier lieu, il s’agira pour le professionnel d’explorer les connaissances et les croyances du patient face à sa maladie et et ses risques. En deuxième lieu, le patient doit être invité à exprimer ses attentes vis-à-vis du traitement. Le professionnel devra gérer des attentes très disparates: parfois rationnelles, souvent émotionnelles et quelques fois démesurées. Elles sont fortement déterminées par les souffrances induites par la maladie, et par la confiance que porte le patient au système de santé et aux informations véhiculées par les proches et les médias. En troisième lieu, le patient indiquera s’il se sent capable à s’engager dans un tel traitement et à le perpétuer. En quatrième lieu, le professionnel se renseignera sur les bénéfices potentiels du traitement tels qu’ils sont perçus par le patient. Enfin, en cinquième lieu, le professionnel s’intéressera aux barrières auxquelles le patient doit faire face dans sa gestion du traitement et également aux ressources dont dispose le patient sur lesquelles s’appuyer pour gérer son traitement.

Collaboration médecin-pharmacien

Le rôle des professionnels de la santé est primordial pour valoriser une adhésion la meilleure possible. Avant toute prescription et délivrance de médicaments, les professionnels doivent aborder le sujet de l’adhésion au traitement et de ses enjeux avec le patient. En regard de cette discussion, ils s’assureront que le traitement prescrit est bien le plus adéquat et efficace possible. En tout temps, ils s’assureront que le traitement est bien accepté par le patient. Ils vérifieront que ce dernier puisse bien le gérer sans difficultés majeures et le soutiendront dans le développement de rituels et d’astuces pour que la prise des médicaments se fasse le plus en douceur possible. Parmi celles-ci figurent des moyens intéressants tels que l’utilisation de boîtiers à médicaments, de piluliers électroniques ou encore d’alarmes automatisées sur le téléphone portable.

Continuité des soins

Dans une telle démarche, les collaborations entre médecin et pharmacien sont fructueuses : elles permettent une prise en charge globale du patient, grâce aux compétences respectives et complémentaires des deux corps de métier. Le pharmacien pourra donc, grâce à ses connaissances pharmacologiques, être d’un grand soutien concernant les questions pratiques liées à la prise du médicament (forme, taille, prix du comprimé). Grâce à sa proximité, il est aussi d’un appui conséquent pour tout ce qui relève de l’écoute et de la motivation des patients.

Cette approche interdisciplinaire semble réellement aider le patient à gérer son traitement et à le poursuivre sur le long terme. Elle fait actuellement ses preuves dans plusieurs cabinets privés de Suisse romande et est de plus en plus recommandée.

Référence

Adapté de «Adhésion thérapeutique du patient chronique: des concepts à la prise en charge ambulatoire», par, Dr M. P. Schneider, Dr L, Herzig, D. Hugentobler Hampai etPr O. Bugnon, Pharmacie de la Policlinique Médicale Universitaire et Institut universitaire de médecine générale, Lausanne. In Revue médicale suisse2013; 9 : 1032-6, en collaboration avec les auteurs.

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