La musique aide à supporter des soins critiques

Dernière mise à jour 18/12/13 | Article
La musique aide à supporter des soins critiques
Aux soins intensifs, des patients ont besoin de moins de tranquillisants s'ils peuvent écouter de la musique relaxante.

Quelques notes pour adoucir les soins? Vous êtes aux soins intensifs et sous respiration artificielle. Auparavant, vous respiriez mal, par exemple à cause d'une pneumonie ou d'une insuffisance cardiaque. Vos poumons n'apportaient donc pas assez d'oxygène à votre corps. Pour y remédier, les médecins ont introduit un tube dans votre bouche et votre trachée (une intubation). A travers celui-ci, une machine envoie de l'oxygène vers vos poumons. Vous évitez ainsi l'épuisement, explique Christophe Monney, chef de clinique à la Policlinique médicale universitaire à Lausanne.

Une telle situation est évidemment désagréable. De plus, votre état de santé est critique et l'environnement des soins intensifs est stressant, entre «bips, alarmes, bruit du respirateur et des autres patients». Cela génère de l’anxiété. Or, celle-ci active le système nerveux sympathique; le cœur demande donc encore plus d’oxygène, quand le corps peine déjà à l’apporter. Afin de soulager les patients et leur respiration, des tranquillisants sont donc généralement prescrits.

Musique à la demande

Peut-on trouver des compléments à ces médicaments? Aux Etats-Unis, le professeur Linda Chlan a testé la musicothérapie pour soulager l'anxiété d’un groupe de 373 malades des soins intensifs, intubés et sous ventilation mécanique. Ceux-ci devaient être suffisamment conscients pour accepter l'expérience, ce qui implique que la dose de tranquillisants qu'ils recevaient était relativement modeste.

Les patients ont été répartis aléatoirement en trois groupes: l'un se voyait proposer de la musique, le deuxième un casque audio antibruit et le dernier, le groupe contrôle, était soigné normalement, sans musique. Pour le groupe «musique», une musicothérapeute amenait au patient un lecteur de CD, un casque et un choix de six CDs de musique relaxante. La musique pouvait être utilisée quand le patient le souhaitait.

L'équipe du professeur Chlan a ensuite mesuré trois indicateurs: le niveau quotidien d’anxiété du patient sur une échelle de 1 à 100, la dose et la fréquence de tranquillisants prescrits par les médecins.

Une proposition à généraliser

Le pari semble réussi. En moyenne, le groupe «musique» avait une anxiété de 20 points (sur 100) inférieure au groupe contrôle; soit une réduction relative d'un tiers. L'effet de la musique s'est aussi ressenti selon les deux autres mesures: après cinq jours, les patients ayant pu écouter de la musique recevaient en moyenne trois doses de moins de sédatifs, une réduction de 38%. Idem pour le dosage de ceux-ci qui était inférieur de 36%.

Comparé au groupe avec casque antibruit, le groupe musicothérapie voit la fréquence de la sédation significativement réduite, mais pas les doses de sédatifs administrés ni l’évaluation de son anxiété par le patient.

«Une telle mesure n'est pas compliquée à mettre en place, particulièrement en dehors des soins intensifs », juge le Dr Monney. «C'est pour cela qu'elle est séduisante.» On diffuse déjà de la musique quand on passe une IRM mais on pourrait «proposer de la musique relaxante dans les salles d’attente des cabinets médicaux, aux personnes qui viennent faire une prise de sang ou un geste médical invasif», suggère le médecin. «Pour les personnes hospitalisées, le personnel soignant pourrait inciter les patients anxieux à utiliser la musique sous toute forme de support existant: radio, lecteur CD ou MP3.»

Trois questions à Linda Chlan, professeur à l’Ohio State University

Pr Linda Chlan

© Ohio State University

Introduire la musique aux soins intensifs, c’est facile?

Linda Chlan:Nous n’avons pas rencontré d’obstacles dans cette étude de la part du personnel médical ou infirmier. La plupart des gens apprécient la musique quand ils sont en bonne santé. L’idée de l’utiliser avec des personnes dans un état critique ne leur semble donc pas farfelue.

Quel type de musique proposiez-vous aux patients?

Il s’agissait principalement de musique sans paroles, notre définition de la musique relaxante supposant des tempos de 60 à 80 battements par minutes. De plus, la musicothérapeute évaluait les préférences de chaque patient du groupe musique, pour personnaliser leur sélection de musique.

Dans quel autre domaine de soins pourrait-on intégrer rapidement la musique?

De nombreuses recherches sont réalisées où l’on utilise la musique lors d’un geste médical. De même, on évalue son effet allié aux antidouleurs chez les patients après opération.

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