Le bon médicament pour moi

Dernière mise à jour 05/03/13 | Article
Le bon médicament pour moi
La pharmaco-génétique étudie les facteurs génétiques influençant la réponse au traitement.

Dans un monde idéal, le médicament prescrit est bénéfique. Dans la réalité, on sait qu’il n’a pas les mêmes effets sur tous. Les différences de réponse dépendent de nombreux facteurs, comme l’âge, le sexe, le poids ou encore les fonctions rénales ou hépatiques. Mais aussi des gènes. D’ailleurs, une branche de la pharmacologie, la pharmacogénétique, s’y intéresse de près. Plus précisément, elle étudie les mécanismes génétiques qui influencent la variabilité de la réponse individuelle à un traitement.

Concrètement, après la prise d’un médicament, celui-ci est absorbé, transformé, distribué où il interagit avec des cibles particulières des récepteurs ou des enzymes avant d’être éliminé. « Chacune de ces étapes est tributaire de facteurs génétiques dont certaines sont bien caractérisées et vont influencer la réponse au traitement », explique le Pr Jules Desmeules, médecin adjoint agrégé au service de pharmacologie et toxicologie cliniques.

Déjà d’actualité

Une thérapie individualisée intégrant le profil génétique du patient est déjà d’actualité en oncologie (lire encadré). Dans le domaine neurologique et des maladies infectieuses, la toxicité dermatologique d’un antiépileptique et d’un anti-HIV peut être évitée en écartant les individus présentant un gène particulier. « Nous connaissons certains facteurs génétiques susceptibles d’accroître le risque de réactions indésirables, c’est pourquoi un test peut être proposé aux personnes avant de leur prescrire ces deux médicaments», précise le Pr Desmeules. Les analgésiques sont un autre champ d’investigation. Ainsi, la codéine ou d’autres dérivés comme le tramadol sont activés dans le foie en analogue de la morphine par une enzyme. Celle-ci est absente chez 10% des gens, ce qui rend l’analgésique plus ou moins inefficace. A l’inverse, 10% de la population a trop d’enzymes et produit ainsi trop d’analogues de la morphine conduisant à une toxicité parfois mortelle. « Préciser le statut génétique d’une personne permettrait ainsi de prédire la réponse et d’éviter l’inefficacité thérapeutique ou la toxicité chez certains patients », note le Pr Desmeules.

Connaître l’environnement

Aujourd’hui, les recherches portent sur les familles d’enzymes transportant et transformant les médicaments. «Nous ciblons les médicaments ayant des effets secondaires fréquents ou graves», souligne le pharmacologue qui, à la tête de l’unité d’investigation clinique, n’oublie pas de relever une autre piste d’intérêt: «Nous cherchons à connaître la fonctionnalité des enzymes car elles peuvent aussi être modifiées par l’environnement, par exemple la prise simultanée d’un autre médicament ou le fait de manger tel ou tel aliment.»

Garder espoir

Il y a vingt ans, l’oncologie en pleine effervescence se mettait à rêver. La découverte d’un médicament ciblant l’anomalie génétique à l’origine de la leucémie myéloïde chronique (LMC) a radicalement transformé son pronostic : jadis incurable, les médecins obtenaient soudain une rémission à long terme de ce cancer du sang.

«Aujourd’hui, les espoirs suscités par cette percée sont un peu retombés. Une seule et unique mutation génétique est responsable de la LMC. Il en va différemment pour les autres cancers où, dans la plupart des cas, des dizaines d’anomalies sont en jeu», tempère le Dr Nicolas Mach, responsable de l’unité de recherche clinique au service d’oncologie. Si tous les cancers sont la conséquence d’anomalies génétiques, les traitements visant une mutation spécifique sont encore peu nombreux. « Pour les cancers du poumon, par exemple, de tels médicaments ne pourront être proposés que dans environ 10% des cas. Dans certaines situations, ils peuvent remplacer avantageusement la chimiothérapie, mais pas la chirurgie curative», ajoute le Dr Mach.

Malheureusement, les bénéfices de ces traitements restent en deçà des attentes. Pour les cancers du poumon, la vie est prolongée en moyenne de deux ans. Pour certains mélanomes, le gain est de six à huit mois. «Mais la recherche avance à grands pas. On découvre presque tous les jours de nouvelles cibles thérapeutiques et de nouveaux médicaments. Alors, plus que jamais, gardons espoir», martèle l’oncologue.

André Koller

Pulsations - janvier-février 2013

Article original: http://bookapp.fr/api/hug/viewer/viewer.php?mag=HUGE_131#13

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