Les reins sont discrets mais polyvalents et précieux

Dernière mise à jour 06/09/16 | Article
Nichés de part et d’autre de la colonne vertébrale, ils assurent de nombreuses fonctions. Discrets, ils sont parfois négligés, et ne font parler d’eux que quand ils sont déjà endommagés.

A chaque instant, pulsations cardiaques et mouvements thoraciques nous rappellent le travail des organes indispensables que sont le cœur et les poumons. Tout aussi vitaux, les reins restent silencieux. Calés de part et d’autre de la colonne vertébrale, ces deux organes en forme de haricot, pas plus gros que le poing, assurent non pas une mais plusieurs fonctions, nécessaires à l’organisme pour s’adapter aux variations de l’environnement. Faute de symptômes spécifiques et de douleur, les affections rénales passent inaperçues et sont souvent découvertes à des stades avancés. Associations de patients et sociétés de spécialistes tentent de sensibiliser le public, dès le plus jeune âge, sur l’importance de protéger ses reins.

De l’urine aux globules rouges

Parmi leurs différentes fonctions, la plus évidente est la production d’urine. C’est ce qui explique l’intérêt que leur portaient, déjà dans l’Antiquité, médecins et scientifiques. «Avoir accès à l’urine et analyser ses caractéristiques (couleur, odeur, présence de sang, de mousse, etc.) permettait de faire des hypothèses sur le fonctionnement de l’organisme et certaines pathologies, remarque Anne Cherpillod, néphrologue au centre de dialyse de la Clinique Cecil, à Lausanne. Mais il aura fallu attendre longtemps pour en savoir plus sur leur structure microscopique, et comprendre vraiment les mécanismes qui s’y produisent.»

En permanence, les glomérules (structures rénales qui les constituent) filtrent le sang et le débarrassent des toxines produites par l’alimentation ou le fonctionnement des cellules. Grâce à un système sophistiqué, d’autres structures (appelées tubules) permettent d’ajuster les concentrations sanguines d’ions (potassium, sodium, chlore…) et équilibrent le pH sanguin. Ils ajustent aussi la réabsorption d’eau pour évacuer un surplus ou éviter une déshydratation.

Les reins jouent aussi un rôle dans le métabolisme osseux, en produisant la forme active de la vitamine D et le calcium, deux éléments essentiels à la bonne santé des os. «Ils produisent également des hormones: la rénine, qui régule la pression artérielle, et la fameuse érythropoïétine (EPO)», souligne Anne Cherpillod. Si pour beaucoup, l’EPO évoque le dopage sportif, cette hormone, essentielle pour que la moelle osseuse produise en quantité suffisante les globules rouges, est fabriquée naturellement par les reins.

Vrai/faux: On peut voyager quand on est traité par dialyse

Vrai: Des solutions existent pour permettre aux patients de continuer leur traitement lors d’un déplacement, y compris à l’étranger. Dans le cas d’une hémodialyse (épuration du sang par un circuit extracorporel), les centres médicaux spécialisés peuvent recevoir des patients de passage. Dans le cas d’une dialyse péritonéale, les poches de liquide peuvent être expédiées partout dans le monde.

Deux reins sont nécessaires au bon fonctionnement de l’organisme

Faux: Un seul rein peut assurer toutes les fonctions rénales. Une greffe n’en remplace qu’un. Les personnes qui font un don de leur vivant continuent à vivre tout à fait normalement, et leur espérance de vie n’est pas raccourcie. Il n’est d’ailleurs pas rare de naître avec un seul rein.

Il ne faut pas consommer de lait quand on a eu des calculs rénaux

Faux: Dans 80 % des cas, les calculs sont formés d’oxalate (cristal insoluble dans l’eau) de calcium. Depuis un peu plus de dix ans, les recommandations ont changé car on a découvert que le calcium ne favorise pas la formation des calculs mais, au contraire, limite l’absorption digestive d’oxalate. Le maintien d’un apport en calcium est particulièrement important chez les personnes âgées.

Donner un rein à un ami est possible

Vrai: La loi suisse permet de faire don d’un rein même sans lien familial avec le receveur. Il suffit d’être majeur et de justifier d’un lien «émotionnel». «Nous avons déjà vu des personnes donner un rein pour un collègue», relève Karine Hadaya, néphrologue dans le Service de transplantation des HUG. Si quelqu’un souhaite donner un rein (ou tout autre organe) après sa mort, il doit manifester son intention.

Avoir «mal aux reins» correspond en général à une douleur dorsale

Vrai: Passée dans le langage courant, cette expression désigne un problème rhumatologique de la région lombaire. Tout comme «se faire un tour de reins» est souvent utilisé pour parler d’un lumbago. Les reins sont situés plus haut, au niveau des côtes flottantes, et seuls les calculs et les infections provoquent des douleurs rénales.

L’insuffisance rénale augmente

A l’exception des infections (pyélonéphrites) ou des calculs rénaux (lire encadré), les maladies rénales ne provoquent pas de douleur et peu de symptômes. «Il est donc très important que les médecins généralistes repèrent les personnes à risque pour surveiller leur fonction rénale, et ainsi éviter de ne découvrir une insuffisance qu’à un stade avancé», insiste Karine Hadaya, néphrologue dans le service de transplantation des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). L’insuffisance rénale est parfois consécutive à certaines malformations, à des maladies génétiques ou encore à des glomérulonéphrites (inflammations des glomérules). Mais elle est aussi favorisée par l’âge, le surpoids, l’hypertension artérielle et est liée à un diabète mal contrôlé dans 30 % des cas. L’Organisation mondiale de la santé prévoit un accroissement de 17 % des insuffisances rénales d’ici à dix ans –un chiffre qui s’explique aussi par le vieillissement de la population.

Dépister tôt peut permettre, selon les causes, de ralentir, voire de stopper la progression de la maladie. Mais à partir d’un certain stade, un traitement qui se substitue au fonctionnement rénal doit être envisagé: dialyse ou greffe. La première greffe de rein a été réalisée en Suisse en 1964, à l’Hôpital universitaire de Zurich. Depuis, c’est l’organe le plus greffé du pays –322 en 2015. C’est aussi le premier pour lequel le prélèvement chez des donneurs vivants a été développé. Les HUG ont aussi débuté en 2011 un programme de dons «croisés», qui consiste à mettre en relation deux binômes donneur-receveur quand les deux personnes qui se connaissent sont incompatibles sur le plan immunologique, ce qui met le patient à risque de rejet. «Si nous trouvons des personnes mieux appariées, on propose au donneur A de faire don au receveur B, et le receveur A reçoit le rein du donneur B», explique le Dr Hadaya, qui a beaucoup œuvré pour développer ce concept.

Certains font aussi le choix de donner de leur vivant un rein, sans connaître le receveur. Mais de tels dons restent rares. «Chaque année en Suisse, nous réalisons deux ou trois de ces greffes dites altruistes», note Karine Hadaya. Pour le moment, en raison d’un manque important de donneurs décédés en Suisse, le nombre de greffons reste insuffisant. Plus d’un millier de patients sont sur liste d’attente, et doivent en moyenne attendre plus de mille jours avant d’être greffés.

En chiffres

Les reins adultes pèsent chacun environ 150 g et mesurent de 10 à 12 cm. Ils reçoivent 20 % du sang éjecté par le cœur et produisent de l’urine en fonction des apports, en moyenne de 1 à 2,5 l par jour. Le volume de sang épuré chaque minute constitue le débit de filtration glomérulaire (DFG); il est d’environ 100 ml. On estime ainsi qu’en 24 heures les reins filtrent tout le plasma une centaine de fois. Une diminution du DFG signe une atteinte de la fonction rénale. L’insuffisance rénale est classée en cinq stades. Ce n’est qu’au stade 5 qu’un traitement de suppléance rénale (dialyse ou greffe) devient nécessaire, «mais ça ne concerne qu’une infime partie des patients», souligne le Dr Anne Cherpillod, néphrologue à la Clinique Cecil de Lausanne. La greffe de rein est envisagée quand le DFG est inférieur à 15. Chaque année 80 000 greffes de rein sont réalisées dans le monde. Les programmes de dons vivants sont très développés dans beaucoup de pays dont la Suisse où, en 2015, 31 % des transplantations rénales provenaient de donneurs vivants.

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