Une opération vient à bout des arythmies cardiaques

Dernière mise à jour 15/10/13 | Article
Une opération vient à bout des arythmies cardiaques
Lorsque tout va bien, notre cœur bat régulièrement: lentement au repos, plus rapidement lorsque nous faisons de l’exercice, subissons un stress ou ressentons une émotion forte. Quand son battement est trop rapide, trop lent ou irrégulier, les médecins parlent de trouble du rythme cardiaque.

De quoi on parle?

Les faits

Alain Delon a subi une intervention chirurgicale pour soigner un trouble du rythme cardiaque. Cela ne l’empêchera pas, à presque 78 ans, d’être sur scène ces prochains jours dans la pièce «Une journée ordinaire», à Genève puis à Morges.

Le bilan

Le diagnostic n’a pas été divulgué, mais le plus probable est que l’acteur souffre de fibrillation auriculaire, une maladie du rythme cardiaque en expansion. Elle toucherait de 8 à 10% des Occidentaux de plus de 80 ans.

Il en existe de nombreux types, mais le plus courant est la fibrillation auriculaire. Alors que quelqu’un en bonne santé ne «sent» pas son cœur, les personnes touchées se plaignent fréquemment de palpitations ou de battements cardiaques très rapides. Elles ont aussi tendance à être essoufflées ou à avoir mal dans la poitrine. On peut cependant avoir l’impression de vivre normalement avec une fibrillation auriculaire: plus d’un malade sur cinq ne ressent rien de particulier.

Un problème d’électricité

Le cœur bat de façon coordonnée grâce au système électrique qu’il renferme: à chaque battement, une impulsion électrique est produite dans une zone du cœur (le nœud sinusal), puis se diffuse dans le muscle cardiaque selon un trajet toujours identique. En cas de fibrillation auriculaire, ce signal est parasité par une activité électrique anormale des oreillettes. Les deux cavités qui assurent le transfert du sang des veines vers les ventricules se contractent alors de manière anarchique. Résultat: le cœur bat de manière désordonnée et pompe le sang moins efficacement. Mais le principal danger de la fibrillation auriculaire est qu’elle entraîne une stagnation du sang dans les oreillettes, ce qui favorise la formation de caillots. Parfois, ceux-ci passent dans la circulation sanguine puis migrent jusqu’au cerveau, provoquant un accident vasculaire cérébral (AVC). Ce ne sont donc pas les effets immédiats de la fibrillation auriculaire, mais bien ses conséquences à long terme, soit l’augmentation du risque d’AVC, qui posent problème. «Une personne de 70 ans a un peu moins de 1% de risque de faire un AVC chaque année, détaille le professeur Dipen Shah, médecin adjoint en cardiologie aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).Chez une personne du même âge, fumeuse, avec une tension trop élevée, un diabète et une fibrillation auriculaire, ce risque oscille entre 4 et 6%par an.» La fibrillation auriculaire, favorisée par l’âge ainsi que par des maladies en constante augmentation telles l’obésité, l’apnée du sommeil et l’hypertension, devrait toucher à l’avenir une population croissante.

Une opération efficace

Même si elle n’est pas dangereuse à court terme, cette maladie peut donc avoir des conséquences graves à long terme. Plusieurs options existent pour la traiter.

D’abord, la cardioversion: le cœur est soumis à une décharge de 2000 volts pour provoquer une sorte de remise à zéro de son rythme. «L’activité électrique anarchique des cellules de l’oreillette est, pour un temps, réduite au silence», explique le Pr Shah. L’intervention – qu’a subie Alain Delon – est très efficace mais son effet est temporaire.

Ensuite, les traitements médicamenteux: les anticoagulants, qui préviennent la formation de caillots, ainsi que les ralentisseurs cardiaques et les antiarythmiques, qui régularisent son battement. Chez de nombreuses personnes, une combinaison de ces médicaments permet de contrôler la fibrillation et de réduire les risques qui lui sont associés. Mais ces traitements peuvent ne pas suffire ou être mal supportés. «Certains patients développent une résistance», explique le Dr Etienne Pruvot, cardiologue au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

Pour ces patients, il est possible de pratiquer une opération dite «d’ablation» de la fibrillation auriculaire pour «déconnecter» les cellules nerveuses du cœur responsables de l’activité électrique anormale. Un cathéter (minuscule tuyau flexible) muni d’électrodes est inséré dans la veine fémorale, puis poussé jusqu’au cœur. «Le dispositif enregistre alors les signaux électriques, explique le Pr Shah, de manière à repérer les endroits qui posent problème. On désactive ensuite ces zones par échauffement en faisant passer un courant dans l’électrode. L’opération est très ciblée: chaque décharge agit sur une surface large de 5 mm et profonde de 8 mm et tue les cellules sans causer de dégâts physiques.» L’intervention se pratique sous anesthésie générale ou sédation et dure de deux heures à trois heures trente.

Les résultats sont bons, même si une deuxième intervention est parfois nécessaire. Une étude a montré que 70% des patients suivis conservaient un rythme cardiaque normal durant six à dix ans après une ou deux opérations. Si elle est possible pour le patient et qu’elle se justifie, «l’ablation est la seule technique qui soigne la fibrillation auriculaire, résume le Dr Pruvot. Tous les autres traitements sont palliatifs.» Standardisée depuis le début des années 2000, la technique est de plus en plus utilisée. «Il est possible aujourd’hui d’opérer des personnes plus âgées», relève encore le cardiologue, qui estime que cette opération n’est pas encore assez connue par les médecins et les patients.

Rythme cardiaque

Gare au sport d'endurance intensif

Excès

Les bienfaits du sport pour la santé ne sont plus à prouver, spécialement dans la lutte contre les maladies du cœur et des vaisseaux. Mais l’endurance à très haute dose semble cependant poser des problèmes. Une étude a ainsi suivi plus de deux cents coureurs d’orientation âgés de 48 ans en moyenne. Après dix ans, douze d’entre eux souffraient de fibrillation auriculaire, soit six fois plus que dans un autre groupe contrôle qui ne faisait pas de sport intensif.

La raison précise de cet accroissement n’est pas connue mais les médecins soupçonnent que les adaptations anatomiques et physiologiques dues à l’entraînement trop intensif et prolongé jouent ici un rôle. Mais cela ne concerne que le sport pratiqué avec excès et n’enlève rien à l’immense bénéfice pour le cœur de l’exercice physique.

En collaboration avec

Le Matin Dimanche

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