Vivre sans injection d’insuline

Dernière mise à jour 03/12/12 | Article
Vivre sans injection d’insuline
Toujours mieux maîtrisée, la transplantation d’îlots de Langerhans offre aux diabétiques de type 1 un nouveau confort de vie.

Les progrès de la greffe d’îlots de Langerhans – cellules productrices d’insuline – font de cette technique peu invasive une alternative toujours plus utilisée à la transplantation du pancréas. Cette opération est destinée aux diabétiques de type 1, ceux dont le système immunitaire détruit les cellules qui produisent de l’insuline. «En raison des traitements immunosuppresseurs, on la réserve le plus souvent aux patients devant également recevoir une greffe de rein», précise le Pr Thierry Berney, médecin adjoint agrégé aux services de chirurgie viscérale et de transplantation. Etablissement référent pour l’Est de la France (réseau GRAGIL) et la Suisse romande, les HUG constituent l’un des plus importants centres mondiaux dans ce domaine. Depuis 1992, date de la première transplantation d’îlots, ils ont greffé quelque 150 patients.

Installations high-tech

Simple en apparence, la parfaite maîtrise de cette technique exige en réalité une technologie de pointe. Il faut disposer d’une «salle blanche» conforme aux critères internationaux très stricts en matière de sécurité et de stérilité. «L’isolement des îlots de Langerhans est une étape cruciale pour le succès à long terme de la greffe», précise le Pr Berney.

Lorsqu’on dispose des installations adéquates, les arguments en faveur de la transplantation des îlots de Langerhans sont nombreux. Réalisée par simple injection intraveineuse, elle se pratique en anesthésie locale. Elle est donc particulièrement indiquée pour les patients âgés, ayant un cœur ou des poumons fragiles.

Nicole et son mari

Nicole et son mari. «Notre vie est plus agréable que quand nous étions jeunes.»

© Julien Gregorio / Phovea

Nouveau protocole

En termes d’indépendance par rapport aux prises d’insuline, la transplantation du pancréas donne toutefois pour l’instant de meilleurs résultats. Selon les chiffres du registre international, cinq ans après la greffe, 70% des patients transplantés avec un pancréas sont insulinoindépendants, contre 30% avec les îlots de Langerhans.

Cet état de fait pourrait changer à court terme. «Depuis l’introduction d’un nouveau protocole médical en 2007, inspiré des pratiques canadiennes, la totalité de la douzaine de patients transplantés aux HUG avec des îlots présente jusqu’à aujourd’hui une insulino-indépendance à 100%», souligne le chirurgien. De plus, même si le patient ne peut pas se passer complètement d’insuline, il aura fortement stabilisé sa glycémie (le taux de sucre dans le sang). Du coup, il est débarrassé d’une vilaine épée de Damoclès: les crises d’hypoglycémie. Autre avantage, et pas des moindres, l’injection d’îlots freine ou interrompt complètement la progression des effets secondaires du diabète comme la cécité ou le pied diabétique.

«Je n’ai plus peur»

Greffée avec des îlots de Langerhans en 2003, puis en 2008, Nicole, 63 ans, revit. «Je n’ai plus peur des hypoglycémies, comme celles qui m’ont coûté la vue à 26 ans. Je suis libérée des contraintes horaires pour les repas, très strictes pour les diabétiques. Je ne dois plus calculer en permanence mes apports de sucre. Bref. Pour la première fois, j’ai une vie normale.»

Les transplantations, Nicole connaît. A 29 ans, et après deux ans de dialyse, elle reçoit un rein. Vers la cinquantaine, un nouveau danger la guette: elle ne sent plus arriver les hypoglycémies. La greffe d’un pancréas serait une solution. Mais à 54 ans, elle est déjà un peu trop âgée. Les HUG lui proposent alors les îlots de Langerhans.

Cette opération est souvent réalisée en deux fois. «Dès la première transplantation, j’ai diminué les doses d’insuline. La seconde injection d’îlots, deux mois plus tard, a été plus difficile. J’ai fait une hémorragie. Mais trois mois après, je n’avais plus besoin d’insuline», se souvient-elle. En 2008, elle perd son rein, greffé 30 ans plus tôt. S’ensuit une nouvelle transplantation de rein et… d’îlots. «En tout, cinq donneurs différents m’ont permis de vivre», soupire Nicole. «Grâce à eux et aux progrès de la médecine, notre vie est plus agréable aujourd’hui que quand nous étions jeunes», lâche son mari.

Pulsations - novembre-décembre 2012

Article original: http://bookapp.fr/api/hug/viewer/viewer.php?mag=HUGE_12B#17

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