Gonorrhée (ou «chaude pisse»): le défi lancé aux antibiotiques par la bactérie

Dernière mise à jour 23/05/13 | Article
Gonorrhée: le défi lancé aux antibiotiques par la bactérie
Le nombre d’infections sexuelles transmissibles ne cesse d’augmenter dans de nombreux pays développés. Certains germes trouvent de nouvelles voies pour résister à des traitements hier encore efficaces. C’est notamment le cas de Neisseria gonorrhoeae la bactérie responsable de la «chaude-pisse». Les autorités américaines sont en alerte.

Signe ou pas d’un «relâchement des mœurs» la syphilis et autres infections sexuelles transmissibles (IST) connaissent un nouvel essor, un phénomène inquiète les spécialistes de microbiologie et les responsables de la santé publique. C’est notamment le cas de la blennoragie, une IST mieux connue sous la dénomination, certes peu poétique mais très évocatrice, de «chaude-pisse». C’est ainsi qu’aux Etats-Unis les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) alertent sur la menace de la gonorrhée, qui devient résistante aux médicaments antibiotiques habituellement utilisés avec succès contre elle. Des mesures urgentes s’imposent.

Une bactérie qui ne peut pas vivre en dehors du corps humain

On estime que chaque année plus d’une centaine de millions de personnes à travers le monde contracte cette infection transmissible par voie sexuelle; c'est-à-dire via le pénis, le vagin, l’anus ou la bouche. La maladie est causée par la bactérie Neisseria gonorrhoeae, ou gonocoque, un germe qui ne peut pas vivre en dehors du corps humain. Longtemps la blennoragie a été confondue avec la syphilis : il faudra attendre les travaux du médecin et chirurgien français Philippe Ricord (1800-1889) pour que cesse la confusion. Ce n’est qu’au milieu du XXe siècle que se fera la mise au point d’antibiotiques spécifiques pour que cette maladie puisse être simplement et efficacement traitée. Quand elle ne l’est pas les conséquences peuvent être graves, notamment pour la femme chez qui elle peut provoquer des lésions conduisant à la stérilité. Cette infection est également le symptôme de comportements pouvant être associés à d’autres IST comme celle due au virus du sida.

On ne traite plus aujourd’hui la «chaude-pisse» comme on pouvait encore le faire, avec la pénicilline, dans les années 1980. L'évolution de la résistance de Neisseria gonorrhoeae aux antibiotiques a modifié sa prise en charge. Les fluoroquinolones et les céphalosporines ont pris le relais de la pénicilline à partir des années 1990. Aujourd’hui le problème grandissant de santé publique résulte du fait que certaines souches peuvent être résistantes à plusieurs antibiotiques à la fois, leur proportion variant de façon importante suivant les pays.

Certaines souches de Neisseria gonorrhoeae sont ainsi devenues résistantes à plusieurs classes d'antimicrobiens dont les β-lactamines, les tétracyclines et les fluoroquinolones. Aux États-Unis, trente ans après l’émergence du VIH, les CDC estiment que plus de 700000 Américains seraient encore nouvellement infectés chaque année. Et les autorités sanitaires de plusieurs pays (parmi lesquels l’Australie, la France, le Japon, la Norvège, le Royaume-Uni et la Suède) signalent des cas de résistance aux céphalosporines, dernière classe d’antibiotiques encore disponible pour traiter l’infection.

Certains responsables de santé publique préconisent un traitement en une seule dose et administré «sous observation directe» de la prise. Plus difficile parfois à appliquer: toutes les personnes qui ont eu des relations sexuelles avec le malade durant (au moins) les deux mois précédant l’apparition des symptômes doivent subir le même traitement. Certains spécialistes estiment de plus que les patients traités pour une gonococcie devraient également être systématiquement traités pour une chlamydiose, une infection qui lui est très fréquemment associée.

Les céphalosporines sur le point d’être dépassées

Les CDC alertent sur la baisse d’efficacité des céphalosporines. Ils le font sur la base de l’analyse, chaque année, de plus de 6000 prélèvements chez des hommes souffrant de gonorrhée dans trente villes américaines. Les résultats démontrent que des concentrations de plus en plus élevées de céphalosporines sont nécessaires pour empêcher la croissance des bactéries. Et ce phénomène concerne une part encore minime mais croissante (de 0, 1% à 1,4% entre 2006 à 2011) de bactéries résistantes à la céfixime, une céphalosporine récente, dite de troisième génération.

Les nouvelles directives sanitaires américaines concernent une rationalisation de l’usage des antibiotiques (ne plus utiliser la céfixime en première intention, et recommandation de la ceftriaxone injectable en combinaison avec l'azithromycine ou la doxycycline). Pour les CDC il faut désormais redouter, à court ou moyen terme, que la gonorrhée devienne résistante aux traitements actuellement disponibles. Il faut en outre compter avec une nouvelle souche, dénommée H041, identifiée au Japon comme le rapporte (en anglais) cette publication scientifique. Une souche présentée par certains médias comme la «superbactérie du sexe», résistante à tous les antibiotiques connus ou presque. Certains spécialistes voient là un vrai danger pour la santé au niveau mondial.

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