Fécondité: à partir de quand faut-il vraiment commencer à s’inquiéter?

Dernière mise à jour 23/10/12 | Article
Fécondité: quand s'inquiéter?
Un couple souhaite avoir un enfant. Il sait comment s’y prendre et fait tout pour y parvenir. Mais le temps passe et la grossesse n’est pas au rendez-vous. Est-ce ou non pathologique? Des chercheurs britanniques ont travaillé la question. Voici leurs réponses.

Avant l’avènement de la Procréation dite «médicalement assistée» on n’en parlait pas. Ou du moins on n’en parlait pas ouvertement. Aujourd’hui, il en va différemment et l’on s’inquiète volontiers dès lors qu’un couple qui le souhaite ardemment ne parvient pas à procréer «dans les délais». On a tôt fait d’envisager la «stérilité» quand il ne s’agit bien souvent que d’une «hypofertilité». Mais comment savoir? Et, surtout, comment faire pour que l’inquiétude grandissante (voire parfois l’angoisse) ne complique pas un peu plus encore la situation? Une gestation réclame une relation sexuelle fécondante. Et cette dernière nécessite bien souvent que les deux partenaires ne soient pas obnubilés par la seule pensée de la fécondation à tout prix.

Une formule mathématique pour calculer les chances de procréer

Une réponse à cette question qui peut devenir très douloureuse est aujourd’hui fournie par chercheurs britanniques de la Warwick Medical School. Ils proposent une formule mathématique qui permet d’estimer les chances pour un couple qui le désire d’avoir un enfant à un moment donné. Les conclusions de leur travail viennent d’être publiées dans  la revue PLoS ONE. Si leurs observations recoupent des données bien connues de tous (la fécondité des femmes baisse quand elles avancent en âge), leurs calculs permettent de formuler des recommandations pour savoir quand il devient utile et fructueux de consulter un médecin quand des tentatives répétées se révèlent infructueuses.

De nombreuses institutions spécialisées ont déjà cherché à élucider ce qui demeure parfois un mystère de manière à pouvoir fournir des recommandations pratiques. En Grande Bretagne, la Human Fertilisation and Embryology Authority (HFEA) britannique explique ainsi que 80% des couples qui ont des rapports sexuels réguliers (on évoque ici une fréquence de deux à trois rapports hebdomadaires) et qui n’ont pas recours à des méthodes contraceptives (c’est une évidence mais mieux vaut le préciser) doivent normalement concevoir dans l'année. Les autres (soit 20%) concevront l’année suivante. C’est du moins le tableau idéal dès lors que l’on ne rencontre pas de problèmes de stérilité ou d’hypofertilité (et ce chez l’homme, chez la femme ou chez les deux). Et l’expérience montre que ces problèmes (réels ou imaginés) sont en pratique nettement plus fréquents qu’on pourrait l’imaginer.

La publication de PLoS ONE, signée de Peter D. Sozou et Geraldine M. Hartshorne (Warwick Medical School, Université de Warwick, Coventry, Royaume-Uni ont repris des données des études antérieures qui démontraient que plus le temps passait plus les chances de concevoir se réduisaient. Les conclusions sont ici généralement basées sur les délais des tentatives du couple (ce qui correspondait au nombre de cycles menstruels) et sur l'âge de la femme. Une autre variable est ce que l’on peut appeler le «taux de conception intrinsèque» du couple, soit la possibilité qui est la sienne de parvenir à une fécondation.

Il faut essayer pendant au moins un an

Les chercheurs ont testé de manière assez sophistiquée leur modèle sur plusieurs «groupes» de couples. Simplement résumés, les résultats indiquent que l'âge influence de manière définitive le nombre de cycles avec relations sexuelles avant l’obtention d’une grossesse. Et on peut considérer que l’hypofertilité commence à partir de douze cycles sans conception: un couple peut se considérer comme «hypofertile» après une année de relations sexuelles sans contraception et sans conception. Et il peut raisonnablement alors consulter un médecin ou une équipe spécialisée.

Cette précision n’est pas sans conséquence pratique. On estimait généralement par le passé qu’un couple pouvait commencer à s’inquiéter après deux ans de rapports sexuels infructueux. Le conseil formulé doit bien évidemment être pondéré par l’âge de la femme qui souhaite concevoir et par ses antécédents gestationnels et médicaux. Passé l’âge de 35 ans le délai de douze cycles peut-être notablement réduit. Il en va aussi pour l’homme dont on continue à sous-évaluer le rôle dans les cas d’infécondité ou de stérilité et qui est à tort considéré comme doté d’un pouvoir fécondant qui résiste durablement à l’âge.

Ce travail met aussi en évidence une méthode de calcul et un postulat qui heurtent souvent le sens commun. Deux données qui surprennent bien souvent tous ceux qui au cours de leur scolarité ont été amené à découvrir les délices de l’art des statistiques. Les chercheurs ont ainsi travaillé avec une approche de modélisation qui  suppose que chaque cycle successif de tentative de conception est indépendant du précédent. En d’autres termes ce n’est pas parce que l’on a échoué au terme de relations sexuelles pratiquées durant dix cycles qu’une des relations sexuelles du onzième cycle ne sera pas la bonne.

C’est la même méthode qui est retenue dans les exercices où l’on tente de calculer la probabilité de réunir des paires de chaussettes de même couleur quand on est amené à les chercher (dans l’obscurité absolue) dans un tiroir ou elles sont (mal) rangées. C’est cette méthode qui fait sourire les statisticiens quand ils voient que l’on affiche les gains mirifiques obtenus par un parieur dans un lieu de pari en espérant augmenter le nombre des parieurs dans ce lieu. Ils savent, les statisticiens, que la probabilité demeure la même à chaque nouvelle tentative, quels qu’aient pu être les gains de l’endroit.

Et les professionnels des statistiques vous expliqueront volontiers que toute opinion contraire est du ressort de la pensée magique. On remarquera sur ce point que l’immense majorité des parieurs ne croient pas dans la parole des statisticiens. Tous ont une forte propension à la pensée magique. Or la pensée magique est d’ailleurs le fondement même du comportement du parieur et de tous ceux qui sont devenus gravement dépendants aux jeux de cartes, de chevaux, de paris en ligne et de grattage. Rien ne dit qu’elle n’habite pas ceux qui entreprennent des ébats amoureux avec l’espoir, secret ou pas, de concevoir.

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