Cancer du sein: on peut améliorer la réponse aux traitements

Dernière mise à jour 10/04/13 | Article
Cancer du sein: on peut améliorer la réponse aux traitements
Des chercheurs britanniques estiment qu’il est possible de faire de nouveaux progrès dans le traitement du cancer du sein: en affinant la surveillance de l’efficacité des traitements administrés. Ils ont mis au point un test conçu pour détecter, à partir d’une simple prise de sang, la présence ou l’absence d’ADN tumoral. Cette annonce coïncide avec les résultats d’une étude démontrant l’importance de suivre à la lettre les prescriptions de médicaments dans certaines formes de cancers du sein.

Le travail de chercheurs britanniques vient d’être publié dans le New England Journal of Medicine. On en trouvera le texte ici-même (en anglais). Le cancer du sein demeure, sous ses différentes formes, le cancer le plus fréquent (et la première cause de décès prématuré par cancer) chez les femmes. On sait que différentes formes de traitement ont été développées pour lutter contre le développement de cette lésion une fois que cette dernière est diagnostiquée. Et il est de la plus haute importance de savoir au plus tôt ce qu’il en est de la réponse de l’organisme aux traitements qui lui sont dispensés. Ces informations permettent en effet d’éviter la poursuite des thérapies qui se révèlent inefficaces et de prévenir ainsi des effets secondaires inutiles. Elles permettent aussi d’évaluer au mieux le bénéfice des nouvelles thérapeutiques qui sont en cours de développement.

Pour le cancer du sein ces réponses aux traitements sont actuellement le plus souvent évaluées à partir d’examens radiographiques. Or ces examens ne permettent pas toujours d’avoir une approche précise des modifications intimes pouvant survenir au sein de la lésion tumorale. D’où l’importance de disposer d’outils qui permettraient de détecter de manière nettement plus fine l’existence de ces modifications ainsi que leur signification: des «biomarqueurs» qui mesureraient la charge tumorale avec une grande sensibilité.

Des chercheurs britanniques, dirigés par Sarah-Jane Dawson et Nitzan Rosenfeld (University of Cambridge and Cancer Research UK Cambridge Institute), se sont intéressés à une molécule dénommée «CA 15-3» (un «antigène du cancer»). Elle peut être présente dans le sang de certains malades souffrant d’un cancer du sein métastatique. L’antigène CA 15-3 est produit principalement (mais pas seulement) par les cellules cancéreuses du sein. Sa production peut aussi être augmentée dans d’autres affections, cancéreuses ou pas. Le principal problème concernait jusqu’à présent les conclusions pratiques que l’on pouvait tirer de l’analyse du taux sanguin de cette molécule et de ses variations chez une femme souffrant d’un cancer du sein (questions dites de «sensibilité» et de «spécificité»). Mais les temps changent.

Comparer les résultats obtenus

Les mêmes chercheurs britanniques expliquent que les spectaculaires progrès dans les technologies de séquençage permettent aujourd’hui de nourrir de nouveaux et solides espoirs. Pouvoir identifier les modifications fines de l’ADN des cellules des tumeurs individuelles peut ainsi permettre la conception de tests personnalisés pour la surveillance de l'ADN de la tumeur dès lors que celui-ci est présent dans le sang circulant. Leur travail a consisté à établir diverses comparaisons entre cet ADN circulant de la tumeur et différents «biomarqueurs» connus (dont le CA 15-3 et les cellules tumorales circulantes); mais aussi entre les résultats obtenus et ceux de l'imagerie médicale ainsi que des modalités habituelles de surveillance des cancers du sein.

Leurs travaux ont été menés auprès de cinquante-deux femmes traitées pour un cancer du sein métastatique. Les analyses qu’ils ont pu effectuer montrent que le niveau des fragments de l’ADN tumoral mesuré dans le sang de ces femmes correspond bien au niveau de développement et de propagation de la maladie; niveau de développement également indiqué par les examens au scanner. Les analyses permettent également de fournir avec ce nouveau test des résultats plus précis que ceux obtenus avec d’autres tests sanguins basés sur d'autres marqueurs biologiques du cancer. Les chercheurs soulignent néanmoins la nécessité d’identifier d’autres marqueurs tumoraux pour mieux évaluer le niveau de la tumeur dans le corps.

Il n'est pas encore possible de mesurer précisément l’impact réel que pourra avoir à terme ce test expérimental sur le traitement du cancer du sein métastatique. Ces résultats préliminaires doivent encore être confirmés, affinés et traduits en amélioration de la durée de survie des femmes. Pour autant les auteurs de ce travail estiment avoir démontré ici qu’une telle approche n’avait rien d’irréaliste et qu’elle était prometteuse.

Cette découverte coïncide avec une autre concernant également le traitement du cancer du sein. Elle vient d’être publiée dans le British Journal of Cancer. On en  trouvera un résumé ici même (en anglais). Les chercheurs des universités de Dundee et de Glasgow ont mené une étude rétrospective sur les données recueillies auprès de 3361 femmes chez lesquelles un diagnostic de cancer du sein avait été porté entre 1993 et ​​2008 et pour lesquelles deux types de traitement dits d’hormonothérapie avaient été institués: par tamoxifène (pour 85 % d’entre elles) ou par inhibiteurs de l’aromatase (pour 15%). Ils ont évalué la manière dont ces traitements avaient été suivis (on parle ici d’«observance» ou de «compliance»). Les femmes ont été suivies durant plus de quatre ans et près de 36 % d’entre elles sont décédées durant l’étude.

Les mystères de la mauvaise observance

L'hormonothérapie est généralement prescrite aux femmes atteintes de certains types de cancers du sein (positifs aux récepteurs des œstrogènes). Cette hormonothérapie empêche l'œstrogène de stimuler les cellules cancéreuses du sein et permet également de réduire le risque de récidive du cancer du sein. Le tamoxifène a ainsi déjà démontré sa capacité à réduire le risque de mortalité chez ces femmes, le plus souvent avant ou juste après leur ménopause. Les inhibiteurs de l'aromatase sont quant à eux utilisés chez les femmes plus âgées souffrant également de cancer du sein .

Ces traitements sont prescrits généralement pour une période de cinq ans. Or les chercheurs constatent ici que, si durant la première année 90% des patientes suivent leur traitement, elles ne sont plus que 50% quatre ans plus tard. La conséquence, pour l’essentiel, des effets secondaires souvent difficiles à supporter sur le long terme (bouffées de chaleur, sudations, nausées, prise de poids). L’observance du traitement décline donc régulièrement au fil des ans: 90% la première année, puis 82%, 77%, 59% et au final 51% la cinquième année. Les patientes dites «à faible observance» durant les cinq années de traitement (celles qui suivaient correctement leur traitement moins de 80% du temps) présentent un risque accru de décès toutes causes confondues associé à un risque accru de récidive du cancer du sein. Les patientes «à bonne observance» (suivi correct du traitement plus de 80% du temps), mais qui ont cessé de prendre leur traitement au bout de trois ans ou moins présentent également un risque accru de décès toutes causes confondues

Une étude récemment publiée dans The Lancet (dont on trouvera le résumé ici-même) montre d’autre part que l’efficacité d’un traitement par le tamoxifène (baisse des taux de récidives et de décès) commence véritablement après dix ans de suivi du traitement. C’est dire l’importance pour les médecins et les patients de consacrer désormais plus de temps à la question de cette observance. Ce n’est pas parce qu’un traitement est prescrit qu’il est suivi.

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