«santésuisse» se moque des citoyens et des médecins. Ça suffit!

Dernière mise à jour 17/12/13 | Article
santésuisse se moque des citoyens et des médecins. Ça suffit!
Rapportant il y a quelque temps les résultats d’une étude qu’elle avait elle-même commanditée, «santésuisse» y fustigeait patients et médecins.

santésuisse estime dans cette étude que les premiers «ont une plus grande consommation médicale à Genève», et que les seconds «sont trop nombreux et délivrent des prestations néfastes». L’interview de ses dirigeants sur ce sujet titrait: «La hausse des coûts est due à une débauche de soins»!

Alors, que les propos des responsables de la principale association faîtière des assureurs-maladie suisses soient méprisants envers les médecins est une chose. Mais qu’ils le soient envers les citoyens, en les faisant passer pour des marionnettes sans discernement, en est une autre, bien plus grave.

Didier Châtelain, Président de Médecins de famille Genève.

Didier Châtelain, Président de Médecins de famille Genève.

D.R.

Jean-Pierre Grillet, Président du Groupe des Dermatologues de Genève.

Jean-Pierre Grillet, Président du Groupe des Dermatologues de Genève.

D.R.

Comme celle, chaque automne, de l’arnaque des augmentations des primes d’assurance-maladie de base qui grimpent bien plus vite que les coûts réels!

Si le nombre de médecins a explosé à Genève, avec pour corollaire une explosion des coûts, c’est que santésuisse, par la voix de ses pions-parlementaires, avait précipité il y a deux ans le retour à un système totalement débridé d’ouvertures de cabinets médicaux, sans avoir pris la peine de trouver une solution adéquate à une réglementation pourtant nécessaire et possible. Rappelons que des mesures simples avaient été proposées en haut lieu depuis longtemps, comme celle d’exiger de tout médecin voulant s’installer en Suisse d’avoir travaillé au minimum trois ans dans un hôpital agréé, afin d’y acquérir la langue et les connaissances du système de santé helvétique; ou comme celle d’accorder aux Cantons la compétence de réguler ces ouvertures de cabinets. L’explosion du nombre de cabinets était donc parfaitement prévisible, et peut-être même voulue par santésuisse et certains parlementaires du Conseil des Etats, dont une large majorité est impliquée dans les assurances. La raison en est simple: en semant la pagaille, le lobby des assureurs désire simplement abroger l’obligation de contracter (l’obligation faite aux assureurs de rembourser les prestations de tous les médecins en possession d’un droit de pratique). Pourquoi? Parce que cela leur permettrait de pouvoir choisir les médecins avec lesquels les assureurs veulent collaborer et de pouvoir ainsi leur dicter leur manière de travailler et d’organiser les soins, de façon à augmenter encore d’avantage leurs profits, au détriment des prestations fournies à la population. Or, le peuple suisse s’est massivement prononcé déjà en 2008 et en 2012 (et par 86% à Genève en juin dernier!) contre toute contrainte l’empêchant de choisir librement son médecin. Il est donc inadmissible et scandaleux que les assureurs viennent se plaindre d’une situation qu’ils ont eux-mêmes provoqué et qu’ils osent afficher un mépris aussi profond de la volonté populaire.

santésuisse, par ses déclarations, montre bien comment elle est déterminée à faire baisser les coûts: elle veut ramener les prix des consultations à Genève à ceux pratiqués en Suisse centrale, alors que dans ces régions, les loyers et les salaires sont très inférieurs à ceux pratiqués à Genève. Or une telle baisse des tarifs conduirait à la fin certaine de la qualité actuelle des soins (temps consacré à l’écoute et au dialogue, aux diagnostics affinés, etc.), et rendrait une bonne partie des cabinets genevois non viables. Rappelons que le tarif a déjà nettement diminué en 2004 avec l’introduction du Tarmed, puis une deuxième fois en 2006 par une baisse de la valeur de ce tarif; sans oublier les généralistes dont le tarif de leur laboratoire de cabinet a été retranché de 30% en 2009. Qu’espère obtenir santésuisse en demandant maintenant encore une nouvelle diminution de 25% des revenus des médecins?

De plus, santésuisse s’en prend aux médecins spécialistes qui rendraient, selon elle, la médecine plus chère. Non seulement ils n’ont pas de preuve de ce qu’ils avancent, mais en plus ils espèrent pouvoir prouver que, s’il faut augmenter les médecins généralistes, il faut que ce soit avec l’argent pris aux spécialistes. Or, un tel transfert ne suffirait de loin pas à couvrir les 200 millions estimés par Monsieur Berset. Et il faut bien savoir que les médecins spécialistes qui réalisent les revenus les plus importants, le font par des prestations de l’assurance complémentaire et non sur les prestations LAMal qui déterminent les primes de l’assurance de base.

Si les coûts à charge des assurances maladie sont de l’ordre de 30 milliards de francs, les 5% de frais administratifs dont parle M. Brändli représentent tout de même 1,5 milliards qu’encaissent les assureurs!

Comment M. Meier, directeur de santésuisse, ose-t-il proposer une baisse des revenus des médecins de ville simplement au motif que leur nombre a augmenté? Ne devrait-on pas alors commencer par diviser les salaires mirobolants (proches ou bien supérieurs au demi-million de francs par année) des cadres d’assurance parce qu’ils sont trop nombreux?

Et même dans l’hypothèse où certains patients abuseraient d’une éventuelle pléthore de médecins, les seuls capables de détecter ces soi-disant abuseurs sont justement les assureurs qui seraient censés effectuer des contrôles qu’ils ne font pas. Ils n’assument ainsi pas leur tâche.

Finalement, on peut se demander si l’attitude et les annonces de santésuisse ne correspondent pas à une manœuvre de diversion. En effet, les réserves des assurances faites sur le dos de certains cantons, dont Genève, ont mystérieusement disparu. Il est par conséquent choquant de voir santésuisse venir parler de finances, alors que c’est bien les assureurs qui ont volé le peuple genevois de plus de 300 millions de francs de primes payées à tort et en trop! Qu’ils rendent d’abord à nos citoyens leur argent, ou baissent leurs primes à Genève pour ce faire, avant de parler de soins inappropriés.

Dans notre immense majorité, nous avons notre conscience totalement tranquille.

Il en est tout à fait autrement avec le manque flagrant de transparence des comptes des assureurs-maladies. Et ce sont eux-mêmes qui nous imposent aussi sans cesse d’innombrables procédures administratives qui alourdissent considérablement les coûts, donc les primes d’assurance. Sans parler, avec les mêmes conséquences, des multiples tracasseries pour une soi-disant amélioration de la qualité concernant toutes les procédures imposées par des technocrates qui n’ont aucune idée de la pratique en cabinet.

Au total, les médecins ne peuvent accepter l’hypocrisie et le mépris que santésuisse affiche pour eux et leur travail, ainsi qu’envers les patients qui en bénéficient. Les assureurs veulent résolument nous empêcher de faire notre travail. Ces attaques sont considérées comme une déclaration ouverte de guerre. Mais les médecins ne sont pas disposés à diminuer la qualité de leurs soins, ni à éponger les erreurs monumentales d’une certaine classe politique qui ne cherche qu’à servir les intérêts financiers d’une minorité qui profite honteusement d’une situation créée par une LAMal inadéquate sur bien des points, notamment sur celui du pouvoir que la loi donne aux assureurs.

Et à force d’en abuser, avec tant d’arrogance, ils tissent parfaitement le lit de la Caisse unique.

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