Une société qui se regarde et qui se chiffre

Dernière mise à jour 03/02/15 | Article
Une société qui se regarde et qui se chiffre
Comment expliquer la tendance du Quantified Self (ou Mesure de soi), du tout mesurable et du tout connecté? Pourquoi l’auto-mesure séduit-elle autant aujourd’hui? Plusieurs raisons l’expliquent.

Le premier élément qui a permis l’avènement de cette pratique est la suppression de bon nombre de barrières techniques. Avec internet, la connaissance est accessible par tous et en tout temps. L’informatique, par le biais du smartphone, est dans toutes les poches, tandis que la puissance de calcul de ces systèmes a explosé.

Ensuite, d’un point de vue plus culturel et social, vivre sainement, faire attention à soi et à l’environnement est une attitude très valorisée dans notre société. Dans les médias, beaucoup de bruit est fait autour de certaines maladies, dont les maladies cardio-vasculaires, l’obésité, les cancers, etc. La déferlante des objets connectés qui permettent de mesurer, enregistrer et visualiser des données individuelles en temps réel (battements du cœur, kilomètres parcourus, poids…), répond parfaitement à cette prise de conscience générale de l’impact du mode de vie et de l’environnement sur la santé. «Le citoyen-consommateur devient acteur dans sa santé. Il se réapproprie son corps et son bien-être grâce à ces outils. C’est un signal fort dans un système qui se préoccupe de moins en moins du patient et de la prévention», déclare Christian Lovis, chef de service des Sciences de l’information médicale aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Le culte de la performance

Pour Daniela Cerqui, anthropologue à l’Université de Lausanne, le Quantified Self (QS) «est l’aboutissement d’une société qui calcule et contrôle en permanence. L’Homme a d’abord voulu maîtriser son environnement, aujourd’hui il conquiert son intérieur. Le corps humain apparaît comme le dernier bastion de cette conquête du monde».

Le QS ne serait par ailleurs qu’une transposition du modèle économique, celui de l’industrialisation, sur la santé. Par ce paramétrage de plus en plus fin, le «corps machine» est poussé à l’extrême. «Derrière l’argument thérapeutique se cache l’injonction à être toujours plus productif et rentable dans une société centrée sur la performance, déplore Daniela Cerqui. On est au cœur du mythe du progrès et de la modernité.»

Si certains voient un progrès dans l’auto-mesure, d’autres regrettent ce pas de plus dans la médicalisation de la société: «Tout individu, même en bonne santé, devient un patient. C’est une intériorisation du contrôle médical, déclare l’anthropologue. L’individu devient ainsi responsable de son bon fonctionnement, c’est une pression supplémentaire. Plus on veut s’améliorer, plus on se regarde et se mesure, plus on prend conscience de ses lacunes.» Pas sûr que les valeurs de l’intime apaisent les esprits…

A LIRE AUSSI

Génétique
Génétique: nous n'héritons pas de nos quatre grands-parents de la même manière

Génétique: nous n'héritons pas de nos quatre grands-parents de la même manière

De quoi notre identité génétique est-elle faite? La réponse la plus simple serait «de notre famille»....
Lire la suite
Don du sang
L’ABC des groupes sanguins

L’ABC des groupes sanguins

Que signifient les lettres et les signes qui désignent notre groupe sanguin? Combien y en a-t-il? Les...
Lire la suite
Caisse et assurance maladie
Chirurgie de l’obésité: quelle prise en charge par l’assurance de base?

Chirurgie de l’obésité: quelle prise en charge par l’assurance de base?

La chirurgie de l’obésité est prise en charge par l’assurance-maladie de base à certaines conditions....
Lire la suite
Maladies sur le meme sujet
Atteinte de la moelle

Myélome multiple (plasmocytome)

Chaque année en Suisse, on dénombre environ 560 nouveaux cas de myélome multiple (plasmocytome), ce qui représente environ 1 % de toutes les maladies cancéreuses.

Echantillons de sang

Leucémies (cancer du sang)

Chaque année en Suisse, on dénombre quelque 970 nouveaux cas de leucémie (cancer du sang), ce qui représente environ 2,5 % de toutes les maladies cancéreuses. Les hommes sont un peu plus touchés que les femmes (57% contre 43%). Près de la moitié des patients ont 70 ans et plus au moment du diagnostic. Avec près d’un tiers de tous les cas, les leucémies constituent le cancer le plus fréquent chez l’enfant.

Organes génitaux masculins

Cancer du testicule

Chaque année en Suisse, on dénombre environ 430 nouveaux cas de cancer du testicule, ce qui représente 2 % de toutes les maladies cancéreuses dans la population masculine. Le cancer du testicule touche surtout des hommes jeunes : 86 % des patients ont moins de 50 ans au moment du diagnostic.

Symptômes sur le meme sujet

Convulsions

Il/elle a des convulsions
Epistaxis

Epistaxis

Je saigne du nez
Se faire mordre par quelqu'un

Morsure humaine

J'ai été mordu(e) par quelqu'un