De vieux os

Dernière mise à jour 27/11/12 | Article
De vieux os
Comment peut-on réaliser une autopsie sur un homme décédé il y a dix-neuf ans?

Le corps de l'ex-président turc Turgut Ozal a récemment été exhumé pour être autopsié. Son fils espère que les analyses prouveront que son père a été empoisonné. Ozal est décédé en 1993. Combien de temps peut séparer la survenue d’un décès de la pratique d’une autopsie?

Tant qu’un cadavre existe, il peut être autopsié. Un médecin légiste peut certes obtenir bien plus d’informations en analysant la dépouille d’un individu récemment décédé, et les autopsies pratiquées à l’hôpital sont généralement conduites dans les vingt-quatre heures qui suivent la mort, notamment pour minimiser les effets de la décomposition. Mais les légistes sont souvent dans l’obligation de réaliser des autopsies d’individus dont la mort remonte à plusieurs semaines, mois, années, voire même décennies (notamment lors des découvertes de charniers) – et ils parviennent souvent à découvrir les preuves permettant d’établir la cause de la mort.

L’état d’un corps exhumé dépend de plusieurs facteurs. A-t-il été embaumé (un embaumement bien réalisé peut prévenir la décomposition du corps pendant plusieurs décennies)? Dans quelles conditions a-t-il été enterré (la chaleur et l’humidité accélèrent la décomposition)? Un corps bien préservé permet au légiste d’examiner ses organes et ses tissus mous pour déterminer certaines causes potentielles de décès. Prenons l’exemple d’une personne décédée des suites d’un trouble cardiaque: le légiste pourra examiner son cœur afin d’identifier le problème (lésion, hypertrophie…).

Le corps change après la mort, et certains de ces bouleversements peuvent être à l’origine de nombreux faux-positifs; ainsi, lorsque les globules rouges se décomposent, le taux de sucre dans le sang d’une personne peut apparaître comme bien supérieur à ce qu’il était de son vivant. Mais un bon légiste est parfaitement conscient de l’existence de ces fausses pistes. D’autres bouleversements post-mortem, comme l’adipocire – la décomposition des graisses – peuvent préserver l’apparence des tissus mous pendant des années tout en compliquant l’autopsie (les tissus en question deviennent friables et crayeux).

Lorsque les tissus mous d’un corps sont partiellement ou totalement décomposés, les légistes peuvent encore analyser les os, les cheveux, les dents et les ongles pour trouver des réponses. Les métabolites présents dans la dentition leur permettent d’obtenir une évaluation relativement précise de l’état de santé de l’individu au moment de sa mort. Les légistes peuvent détecter les blessures traumatiques (un coup à la tête, par exemple)  pendant l’autopsie, et ce même si le cadavre est à l’état de squelette. Les traces de poison (comme la strychnine, qui est, selon le fils d’Ozal, la substance qui a tué son père) peut être détectée dans la kératine. Les légistes peuvent encore étudier des échantillons de certaines parties du corps à l’aide d’un microscope ou au moyen d’analyses chimiques pour repérer les traces de diverses substances.

Ceci dit, les médecins légistes doivent tout de même avoir une idée de ce qu’ils recherchent. Les légistes reçoivent généralement un rapport sur les antécédents médicaux et personnels de l’individu décédé avant d’effectuer son autopsie, et ce afin de prendre connaissance des causes de décès potentielles. Il est par exemple important de savoir si la personne souffrait d’une addiction à une drogue quelconque: son organisme aurait alors pu tolérer une dose de drogue assez importante pour tuer un individu sain. Les légistes tiennent également compte de certains partis pris lorsqu’ils entament une autopsie; les familles en deuil suspectent parfois un crime, même dans les cas de suicide ou de mort naturelle. 

Ozal n’est pas la première personne célèbre – ni même le premier président – à faire l’objet d’une exhumation suivie d’une autopsie plusieurs décennies après sa mort. La dépouille du militant des droits de l’homme Medgar Evers, assassiné en 1963, a été exhumée pendant le procès pour meurtre – longtemps repoussé – de Byron De La Beckwith en 1994. Et celle du président américain Zachary Taylor a été sortie de terre en 1991 – soit cent quarante et un an après sa mort – pour déterminer s’il était mort d’un empoisonnement à l’arsenic. Le légiste en charge de l’autopsie ne détecta aucune trace du poison, et conclu que Taylor était mort d’une gastro-entérite.

Article original: http://www.slate.com/articles/health_and_science/explainer/2012/11/turgut_ozal_autopsy_how_do_you_perform_an_autopsy_a_body_that_s_been_dead.html

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