La médecine confirme: on creuse sa tombe avec ses dents

Dernière mise à jour 18/10/17 | Article
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Que la mort prématurée soit due à une maladie cardiovasculaire, à une attaque cérébrale ou à un diabète, les médecins sont formels: la façon de se nourrir a joué un rôle incontestable.

Une étude sur plus de 700'000 décès en apporte la preuve.

Les habitudes alimentaires, très variables d'un pays à l'autre, sont soupçonnées depuis longtemps de jouer un rôle important dans la surmortalité enregistrée pour telle ou telle catégorie de la population. Et si l'expression reprise dans notre titre n'est certes pas très élégante, elle a au moins le mérite d'être explicite, et nous renvoie au rôle fondamental de l'alimentation dans la survenue d'un certain nombre de maladies, cancer et maladies cardiaques en tête.

Grâce au travail entrepris par des médecins et chercheurs de Boston (USA), Cambridge (Royaume Uni), et New York (USA), on y voit désormais plus clair, du moins en ce qui concerne les maladies dites cardio-métaboliques, cet ensemble de pathologies qui regroupe les affections cardiovasculaires et les maladies métaboliques (surpoids, obésité, diabète de type 2, hypertension, etc.).

Menée sous la direction de Renata Micha, de la Tufts Friedman School of Nutrition Science, leur étude vient d'être publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA). Basée sur l'analyse des 702'308 décès enregistrés aux Etats-Unis en 2012, ainsi que sur l'enquête récurrente NHANES (qui examine en continu, au niveau national, l'état de santé de la population américaine et ses habitudes alimentaires), elle a permis d'établir une sorte de palmarès des aliments susceptibles de réduire le risque de mort prématurée.

Impact des aliments sur la santé

Pour commencer, les auteurs de l'étude ont entrepris d'établir la liste des catégories d'aliments les plus consommés par les adultes de plus de 25 ans, leur charge calorique, et le niveau de leur consommation durant une journée type. Ils les ont distingués ensuite selon leur pertinence en matière de santé publique, autrement dit en ne retenant que ceux qui pourraient avoir une incidence sur la santé. Cette liste contient ainsi: les fruits, les légumes, les graines et noix, les céréales complètes, la viande rouge, les viandes transformées, les boissons sucrées, les graisses polyinsaturées, les poissons et crustacés riches en oméga-3, et enfin le sel.

L'étape suivante a consisté à estimer l'incidence probable, ou avérée, de ces dix aliments sur la santé cardio-métabolique. Les auteurs se sont appuyés pour cela sur de nombreuses études cliniques passées, randomisées et prospectives, qu'ils ont extraites de la littérature médicale, ainsi que sur les recommandations officielles des sociétés savantes concernées. Ils ont ainsi pu déterminer, pour chaque aliment, quelle était la consommation optimale, autrement dit celle qui était associée au risque le plus faible de tomber malade.

Par ailleurs, en consultant le registre national des statistiques médicales, qui inclut les diverses causes de décès de toute la population durant une période donnée, Renata Micha et ses collègues ont pu établir la répartition des divers décès selon non seulement la pathologie, mais aussi le sexe, l'âge, la pression artérielle, l'indice de masse corporelle, l'origine géographique et le niveau d'éducation.

Un individu sur deux s'alimente mal

C'est à partir de ces diverses données que les auteurs ont pu développer un modèle de risque statistique, susceptible d'estimer le nombre de décès cardio-métaboliques pouvant être associés à une alimentation s'écartant de «l'optimum».

Ils arrivent ainsi à la première conclusion: près de la moitié des individus (45,4%) ayant succombé à l'une de ces maladies cardio-métaboliques avaient une alimentation qualifiée de sub-optimale, le chiffre étant même un peu plus élevé (48,2%) pour les décès dus uniquement au diabète. A y regarder de plus près, on voit même qu'une telle alimentation imparfaite serait à l'origine de plus de 53% des décès pour une affection coronarienne (infarctus en tête), et même de plus de 60% des décès consécutifs à une hémorragie cérébrale.

Quand on entre dans le détail des divers régimes, on voit qu'une consommation de fruits inférieure à 300 grammes par jour ou une consommation de légumes inférieure à 400 grammes par jour, sont toutes deux associées à 7,5% et 7,6% des décès pour cause cardio-métabolique. Et que si le chiffre est un peu plus faible (5,9%) en ce qui concerne la consommation insuffisante de céréales complètes (moins de 125 g par jour), il grimpe tout de même à 17,1% si l'on ne considère que les décès dus au diabète.

Quant à la consommation non optimale de sodium (plus de 2 kg par jour), elle est responsable à elle seule de 9,5% des décès cardio-métaboliques en général, mais de plus de 21% des décès dus spécifiquement à l'hypertension.

Enfin, si l'on compare les chiffres d'un sexe à l'autre, on voit que les hommes ont un plus mauvais score pour pratiquement tous les aliments, mais que –bonne nouvelle!– les chiffres de 2012 sont moins inquiétants que ceux d'il y a 10 ans.

Gare aux acides gras «trans»

En conclusion, et comme le souligne l'Editorial qui accompagne la publication, l'étude de Renata Micha confirme qu'une proportion importante des décès dus à une maladie cardiaque ou métabolique est associée à une alimentation imparfaite ou erronée. On pourrait ajouter que l'examen d'autres facteurs alimentaires, qui n'ont pas été pris en compte ici, pourrait renforcer encore le message.

C'est ce que suggère en effet une autre étude, également publiée par l'un des titres du JAMA, qui souligne le rôle néfaste des acides gras «trans» (découlant des huiles partiellement hydrogénées comme on en trouve notamment dans les chips et beaucoup de biscuits) dans la survenue des accidents cardiaques. Selon ce travail, qui a comparé durant dix ans la situation des comtés de l'Etat de New York ayant ou non restreint l'usage de tels acides gras, il a suffi de trois ans de restriction pour que les accidents cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux baissent ensemble, dans les comtés ayant instauré une restriction, de plus de 6%.

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Références:

  • Renata Micha et al., JAMA, 2017;317(9):912-924
  • Noel T. Mueller, JAMA, 2017;317(9): 908-909
  • Eric J. Brandt et al.,JAMA Cardiol.2017;2(6):627-634