Face au fléau des maladies cardiovasculaires

Dernière mise à jour 16/07/12 | Article
Sthetoscope
Prise en charge coordonnée des différents intervenants, éducation thérapeutique et progrès de la technologie sont les atouts pour les affronter.

Un cœur et des vaisseaux qui posent problème… bienvenue dans le monde des maladies cardiovasculaires. Aujourd’hui, elles sont dans les pays industrialisés la première cause de mortalité de la population adulte, même si l’écart s’amenuise avec les cancers.

En Suisse, elles provoquent environ 35% des décès. Et contrairement à une idée fausse très répandue, les hommes ne sont pas les seules victimes. Certes, les femmes sont protégées par les hormones jusqu’à la ménopause, mais elles sont désormais touchées par les méfaits du tabac et du surpoids et vivent plus longtemps. Aujourd’hui, deux femmes pour trois hommes sont concernées, contre une pour quatre il y a vingt ans.

Un tableau sombre auquel le Pr François Mach apporte toutefois quelques couleurs: «La mortalité est en constante diminution ces dix dernières années, notamment grâce au progrès des différentes techniques d’intervention et des traitements pharmacologiques.» En fait, un glissement progressif s’est opéré au sein des grands types de maladies cardiovasculaires. «Si le risque de faire un infarctus demeure le même qu’il y a vingt ans, celui d’en décéder dans les dix ans a fortement diminué, car la prise en charge s’est sensiblement améliorée. Il en va de même pour l’accident vasculaire cérébral, lui aussi provoqué par l’obstruction d’un vaisseau par une plaque d’athérome. Par contre, l’insuffisance cardiaque et les troubles du rythme sont en augmentation et deviendront de plus en plus importants avec le vieillissement de la population», relève le médecin-chef du service de cardiologie.

Un centre cardiovasculaire créé

Les stratégies pour prendre le dessus sur ce fléau portent sur plusieurs axes. D’abord, une prise en charge coordonnée des spécialistes en fonction des patients traités. Pour ce faire, les HUG ont mis sur pied des entités transversales, les centres, qui regroupent des compétences multiples. Ainsi, le centre cardiovasculaire, créé en 2011, réunit les services d’angiologie, de cardiologie, de chirurgie cardiovasculaire, de cardiopédiatrie, de médecine nucléaire et imagerie moléculaire, de radiologie et des urgences. «Cette concertation interdisciplinaire permet de définir des protocoles communs et de mettre en oeuvre des itinéraires cliniques, gages d’un meilleur traitement», relève le Pr Mach. Autre cheval de bataille: l’éducation thérapeutique. Leaders dans ce domaine, les HUG ont mis sur pied le programme ELIPS®, désormais dispensé dans tous les hôpitaux universitaires de Suisse, afin de prévenir les récidives d’infarctus. Une stratégie qui va également s’appliquer à l’insuffisance cardiaque. «Nous devons continuer et améliorer l’information concernant les facteurs de risque qui font malheureusement toujours plus de dégâts: le tabac, l’hypertension artérielle, le stress, un taux de cholestérol élevé, le diabète, la surcharge pondérale et, surtout, la sédentarité. Il faut sensibiliser les soignants et faire adhérer les patients aux traitements pharmacologiques et au processus de réadaptation cardiovasculaire», insiste le cardiologue.

Pose d'un stimulateur

En Suisse, les HUG posent le plus grand nombre de stimulateurs (pacemakers et défibrillateurs).

D.R.

Technologie de pointe

Enfin, les progrès de la technologie. Là aussi, les HUG sont à l’avant-garde aussi bien dans les prises en charge aiguës que chroniques. Pour les infarctus, l’alarme mise en place est unique en Suisse (lire l’infographie) et le plateau technique (salles de cathétérisme) hyper moderne. Les cardiologues interventionnels proposent depuis juin dernier une nouvelle génération de stents, sortes de ressorts qui maintiennent les artères ouvertes, se résorbant dans les six mois. Ils posent des valves par cathéter sans avoir recours à la chirurgie à cœur ouvert.

En ce qui concerne les maladies du rythme, tous types de stimulateurs confondus (pacemakers et défibrillateurs), les HUG traitent le plus grand nombre de cas en Suisse. Ils font également figure de leaders en Europe en tant qu’investigateurs principaux de plusieurs grandes études multicentriques sur le sujet.

L’ablation par radiofréquence

Des palpitations. Une sensation d’oppression dans la poitrine. Un essoufflement, de la fatigue, voire un malaise. Ces symptômes préfigurent une fibrillation auriculaire. Un électrocardiogramme, complété si nécessaire par un enregistrement de l’activité cardiaque durant 24 heures (examen appelé holter), viendra confirmer le diagnostic. La plus fréquente des arythmies, qui se manifeste par un pouls trop rapide et irrégulier, fatigue le cœur. A terme, cette affection peut impliquer des insuffisances cardiaques, des complications tromboemboliques, voire des accidents vasculaires cérébraux.

On estime que 2 à 3% de la population en souffre, dont un tiers de femmes. Pour la plupart, un traitement médicamenteux suffit, mais 15 à 20% ont besoin d’être traités par une technique moderne : l’ablation par radiofréquence. «Nous introduisons un cathéter à électrodes par les gros vaisseaux sanguins et le dirigeons jusqu’au coeur afin d’appliquer un courant électrique à haute fréquence à l’endroit où se manifeste l’arythmie. Nous détruisons ainsi les cellules instables et rétablissons un rythme normal», détaille le Dr Dipen Shah, médecin adjoint agrégé au service de cardiologie, responsable de l’unité d’électrophysiologie. D’une durée moyenne de trois heures, sous anesthésie locale, cette intervention nécessite une à deux nuits d’hospitalisation. Leader dans ce domaine, l’unité d’électrophysiologie a développé récemment, en collaboration avec une société genevoise, un nouveau cathéter, muni d’un capteur de force au bout, qui améliore l’efficacité du geste. Forte de plus de dix ans d’expérience, cette unité se voit référer toujours davantage de patients par les cardiologues de ville qui reconnaissent les bons résultats de cette prise en charge. « Nous traitons désormais despersonnes bien plus âgées et bien plus malades avec moins de complications. Après l’intervention, leur qualité de vie est nettement améliorée. Les récidives ont passé de 40% à 15% », se réjouit le cardiologue. Quelque 150 patients sont traités chaque année aux HUG.

Pulsations - juillet-août 2012

Article original: http://bookapp.fr/api/hug/viewer/viewer.php?mag=HUGE_127#11

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