L’alcool, bon pour le cœur

Dernière mise à jour 12/12/11 | Article
Verre de vin rouge
Boire un verre de bière, de vin ou même un «shot» de spiritueux par jour diminue les risques cardiovasculaires, selon une étude menée à Lausanne.

La consommation modérée d’alcool est associée à une diminution des risques cardiovasculaires. Tels sont les résultats d’une étude menée auprès de 5769 personnes à Lausanne par des chercheurs du CHUV et de l’Université de Lausanne. Mais qu’on ne s’y trompe pas, au-delà d’un certain seuil, à savoir treize verres par semaine, soit environ deux par jour, les risques de maladies cardiovasculaires augmentent à nouveau.
 
L’étude lausannoise, menée de 2003 à 2006, concerne des adultes âgés de 35 à 75 ans, vivant dans la capitale vaudoise. Seuls les participants sans antécédents de maladies cardiovasculaires et pour lesquels les données sur la consommation d’alcool étaient complètes ont été inclus dans cette analyse.
 
La consommation a été catégorisée en fonction du nombre d’unités standards d’alcool que les participants indiquaient avoir consommé au cours des sept jours précédant l’examen. Une unité standard a été définie comme un verre de vin, une bouteille de bière ou un «shot» de spiritueux, ce qui correspond approximativement à 10-12 grammes d’éthanol par unité. 73% des participants indiquaient consommer de l’alcool, plus de la moitié (55%) avaient une consommation modérée (1-13 unités/semaine), 16% importante (de 14-34) et 2% très importante (35 ou plus).
 
Point faible de ce genre d’études, et l’exemple lausannois ne fait pas figure d’exception, la consommation d’alcool est autorapportée, ce qui peut parfois amener à une mauvaise classification. Pour valider partiellement la consommation d’alcool rapportée, les taux sanguins d’une combinaison de protéines ont été mesurés (ce qui permet de détecter une consommation chronique et abusive d’alcool et de valider partiellement les dires des participants). Et seule la consommation au cours des sept jours précédents a été considérée. Certains gros buveurs ont potentiellement pu être classés comme abstinents s’ils n’avaient rien consommé au cours de la semaine.

Diminution de la tension artérielle

Cependant, les résultats sont clairs. Quand on boit beaucoup, les valeurs de tension artérielle augmentent, comme les taux sanguins du cholestérol et des acides gras, alors que pour des consommations modérées, de 1-6 verres par semaine, les chercheurs ont observé une diminution des valeurs de tension artérielle et du risque cardiovasculaire. Ce n’est qu’à partir de 13 verres par semaine qu’elles augmentent à nouveau.
 
La boisson augmente de toute façon les taux de cholestérol, ce qui, en dessous d’un certain seuil, est bon pour la santé. Les chercheurs présument qu’il s’agit là du principal mécanisme protecteur de la consommation modérée d’alcool. L’élévation de la tension artérielle avec la consommation d’alcool par contre contribue à l’augmentation de la mortalité par maladie coronarienne et à l’augmentation du risque d’accident vasculaire cérébral. Avec l’augmentation de la consommation d’alcool, l’effet protecteur de l’élévation du cholestérol est probablement contrebalancé par l’augmentation délétère de la tension artérielle.
 
Les chercheurs ont comparé l’effet des différents types d’alcool (vin, bière, spiritueux) sur les facteurs de risque cardiovasculaire. Ils ont observé que le vin a un plus grand effet sur le HDL-cholestérol, une sorte de cholestérol bénéfique pour la santé à petite dose, (ce que d’autres études ont également décrit) et que le vin et la bière ont un impact similaire sur la tension artérielle et le cholestérol total, alors que la bière et les spiritueux sont liés à des taux plus élevés d’acides gras.

 Bon pour le cœur à petite dose

Les résultats de l’étude lausannoise confirment ceux de la littérature, dont une autre étude menée au Royaume-Uni qui a montré une diminution du risque cardiovasculaire pour une consommation jusqu’à 21 unités par semaine (mais n’a pas pu examiner l’effet d’une consommation plus importante). La plupart des études analysant l’effet de la consommation d’alcool sur les facteurs de risque cardiovasculaire se limitent à une consommation maximale de 14 unités par semaine, en particulier aux Etats-Unis. Dans l’étude lausannoise, 18% des participants consomment 14 unités ou plus par semaine. L’effet de plus hautes consommations d’alcool sur les risques cardiovasculaires ont donc été étudié et ses résultats ont pu être comparés avec ceux des autres études. Les conclusions sont similaires: à petite dose, la boisson, c’est bon pour le cœur.
 
Mais les chercheurs ne vont pas jusqu’à recommander une consommation d’alcool aux abstinents. Les bénéfices cardiovasculaires d’une consommation modérée sont en effet à mettre en balance avec le risque augmenté d’accident et de cancer, notamment de cancer du sein chez les femmes, pour une consommation chronique d’alcool.
 
*« Association entre consommation d’alcool et facteurs de risque cardiovasculaire : une étude sur la population lausannoise », Drs M. Foerster, P. Marques-Vidal, Institut de médecine sociale et préventive (IUMSP) Département universitaire de médecine et de santé communautaire (DUMSC), CARDIOMET, Université de Lausanne, Prs G. Waeber, P. Vollenweider, Service de médecine interne, Département de médecine, CHUV, Dr N. Rodondi, Consultation des lipides et de prévention cardiovasculaire in Revue médicale suisse 2010; 6: 505-9.

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