Consommation de cannabis: les jeunes toujours plus concernés

Dernière mise à jour 16/04/14 | Article
Consommation de cannabis: les jeunes toujours plus concernés
La consommation du cannabis progresse à travers le monde. Et sa dangerosité, notamment chez les jeunes consommateurs, doit être prise au sérieux.

La consommation de cannabis progresse. Sa dépénalisation et sa légalisation gagnent du terrain dans le monde. Evolution des mœurs ou dangereuse dérive? En France, par exemple, l’Académie nationale de médecine a tranché au nom de la santé publique. Dans un communiqué publié le 25 mars 2014, les Prs Jean Costentin, Jean-Pierre Goullé et Jean-Pierre Olie résument clairement les termes du débat:

«L’expansion de la consommation de cette drogue, sous des formes commerciales dont la concentration en principe actif, le delta-9-tetrahydrocannabinol (THC), a été multipliée par quatre entre 1993 et 2012, affecte principalement les jeunes français. Ils sont les plus grands consommateurs en Europe. On dénombre en France 1 300 000 usagers réguliers et 550 000 consommateurs quotidiens. Cette constatation amène l’Académie nationale de médecine à rappeler la convergence des données neurobiologiques, cliniques et épidémiologiques attestant de la toxicité somatique et psychique du cannabis, d'autant qu'il existe une accumulation du THC dans le cerveau responsable d'une période de latence entre l'arrêt de l'intoxication et la cessation des effets.»

Comment expliquer que le cannabis s'attire la tolérance des uns et la foudre des autres? Explications.

Qu’est-ce que le THC?

Le cannabis n'est pas une plante unique. C’est un genre botanique rassemblant des plantes de la famille des Cannabacées. C'est aussi l'autre nom du chanvre, plante originaire d'Asie, vieille compagne de route de l'humanité – elle la côtoie depuis l’époque du néolithique. L'idylle prend fin au XXe siècle: le chanvre indien est progressivement prohibé ou réglementé dans de nombreux pays en raison de ses propriétés psychotropes.

Ces propriétés, le cannabis les doit à cette molécule au nom barbare qu’est le delta-9-tetrahydrocannabinol, mieux connue sous le nom de THC. Son rôle premier serait de protéger la plante de ses agresseurs naturels, à commencer par les herbivores. Rien d’original: c'est le cas de la plupart des métabolites secondaires psychotropes présents dans les plantes.

Récepteurs cérébraux

Chez l'homme, le THC active des récepteurs cérébraux. Cette influence a plusieurs conséquences: effet analgésique plus ou moins puissant, relaxation, altération de la vue, de l'ouïe et de l'odorat, fatigue, stimulation de l'appétit… Le THC a par ailleurs des capacités antiémétiques (contre vomissements et nausées), et pourrait calmer l'agressivité chez certaines personnes.

L'Académie nationale française de médecine souligne l'existence d'effets plus nocifs, tout particulièrement chez les jeunes consommateurs. Effets qui dépendraient pour partie de la concentration en THC du cannabis consommé.

Effets secondaires nocifs

«L’usage du cannabis perturbe les fonctions cognitives, en particulier à l’âge des acquisitions scolaires et universitaires, souligne l’Académie. Le cannabis peut induire des troubles anxieux et dépressifs avec leur risque suicidaire. Il peut entraîner ou aggraver des troubles psychotiques, à type de schizophrénie. Il est facilitateur de la consommation d’autres drogues, tabac, alcool, voire opiacés ou psychostimulants.»

Pour l’Académie, la désinhibition induite par le cannabis facilite les comportements à risque, auto- ou hétéro-agressifs. Elle participe au bilan meurtrier des accidents de la route. Les méfaits somatiques du cannabis sont également connus: cancers O.R.L. et broncho-pulmonaires; cancers du testicule; troubles cardio-vasculaires (artérites, infarctus du myocarde, accidents vasculaires cérébraux); troubles broncho-pulmonaires; perturbations endocriniennes; conséquences sur le déroulement de la grossesse et sur l’enfant qui en naîtra…

Evolution des mœurs

Ce sont ces conséquences néfastes qui font que cette Académie s'inquiète de voir le cannabis rencontrer un succès croissant parmi les jeunes français. De fait, la consommation ne cesse de grimper: selon les chiffres de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), en 1992, seuls 20% des 18-44 ans avaient consommé du cannabis au cours de leur vie. En 2010, cette proportion avait atteint les 45%.

En Suisse, le Monitorage suisse des addictions constate également que le cannabis et la substance illicite la plus consommée dans notre pays, notamment par les personnes de moins de 35 ans. «Les taux les plus élevés sont observés parmi les 20-24 ans et les 15-19 ans avec respectivement 9,6% et 9,1% d'utilisateurs», informe-t-on sur le site internet de l’organisme. Toutefois, les chiffres entre 2006 et 2010 (selon l’enquête HBSC) ne sont pas très différents.

La progression de la consommation de cannabis au niveau mondial s'accompagne d'une évolution des mœurs. La série télévisée française grand public Plus belle la vie a récemment fait parler d'elle en intégrant une leçon sur la consommation de cannabis au sein d'un de ses épisodes. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel en France a été alerté, mais n'a pas jugé bon de sanctionner la chaîne concernée. Il ne s’agit pas là d’une exception culturelle nationale.

Progression des consommations

Diverses enquêtes convergent pour dire que le cannabis s'est diffusé de plus en plus massivement chez les adolescents en Europe occidentale au cours des années 1990. L'expérimentation progresse essentiellement dans les pays d'Europe centrale et orientale (Bulgarie, République tchèque, Hongrie, Pologne…). Par ailleurs, dans plusieurs pays, l'augmentation de la consommation s'accompagne d'une plus grande tolérance législative. En Suisse, dès le 1er octobre 2013, la consommation de cannabis est passible d'une amende (100 CHF) pour autant que la personne concernée soit majeure et qu'elle ne soit pas en possession de plus de 10 grammes de cannabis.

Drogue et/ou médicament

Entre les cris d'alarme de spécialistes et la tolérance progressive des pouvoirs publics, comment évaluer la dangerosité du produit concerné? La question est d’autant plus compliquée que le THC peut être utilisé à des fins médicales.

Dans une réponse qu'il a adressée à des étudiants s'interrogeant sur les vertus médicinales du cannabis, le Pr Jean Costentin (co-auteur du communiqué de l'Académie nationale de médecine) apporte un élément de réponse: tout dépend selon lui de la concentration en THC du cannabis consommé. Ses propos sont paraphrasés en ces termes: «La frontière entre psychotrope-médicament et psychotrope-drogue peut, en fonction de la dose utilisée, être mal définie. Lorsqu’une substance affecte des activités psychiques avec une intensité reliée à la dose, il s’agit d’agents psychotropes. S’ils affectent des fonctions psychiques normales sur un mode purement quantitatif (intensité), il pourra s’agir de médicaments. S’ils n’affectent non plus (seulement) quantitativement mais aussi qualitativement le fonctionnement cérébral, il s’agit alors de psychodysleptiques et très communément de drogues.»

Pour compliquer le tout, la composition en THC du cannabis consommé dépend de nombreux facteurs. De ce fait, elle est extrêmement variable. Il semble toutefois acquis que les taux moyens de THC n'ont cessé d'augmenter entre 1993 et 2002. Face à une absence de régulation, certains responsables sanitaires plaident pour une lutte accrue contre la consommation pure et simple de cannabis. Les opposants font quant à eux observer que cette lutte est aussi coûteuse qu’inefficace et que la consommation n’a jamais été aussi élevée. La controverse est loin d’être épuisée.

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