Infection VIH et risque d’ostéoporose

Dernière mise à jour 30/10/13 | Article
Infection VIH et risque d'ostéoporose
Le virus du VIH s’attaque aux défenses immunitaires du patient mais les personnes atteintes du VIH ont aussi un risque plus élevé de développer d’autres maladies, comme par exemple de l’ostéoporose. Le virus est en partie responsable mais certains types d’antirétroviraux le sont aussi. Une fois l’ostéoporose diagnostiquée, la prise en charge est très semblable à celle de l’ensemble de la population.

Les personnes atteintes du VIH ont vu leur espérance de vie prolongée grâce aux traitements antirétroviraux. Ainsi, de nos jours, ils ne meurent plus que rarement de l’infection par le VIH mais plutôt d’un cancer, d’un infarctus, d’une maladie rénale ou hépatique et d’une fracture, conséquence de l’ostéoporose. Les porteurs du VIH ont en effet les os plus fragiles, en partie à cause du virus, mais aussi probablement à cause de certains types de traitements antirétroviraux, sans oublier les autres facteurs de risque habituels d’ostéoporose.

On a ainsi établi que les personnes séropositives ont 6 fois plus de risques d’avoir de l’ostéopénie (fragilité progressive de l’os, stade avant l’ostéoporose) et 3,5 fois plus de risques de développer une ostéoporose (diminution de la densité de la masse osseuse avec pour conséquence des fractures fréquentes). Les traitements de l’ostéoporose sont toutefois les mêmes pour elles que pour la population générale.

Diagnostiquer l’ostéoporose

Comme l’os est fortement minéralisé (calcium), la densité minérale osseuse (DMO) constitue un facteur important dans le diagnostic de l’ostéoporose. La DMO représente le contenu minéral de l’os, dont le maximum est atteint à l’âge de vingt ans, puis se stabilise avant de diminuer à partir de cinquante ans. Il est possible de la mesurer par la densitométrie osseuse, qui envoie des rayons X (en très faible quantité) dans l’os. Plus l’os absorbe leur énergie et plus il est solide. Quand la DMO se révèle être en dessous de la norme statistique par rapport à l’âge et au sexe du patient, on parle d’ostéopénie (fragilité progressive de l’os, stade avant l’ostéoporose) et d’ostéoporose pour des DMO encore plus basses.

Les causes d’une fragilité osseuse

Pour établir un risque de fracture, une DMO basse ne suffit pas car des facteurs de risque sont aussi à prendre en compte. Certains concernent tout le monde: âge avancé, sexe féminin, faible indice de masse corporelle, manque d’activité physique, consommation excessive d’alcool et de tabac, prise de corticoïdes (cortisone) ou encore déficit en vitamine D. D’autres facteurs sont spécifiques au VIH comme la durée de l’infection, le stade et la sévérité de la maladie, le type d’antirétroviraux pris par le patient et la durée de cette prise. De plus, certaines maladies telles que l’insuffisance rénale, l’hypogonadisme (fabrication insuffisante d’hormones reproductives), l’hépatite C ou le diabète peuvent également être à l’origine d’une ostéoporose.

Les thérapies antirétrovirales: un facteur de risque

Si les traitements antirétroviraux permettent de ralentir l’évolution du virus, ils peuvent aussi avoir un effet défavorable sur les os. Ainsi, durant la première année de trithérapie, ils provoqueraient une baisse de 2,5% de la DMO. Il a aussi été démontré que certains antirétroviraux seraient plus «à risque osseux» que d’autres, en particulier le ténofovir. Ce médicament augmenterait le risque de fragilité osseuse. On surveille donc étroitement la DMO des patients qui le prennent.

Traitements de l’ostéoporose

Avant de débuter un traitement contre l’ostéoporose, on réalise un calcul spécifique à chaque pays, créé pour évaluer le risque de fractures du patient sur dix ans, en y intégrant tous les facteurs de risque, y compris ses antécédents familiaux et personnels et la présence du VIH. Selon les résultats, un traitement anti-ostéoporotique peut être envisagé, faisant appel le plus souvent aux bisphosphonates en première intention, comme dans la population générale. Ces traitements augmentent la DMO, mais il n’existe pas encore de données prouvant une baisse des fractures sous traitement anti-ostéoporotique spécifiquement chez les porteurs du VIH.

Avant de débuter le traitement, le déficit en vitamine D doit être comblé par la prise de compléments de vitamine D. C’est un point important à corriger car cette vitamine est essentielle au bon fonctionnement de l’os. Il est aussi fortement recommandé au patient d’exercer une activité physique régulière et d’arrêter l’alcool et la cigarette.

Les causes de la fragilité osseuse des patients atteints du VIH sont donc multiples, combinant des facteurs classiques ainsi que des facteurs spécifiques à l’infection. Comme les fractures causées par l’ostéoporose peuvent s’avérer mortelles, il est primordial de détecter et de prendre en charge les patients à risque le plus tôt possible.

Référence 

Adapté de «Les os des personnes infectées par le VIH sont-ils si fragiles?», par Dr E. Biver, Pr R. Rizzoli, Service des maladies osseuses, Dr L. Ciaffi, Dr A. Calmy, Service des maladies infectieuses, HUG. In revue médicale suisse 2013; 9: 1246-1250. En collaboration avec les auteurs.

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