La toxoplasmose en cause dans la schizophrénie

Dernière mise à jour 16/11/15 | Article
La toxoplasmose en cause dans la schizophrénie
Une étude récente confirme le rôle de cette infection parasitaire comme facteur de risque de la schizophrénie. Mais plus de recherches sont nécessaires pour identifier un traitement efficace.

Est-ce qu’un parasite pourrait être à l’origine de la schizophrénie? Cette question taraude les scientifiques depuis plusieurs années. Le suspect se nomme Toxoplasma gondii, un parasite abrité par le chat, présent également dans la viande crue ou les crudités non lavées. Il est bien connu des femmes enceintes qui doivent éviter d’être en contact avec lui à cause des risques pour le fœtus. Chez les enfants et les adultes en bonne santé, l’infection est toutefois le plus souvent asymptomatique et survient chez près d’un tiers de la population mondiale. Une série d’études récentes suggère que les personnes qui ont été exposées à T. gondii et possèdent des anticorps sont plus à risque de souffrir de schizophrénie. Mais la toxoplasmose n’est pas l’unique facteur déclencheur.

Le chat est l’hôte final du parasite microscopique

Toxoplasma gondii qui se développe surtout dans les intestins du félin puis est sécrété dans ses excréments se répandant dans l’environnement. Le parasite est ensuite consommé par d’autres animaux chez qui il se loge surtout dans les muscles sous forme de kystes.T. gondiiest présent à l’échelle mondiale. Près d’un tiers des femmes en âge de procréer en Suisse ont déjà été exposées au parasite et possèdent donc dans leur sang des anticorps contre cet agent infectieux.

La toxoplasmose, un des facteurs de risque de la schizophrénie

Dans une étude publiée en avril 2015 dans le journal Acta Psychiatrica Scandinavica, le psychiatre Guillaume Fond et ses collègues français et hollandais ont analysé 50 publications scientifiques étudiant le lien entre toxoplasmose et maladies psychiatriques. Ils ont trouvé que la toxoplasmose est non seulement surreprésentée chez les patients schizophrènes mais aussi chez ceux souffrant de troubles bipolaires ou compulsifs et d’addiction.

«Cette étude très rigoureuse montre que la toxoplasmose est un facteur de risque environnemental pouvant favoriser l’apparition de la schizophrénie. Mais ce n’est pas le seul, commente Kim Do Cuénod, neurobiologiste et cheffe de service du Centre de neurosciences psychiatriques au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Il existe aussi des facteurs de risque d’origine génétique ainsi que des facteurs environnementaux.» Une vingtaine de mutations génétiques, notamment dans les gènes du système immunitaire, ont été identifiées comme prédisposant à la schizophrénie.

Chez le bébé, une infection par un virus, avant ou après la naissance, ou une complication obstétrique sont associées à une augmentation du risque de souffrir de schizophrénie plus tard. De même, les traumatismes pendant l’enfance tels que les abus physiques et sexuels augmentent aussi le risque de développer la maladie. Les multiples causes impliquées dans la schizophrénie expliquent l’hétérogénéité des symptômes. La schizophrénie est une psychose qui se caractérise par l’apparition d’une distorsion des perceptions comme des hallucinations visuelles ou auditives, une altération des émotions ou une désorganisation de la pensée.

Kim Do Cuénod et ses collègues étudient les mécanismes patho-physiologiques responsables des symptômes. «Trois processus agissent ensemble et perturbent la maturation des connexions entre les neurones du cerveau: un stress cellulaire, une sous-activité de certains neurones et l’inflammation de parties du cerveau». Or l’infection par T. gondii pourrait être à l’origine de cette inflammation. «Mais cela ne suffit pas, il faut plusieurs facteurs de risque pour déclencher la maladie, comme par exemple le parasite combiné avec une prédisposition génétique», ajoute la spécialiste.

La piste du traitement contre Toxoplasma gondii

Peut-on imaginer alors traiter les symptômes de la schizophrénie avec un médicament luttant contre la toxoplasmose? Guillaume Fond et ses collègues se sont posé la question dans une étude publiée en 2015 dans le Journal of Psychiatric Research. Ils ont étudié l’efficacité d’un médicament anti-toxoplasmique, le valproate, chez des patients séropositifs pour la toxoplasmose et présentant des troubles bipolaires ou schizophrènes. Ils ont observé que le valproate réduit la fréquence des épisodes dépressifs chez les patients bipolaires. Mais aucun résultat statistiquement fiable n’a été rapporté chez les patients schizophrènes.

«L’étude n’est pas assez solide pour pouvoir tirer des conclusions, commente Kim Do Cuénod. Elle se base uniquement sur la présence d’anticorps anti-toxoplasmose dans le sang pour envisager ce type de traitement. Il faut d’abord identifier des biomarqueurs qui témoignent d’un problème dans le cerveau.» Ces biomarqueurs seront aussi indispensables pour le suivi des personnes à risque et pour permettre une prise en charge précoce de la maladie. La neurobiologiste conclut: «Le défi aujourd’hui est d’identifier des approches thérapeutiques de la schizophrénie qui ont moins d’effets secondaires que les traitements actuels.»

Toxoplasmose et échec scolaire

Selon une récente étude américaine, les enfants porteurs du parasite auraient de moins bons résultats à l’école. Mais selon Stephan Eliez, directeur de l’Office médico-pédagogique de l’Université de Genève, ces travaux présentent un biais méthodologique: «La corrélation observée peut aussi s’expliquer par l’environnement socio-économique. Le lien entre niveau social et réussite scolaire est bien établi, et il est probable que les enfants plus défavorisés soient plus exposés à T. gondii.» Mais selon le médecin, même si elle reste à démontrer, l’hypothèse que la toxoplasmose a un effet au niveau cognitif est tout à fait valable.

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