Epidémie mondiale de Covid-19: point quotidien des données scientifiques

Dernière mise à jour 17/03/20 | Article
Planète Santé vous propose un résumé express des points importants abordés chaque jour par le virologue allemand Christian Drosten* sur la radio allemande Norddeutscher Rundfunk (NDR).

Update Coronavirus, Episode 22 - lien de l’émission

Il existe plusieurs moyens de dépister le COVID-19. Suivant le stade de la maladie, certains tests n’agissent pas, pas encore ou plus. Quant aux espoirs thérapeutiques du Remdesivir, ils sont bons, mais la substance reste pour le moment, selon Christian Drosten, administrée à un stade trop avancé de la maladie.

Le prélèvement par écouvillonnage de la gorge, peu fiable dans les stades avancés de la maladie

Le Covid-19 se multiplie généralement dans la gorge avant de migrer dans les poumons. Chez certains patients, l’infection débute directement dans les poumons. Dans les cas graves et avancés de la maladie, les poumons s’autodétruisent suite à une réaction immunitaire. Dans ces cas-là, le virus n’est parfois plus du tout présent dans le corps. « Il est important d’informer le personnel hospitalier que les tests diagnostics effectués dans la gorge ne sont pas systématiquement fiables chez les patients dont le virus a déjà migré dans les poumons » affirme Christian Drosten. « Avec un scanner, les cliniciens pourront en revanche détecter la maladie dans les poumons. L’image présente des sortes de taches blanches inégalement réparties qui ressemblent à des nuages. »

Tests sérologiques, inutiles au début de la maladie

Disponibles ou bientôt disponibles sur le marché, les tests sérologiques détectent le niveau d’anticorps présents dans le sang. « Ces tests ne fonctionnent qu’au bout d’une dizaine de jours après le début de la maladie » explique Christian Drosten. « Si vous souhaitez vous faire tester au début de l’infection, le test d’anticorps est inutile ». Selon le virologue, les tests sérologiques ne sont pour l’heure pas encore fiables à 100% ni valides. Il conseille donc d’être prudents avec leur utilisation mais se dit optimiste pour leur validation prochaine dans les semaines à venir, soit « à la fin du printemps ». Ces tests permettront surtout aux gens de savoir s’ils sont immunisés ou non contre le covid-19.

Analyse des selles, efficace mais illusoire à grande échelle

« Un moyen sûr de diagnostiquer le virus est l’analyse des selles » explique Christian Drosten. « Cependant, pour ce faire, les laboratoires doivent changer leur préparation d'échantillons ». Cette procédure, fastidieuse pour les laboratoires, s’avère donc compliquée à grande échelle.

Remdesivir

Le Remdesivir est un antiviral produit par Gilead, une compagnie pharmaceutique américaine. « Il s'agit d'un inhibiteur de l'ARN polymérase virale, l'enzyme de réplication du virus » explique Christian Drosten. « C’est une substance qui nous est connue depuis un certain temps et nous savons qu’elle fonctionne contre le coronavirus en culture cellulaire et chez certains modèles animaux. » Le virologue se montre très optimiste dans l’efficacité de cet antiviral originellement développé pour soigner Ebola. Le problème de cette substance est qu’elle n’a pas encore été cliniquement approuvée pour être commercialisée. « Le Remdesivir s’accompagne d’un protocole d’utilisation compassionnelle (groupe de malade donné) » explique Christian Drosten. « Son utilisation est donc permise dans une phase de la maladie où le patient a déjà besoin d’oxygène, mais pas encore de catécholamine, c’est-à-dire de médicaments circulatoires ».

En d’autres termes, le Remdesivir n’est pour l’heure utilisé que chez des patients qui se trouvent dans la phase qui précède les soins intensifs. Or, selon Drosten, pour prouver son efficacité, le Remdesivir devrait être administré dans des phases plus précoces de la maladie. « Le virus attaque les voies respiratoires au cours de la première semaine de maladie. Dans la seconde semaine de maladie, nous assistons déjà à une combinaison d'effets immunitaires et d'effets viraux sur les poumons. » Pour le virologue, il convient donc d’agir avant le déclenchement d’une réaction immunitaire dans les poumons. Sur les 3000 substances testées en culture cellulaire contre le Covid-19, le Remdesivir est la substance où le virus s’est le moins répliqué. « Pourquoi ? Je ne le sais pas encore » concède cependant Christian Drosten. 

Effets anti-inflammatoires de la chloroquine

Malgré l’emballement actuel pour la chloroquine, Christian Drosten se montre sceptique face à l’efficacité de ce médicament antipaludique. Comme discuté dans ses précédents podcasts, l’étude marseillaise portant sur la chloroquine s’accompagne de nombreux angles morts. Son scepticisme provient donc d’une part de la façon dont les études ont été menées. De l’autre, du fait qu’en culture cellulaire, les doses de chloroquine nécessaires à tuer le covid-19 sont énormes. Ce que le virologue remarque cependant c’est que « la chloroquine a une très forte influence sur l’inflammation et de manière générale sur les processus inflammatoires ». La chloroquine pourrait donc jouer un rôle sur les lésions pulmonaires dont certaines sont déjà l’effet d’une réaction immunitaire. À nouveau Christian Drosten n’exclut pas l’efficacité de la chloroquine, mais se contente simplement de souligner les preuves insuffisantes ou biaisées qui accompagnent les études la concernant.

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Update Coronavirus, Episode 19 - lien de l’émission

Distance de contamination

Nombreux s’inquiètent des possibilités de contracter le virus en faisant par exemple du jogging dans le parc ou en dépassant un piéton sur le trottoir. Christian Drosten nous rappelle qu’à l’air libre, les particules virales se diluent davantage qu’à l’intérieur. Le vent aide également à l’affaiblissement de la charge virale. « C’est surtout dans des pièces fermées qu’il faut être attentif aux processus de transmission » déclare-t-il.

Le port du masque pour tous

Sur le port des masques pour tous, Christian Drosten se montre partagé. Dans le meilleur des mondes, ce serait évidemment l’idéal : que nous adoptions les mesures chinoises et que tout un chacun se munisse d’un masque à l’extérieur de chez lui. Avec la pénurie des masques que nous subissons actuellement en Europe, il convient surtout de s’assurer que le personnel soignant puisse s’en pourvoir. « Il existe des données qui montrent que ces transmissions de maladies des voies respiratoires sont réduites par les masques » explique Christian Drosten pour qui le masque aide davantage à réduire la propagation du patient infecté qu’à nous protéger des infections des autres. « Le masque doit être à la source et non au récepteur » Il ajoute en effet qu’il n’y a « tout simplement aucune preuve dans la littérature » que les masques peuvent nous protéger de la contamination des autres. Il se réfère ici aux masques en tissu simple. Ceux dont l’air, et par conséquent les particules virales, peuvent s’infiltrer sur les côtés. Christian Drosten souligne que la pénurie des masques n’est la faute de personne. « Nous nous trouvons dans une situation totalement imprévue qui ne s’est produite qu’une fois ». Selon lui, nous pouvons aussi nous munir d’un foulard lorsque nous sortons faire les courses. Ce qui compte pour lui est d’éviter à tout prix la concurrence sur le marché. Les masques que nous portons à l’extérieur ne devraient pas être les mêmes que ceux utilisés et requis dans les hôpitaux.

Alternatives aux masques

« Les masques peuvent être recyclés » affirme Christian Drosten. « Vous pouvez par exemple mettre vos tissus au four à 70 degrés jusqu’à ce qu’ils soient secs. Les virus meurent généralement au-dessus de 70 degrés. » Le virologue est également faveur de la confection maison de ses propres masques et de l'utilisation des écharpes ou foulards. « Dès lors que nous sommes très peu en public, porter des masques lorsque nous sortons s’apparente à un geste, un signal et une courtoisie » conclut-il.

Les enfants pourraient contribuer à l’immunité collective du Sars-CoV-2

La Sars-Cov-2 semble épargner une grande majorité des enfants qui présentent peu, voire aucun symptôme. La question qui se pose est de savoir si les enfants seraient par définition épargnés du SARs-CoV-2 donc « pas infectés du tout » ou s’ils seraient au contraire des sujets qui s’immunisent rapidement contre le virus. Dans ce deuxième cas, cela signifierait que la population infantile jouerait un rôle important dans l’immunité collective du Sars-Cov. « À un moment donné, nous devrons tous être immunisés » explique Christian Drosten. Cette immunité collective s’obtiendra une fois que 60 à 70 % de la population aura été infectée. « Il se pourrait donc qu'une partie considérable de ces 70 pour cent soient les enfants » D’après quelques faits relégués dans la littérature, les enfants de Wuhan auraient été infectés en plus grand nombre bien avant la population adulte. Cette hypothèse impliquerait que les enfants pourraient contribuer à assurer l’immunité collective nécessaire à mettre fin à l’épidémie.

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Jeudi 19 mars - lien de l’émission

Étude marseillaise sur la chloroquine, jugée problématique

La chloroquine est une substance antipaludique bien connue qui n’est pas exempte d’effets secondaires. Son efficacité contre l’ancien SARS a été prouvée en culture cellulaire, mais pas chez l’homme. « Le métabolisme d’une cellule infectée du corps humain fonctionne différemment de celui que l’on observe dans un disque de culture cellulaire » précise Christian Drosten. Pour atteindre les poumons, le médicament doit traverser plusieurs étapes et barrières dont celui du système intestinal et sanguin. La question du dosage (qui semble conséquent) de chloroquine qu’il faudrait ingurgiter pour atteindre les poumons n’a pas non plus été élucidée au cours de l’étude. En laboratoire, du moins sur l’ancien SARS, les doses de chloroquine requises pour être efficaces étaient énormes.  De plus, outre le fait que l’étude ne soit pas randomisée et portait sur un nombre restreint de patients, le virologue nous rappelle que la majeure partie des infections au covid-19 se résorbent par elle-même. Il est dès lors difficile de déterminer quels patients soignés par la chloroquine auraient vu leurs symptômes disparaître par eux-mêmes, indépendamment d’un traitement. En abordant divers autres aspects de l’étude (mesure virale, répartition des cas asymptomatiques dans les deux groupes, âges) le virologue explique les raisons pour lesquelles les résultats de cette étude lui paraissent finalement relativement banals. « Le plus grand défaut de l’étude » conclut-il « est que le virus n’a pas été mesuré dans les poumons, mais dans la gorge ». Or, les cas sévères de covid-19 affectent particulièrement les poumons. La chloroquine est assurément à étudier davantage, car c’est une substance disponible et que nous savons produire. Mais le virologue précise : « malheureusement, dans la recherche clinique, la vérité émane fréquemment dans un deuxième voire troisième temps. Il faut donc ici être prudent. »

Isolation des plus de 65 ans, une mesure peu efficace

En se référant à la grande étude de modélisation menée par l’impérial College de Londres, Christian Drosten affirme qu’il «  n’y aurait pratiquement rien à gagner dans la mise en isolation des groupes à risque ». Les capacités de ventilation nécessaires à gérer la situation ne diminueraient aucunement. « Nous ne pouvons isoler le monde en détail » affirme-t-il. « L’ensemble de la société doit fournir un effort commun pour réduire le nombre d’infections dans la population ». Le virologue revient ensuite sur l’utilité de la distanciation sociale qu’il juge présentement indispensable.

Sur le confinement obligatoire­

En Allemagne, comme en Suisse, le confinement n’est pas encore obligatoire. « Il n’y a bien sûr aucune donnée scientifique indiquant la nécessité de cette mesure » explique Christian Drosten. « Les pays voisins qui l’ont appliqué ont vraisemblablement agit sous une impulsion émotionnelle générée par le grand nombre de personnes décédées. » Selon le virologue, le confinement obligatoire sert surtout à faire comprendre à la population que la situation est à prendre au sérieux. Il suppose que le confinement obligatoire de la population allemande sera décidé suivant la façon dont les gens se comportent durant le week-end. « Nous ne pouvons qu'espérer que notre société soit suffisamment mûre et raisonnable - également assez altruiste - pour montrer clairement que cette distanciation sociale protège et vise en fin de compte les plus faibles de la société. » 

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Mercredi 18 mars - lien de l’émission

Exagération autour des décès dus au coronavirus ?

Christian Drosten récuse les propos du pneumologue et politicien allemand Wolfgang Wodarg qui avance l’exagération des effets du covid-19. Selon ce dernier, les virus « corona » existent depuis longtemps chez l’homme et, si les tests actuels n’étaient pas faits, les décès liés au nouveau coronavirus se seraient fondus dans les statistiques. « Il est vrai qu’il existe quatre autres types de virus corona connus de l’homme » confirme Christian Drosten. « Mais il s’agit de virus endémiques qui n’ont rien à avoir avec le nouveau coronavirus qui nous apparaît sous forme de pandémie. » Pour lui, les décès liés au covid-19 sont en effet, pour le moment, négligeables par rapport à la mortalité globale de la population, mais cela ne saurait durer. « Nous sommes sur le flanc ascendant de la cinétique de croissance exponentielle » précise le virologue. « Si nous n’agissons pas maintenant et de façon radicale, l’ascension continuera de croître et nous aurons de sérieux problèmes à partir de juin et juillet. L’effet sur la létalité deviendra plus visible, nous le verrons non seulement dans les statistiques, mais également dans les hôpitaux où les patients ne pourront plus être traités et mourront sur place. » 

Étude de modélisation de l’Imperial College de Londres

Le 16 mars, L’Imperial College de Londres a publié une étude de modélisation estimant les menaces futures du covid-19. Les pronostics sont très sombres. À partir de 60 ans, l’étude prévoit qu’une personne sur quatre nécessitera des soins intensifs. Christian Drosten nous rend attentif à l’inexactitude qu’accompagne fréquemment les études de modélisations. Il se réfère par exemple aux études pronostiques réalisées sur la vache folle qui s’avérèrent par la suite insidieuses. « Le problème avec les modélisations c’est que certains des chiffres utilisés sont spéculatifs, ce qui crée par la suite des torsions importantes. » Les chiffres utilisés pour l’étude en question apparaissent néanmoins tout à fait plausibles pour le virologue. 

Scénario « on-off »

Une des hypothèses qui ressort de l’étude menée par L’Imperial College de Londres serait d’adopter un mécanisme on-off. Fermeture et retrait de la vie sociale pendant quelques mois, retour à la vie normale jusqu’au retour de l’épidémie, nouveau retrait et ainsi de suite. Pour Christian Drosten, ce scénario ne serait pas viable. La seule solution pour gérer cette crise serait pour lui de trouver le plus rapidement possible un vaccin.

Pour un assouplissement de la réglementation sur les vaccins

Christian Drosten conclut l’émission en affirmant qu’il ne voit tout simplement pas d’autre alternative que de développer le plus rapidement possible un vaccin. « Nous n'avons bien sûr pas besoin de fournir quoi que ce soit à l'ensemble de la population, mais au moins aux groupes à risque et en particulier aux personnes âgées, pour lesquelles il faut faire quelque chose maintenant... Il faudra donc vraisemblablement passer outre les questions réglementaires concernant les vaccins » poursuit-il. Pour cela, il faudrait éventuellement que l’État prenne le risque d’être tenu responsable des possibles effets nocifs que ce vaccin pourrait engendrer. Pour le virologue, il s’agit là de décisions extrêmement délicates mais nécessaires pour confronter la situation actuelle. « Si nous croyons les chiffres émis par les calculs de modélisation, nous n’avons d’autre choix que de penser à des options inhabituelles ».

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Mardi 17 mars - Lien de l’émission 

Immunité du covid-19 : Peut-on être infecté plusieurs fois ?

Des cas de patients atteints deux fois par le COVID_19 ont été mentionnés dans la littérature et la presse. Selon une étude menée par l’Académie chinoise de médecine sur des macaques rhésus, il existerait une réponse immunitaire claire face au Covid-19. Quatre singes ont été infectés par le covid-19. L’un a été disséqué pour observer l’état de ses poumons. Quatre semaines après la disparition des symptômes, les trois singes restants ont été infectés à nouveau par des doses puissantes du virus. Tous ont résisté à l’infection. Christian Drosten rappelle qu’il ne s’agit ici que d’une petite étude menée sur des singes mais il estime néanmoins les résultats optimistes. « Nous partageons avec les singes rhésus une immunité très similaire » explique-t-il, « Une hypothèse de travail serait donc de suggérer qu’une immunité contre la pandémie se produira graduellement et naturellement au sein de la population, du moins pour une durée limitée. » Concernant les cas infectés à plusieurs reprises, il ne s’agirait peut-être que de patients ayant été mal diagnostiqués ou non guéris.

Symptômes sévères chez des patients jeunes

Le cas de jeunes patients développant des symptômes sévères du Covid-19 semblent accroître, notamment en Italie. Selon Christian Drosten il pourrait s’agir de patients dont les poumons seraient directement infectés par le virus. Il semblerait que le COVID-19 infecte la plupart des patients dans la gorge avant de descendre dans les poumons. Restant une semaine au niveau de la gorge, le corps se munit d’anticorps lui servant par la suite à combattre l’infection pulmonaire. « La séroconversion, terme technique désignant le développement des anticorps, se produit à la fin de la première semaine » explique Christian Drosten. « C’est une réponse rapide et donc réjouissante. Ceci ne reste qu’une hypothèse, mais il se pourrait que certains patients contractent l’infection directement dans leurs poumons. Nous assistons dès lors aux symptômes les plus graves du virus qui sont similaires à ceux générés par le SRAS d’origine ».

Espoir d’un vaccin basé sur des anticorps monoclonaux produits via le SRAS d’origine

Une étude du groupe de Berend Jon Bosh d’Utrecht (Pays-Bas) ayant conservé des anticorps produits via le SRAS il y a 17 ans en arrière ont effectué des tests sur le Covid-19. L’un des anticorps conservés neutraliserait effectivement le covid-19. « Il est possible de reproduire ces anticorps par la bio-technologie et d’en administrer une concentration élevée dans le muscle du patient » explique Christian Drosten. Ce vaccin « passif » pourrait être administré également pendant la maladie permettant au patient de guérir rapidement. Concernant la durée que prendrait le vaccin à être produit et mis sur le marché, le virologue ne préfère pas se prononcer, cela dépendant également de la « discussion politique ».

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Lundi 16 mars - Lien de l’émission

Durée de vie du covid-19 sur des surfaces inertes

Au sujet de la durée de vie du covid-19 sur des surfaces comme le papier et les poignées de porte, Christian Drosten nous met en garde sur toute conclusion hâtive et simpliste. Il a en effet été prouvé que le Covid-19 pouvait rester actif pendant 48 heures sur du papier et jusqu'à 3 jours sur des plastiques et l’acier, mais «il difficile d’appliquer ces données à la pratique», admet-il. Les études ont été effectuées avec des quantités importantes de solution virale qui ont ensuite été prélevées et mises en culture. «La solution de départ comprenait environ 10'000 unités infectieuses, précise le virologue. A la fin, il ne restait plus que 10 unités infectieuses, ce qui est très peu. La question est donc de savoir si du liquide infectieux reste sur votre doigt quand vous le mettez dans la bouche, sachant que la peau est une surface acide.»

Christian Drosten rappelle également que la puissance de transmission des virus dans l’air ou sur des surfaces est liée à sa concentration de départ. Les gouttes de liquide infectieux qu’une personne émet, par exemple en parlant ou en touchant une poignée de porte, ont de fortes chances de sécher beaucoup plus rapidement dans la vraie vie que lors d’une étude menée en laboratoire. Les gouttes sèchent également plus rapidement dans l’air que dans une solution liquide. Tout est une question de concentration. Selon le spécialiste, le Covid-19 resterait entre 10 et 20 minutes dans l’air avant de retomber sur le sol.

Distance spatiale recommandée

Christian Drosten dit ne pas pouvoir se prononcer sur l’exactitude de la distance à adopter. La transmission du virus dépendant de sa concentration, qui augmente avec la durée de l’exposition, il recommande à chacun d’éviter dans la mesure du possible les lieux d’affluence. «Si vous conversez brièvement avec quelqu'un sans respecter la distance de deux mètres, c’est moins grave que de se tenir longtemps mais plus éloignée d’une personne infectée», précise-t-il.

L’Ibuprofène aggrave les symptômes du coronavirus

Les études accusant l'ibuprofène d'aggraver les symptômes du Covid-19 proviennent de «sources douteuses», affirme Christian Drosten. Le virologue ne contredit en revanche pas la possibilité que ce lien puisse s’avérer effectif. Il souligne simplement que pour l’heure, le Covid-19 est un virus nouveau pour tout le monde, que les connaissances à son sujet restent extrêmement limitées, et qu’il nous faudra encore beaucoup de temps et d’études pour affirmer avec certitude la façon dont il se comporte.

La fin de l’épidémie en Chine?

Sur la Chine, ses mesures et la stabilisation de ses cas infectés, Drosten déclare ne pas être en mesure de commenter la situation. «Je pense que peu peuvent le faire, ajoute-t-il. Mais nous pouvons soupçonner qu’il existe en Chine une volonté de ne plus avoir de cas». Il juge également inquiétante la décision de mettre les gens qui reviennent d’Europe en Chine en quarantaine. «Il y a certainement un message qu’on souhaite faire passer avec une telle mesure.»

Eviter les blâmes

Christian Drosten insiste à nouveau sur le fait que personne n’était préparé au Covid-19 et que mettre la faute sur les politiques ou sur telle ou telle décision sanitaire est non seulement une perte d’énergie, mais ne contribue de plus qu’à envenimer la situation. «Ce n’est pas le moment d’émettre des accusations et de vouloir faire porter la responsabilité à autrui. L’enjeu pour l’heure est de s’informer et de comprendre le mieux possible ce nouveau virus que personne ne connaît afin de pouvoir s’orienter de la meilleure façon possible.»

    

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* Christian Drosten dirige le Département de virologie des Hôpitaux universitaires de la Charité, à Berlin. Connu de la communauté médicale pour ses travaux sur le SARS en 2003, il est également l’un des co-créateurs du premier test de diagnostic du Covid-19 établi fin janvier 2020. Depuis le 26 février 2020, il commente chaque jour de la semaine l’évolution de la situation sur la radio allemande Norddeutscher Rundfunk (NDR). Âgé de 48 ans, consultant au Bundestag, siégeant aux côtés du ministre allemand de la santé Jens Spahn, Christian Drosten est devenu, en moins de deux semaines, l’une des figures les plus médiatisées et référencées d’Allemagne.

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