Le virus NCoV est mortel mais peu contagieux

Dernière mise à jour 05/06/13 | Article
Le virus NCoV est mortel mais peu contagieux
Ce nouveau coronavirus a fait ses premiers malades en France. Découvert il y a un an, il a fait une vingtaine de morts dans le monde. Mais il est pour l’heure bien plus lent à se propager que celui qui avait tué 800 personnes en 2003.

De quoi on parle?

Les faits

Le 11 mai, le ministère français de la Santé confirmait l’existence d’un deuxième cas d’infection dû au coronavirus NCoV dans l’Hexagone. Le lendemain, l’OMS annonçait que ce virus se transmet entre humains.

Le bilan

Après la découverte du premier cas en juin 2012, 38 personnes ont clairement été identifiées comme infectées et 20 en sont mortes. Si la maladie se propage lentement, elle est fatale à une personne sur deux.

Dans la majorité des cas, les coronavirus ne se manifestent que par un simple rhume. Découvert l’an dernier en Arabie saoudite, le NCoV se montre, lui, bien plus agressif. Après l’Allemagne en octobre, puis le Royaume-Uni en mars, un premier cas a été diagnostiqué en France le 7 mai dernier, suivi d’un deuxième. Mais quelle sera la suite? Une épidémie aussi grave que celle du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) en 2003 est-elle possible?

«On connaît bien quatre autres coronavirus qui sont à l’origine de rhumes et d’infections respiratoires. Mais le NCoV est plus virulent et provoque des pneumonies graves», explique le professeur Laurent Kaiser, à la tête du laboratoire de virologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). C’est bien ce qui est inquiétant: NCoV est un proche parent du virus qui avait provoqué la pandémie de 2003 et causé la mort de 800 personnes. En effet, la maladie qu’il provoque ressemble en de nombreux points au SRAS.

Sa manière de se propager est toutefois plus rassurante. En 2003, rappelle Laurent Kaiser, le SRAS avait dans certains cas acquis une transmission par aérosol. Le virus était capable de se mêler à des micro gouttelettes respiratoires, projetées par une toux ou un éternuement. Suspendues en l’air, elles infectent ensuite la personne qui les inspire. Une Canadienne contaminée à Hongkong avait ainsi infecté près de 180 personnes à son retour à Toronto.

Avec le NCoV, nous n’en sommes pas là, rassure le spécialiste: «Sur la base des informations partielles disponibles aujourd’hui, il semble que la contagion résulte d’un contact proche et répété avec le malade.» La transmission entre humains est donc possible, mais elle utilise probablement des gouttelettes différentes de celles du SRAS, plus grosses, projetées moins loin et incapables de rester en suspension. «En France, les deux malades étaient dans la même chambre, rappelle Anne Iten, du service de Prévention et contrôle de l’infection des HUG. L’un a sans doute contaminé l’autre du fait de cette proximité.»

La population générale n’est donc, chez nous et pour l’heure, pas concernée par cette épidémie; le risque de transmission se limite aux proches et aux soignants. De plus il est probable qu’un simple contact isolé ne suffise pas. Le mucus qui tapisse notre nez constitue une barrière mécanique que le virus a du mal à traverser. «Cette première ligne de défense peut cependant être défectueuse si vous êtes âgé, si vous fumez ou si votre immunité est réduite», ajoute le virologue.

Une infection des poumons

Mais que se passe-t-il chez les personnes infectées par le NCoV? Leur pronostic est pessimiste: «Parmi les patients identifiés, la majorité ont présenté de graves infections du poumon responsables d’un syndrome de détresse respiratoire.» Les patients atteints ont été pris en charge aux soins intensifs, mais un sur deux n’a pas survécu. «Le poumon est rempli d’alvéoles, rappelle Laurent Kaiser. Si le virus s’y loge, le corps réagit en envoyant des cellules inflammatoires. Les alvéoles se remplissent de liquide et subissent des destructions. En conséquence, l’échange d’oxygène entre le sang et l’air devient difficile, voire cesse complètement.» Des atteintes aux reins ont également été observées chez certains malades du NCoV, mais ils sont un effet indirect de l’infection. «La déficience – ou la grande inflammation– d’un organe comme les poumons fait souvent souffrir les reins», précise Laurent Kaiser. D’après ce que l’on observe, il est néanmoins probable que le virus ne tue pas un malade sur deux. Même infectées, certaines personnes peuvent ne présenter que des symptômes mineurs, tels qu’un rhume sans gravité, poursuit le spécialiste.

Le spectre de la mutation

Pas question de s’affoler au moindre rhume. Mais que faire si vous avez voyagé dans la péninsule Arabique ou si vous avez côtoyé une personne infectée? En cas de fièvre ou de forte gêne respiratoire, il faut consulter un médecin. Un échantillon de mucus pulmonaire suffit à détecter le virus. Aucun traitement n’existe. «Les médecins se contentent de soutenir les fonctions vitales, explique Laurent Kaiser. Si le poumon est atteint, ils assurent une respiration artificielle; si le rein flanche, les patients sont dialysés; si une infection bactérienne s’ajoute au virus, elle est traitée avec des antibiotiques. Le but est de gagner du temps pour permettre au système immunitaire de le combattre.»

Pour l’instant, sous nos latitudes, l’épidémie ne présente pas de signes inquiétants, estiment les spécialistes. Mais deux éléments pourraient changer la donne. D’abord, le NCoV étant un virus qui mute facilement, un de ses descendants pourrait acquérir la capacité de se transmettre par aérosol et être, de ce fait, beaucoup plus contagieux. L’autre crainte concerne les mouvements de population. Même avec le virus actuel, le rassemblement d’un grand nombre de personnes pour une longue période autour d’un ou de plusieurs malades pourrait multiplier le nombre de cas. Le grand pèlerinage à la Mecque est dans le viseur des spécialistes. En octobre prochain, il attirera des millions de musulmans du monde entier. Si le virus est encore actif, le risque sera alors maximum.

Coronavirus et infections pulmonaires

Des moyens de détection plus performants

Génétique

«Les cas de NCoV n’auraient probablement pas été identifiés il y a dix ans, explique le professeur de virologie Laurent Kaiser. Nous n’avions pas les outils génétiques capables de tester la présence du virus dans l’organisme et les médecins n’étaient pas sensibilisés à ce type de maladies émergentes.» Sa collègue infectiologue Anne Iten complète: «Depuis l’épidémie de H1N1, les médecins en clinique ont pris l’habitude de tester les infections respiratoires virales et demandent souvent une confirmation des résultats par des prélèvements.» Cette attitude a permis, en septembre 2012, d’identifier le NCoV à partir d’un seul cas. Auparavant, les médecins n’auraient constaté qu’un décès étrange et non élucidé, sans savoir qu’il s’agissait d’un nouveau virus. La communauté médicale commence à être capable de talonner les épidémies. Le progrès est important.

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Le Matin Dimanche

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