«Chacun a quelque chose à gagner dans l’échange et le partage»

Dernière mise à jour 15/10/19 | Questions/Réponses
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Ancien psychiatre de liaison aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), le Dr Nicolas de Tonnac est président de Pro Infirmis Genève et membre du conseil de fondation de Foyer-Handicap, qui fête cette année ses cinquante ans. Cet anniversaire est l’occasion d’évoquer avec lui la question du handicap dans notre société.

        

La Fondation Foyer-Handicap fête ses 50 ans. Quelle est sa mission et quel chemin a été parcouru?

Dr Nicolas de Tonnac  Sa mission est d’offrir un espace de vie résidentiel aux personnes en situation de handicap qui ont besoin d’une assistance spécifique, ainsi que des ateliers pour leur permettre de développer des compétences dans un lieu stimulant et leur redonner un vrai rôle dans une société toujours plus cloisonnée. Au départ, la Fondation a créé un appartement pour une jeune personne handicapée qui aurait dû sinon rejoindre un établissement médicalisé. L’idée était originale. Aujourd’hui, Foyer-Handicap dispose de cinq résidences. Elle gère également huit ateliers, offrant ainsi plus de 185 postes de travail.

En tant que membre du conseil de fondation, quel est votre rôle?

Il est multiple. Je mène un travail d’accompagnement d’équipe et je développe des stratégies pour une meilleure inclusion des résidents. Il s’agit de faire de la place à la personne en situation de handicap dans un cadre spécifique avec ses règles de vie, tout en l’accueillant comme elle est. On doit veiller à l’ambiance des lieux et éviter de considérer les résidents comme des malades, car ils ne le sont pas. Il est important que l’institution ne les fasse pas régresser, mais qu’ils redeviennent propriétaires de leur vie et soient actifs dans le fonctionnement de l’institution.

Cette vie communautaire reste un défi?

Oui, il s’agit de faire vivre ensemble des personnes qui n’ont pas toutes accepté leur situation et qui doivent la vivre en miroir. La Fondation accueille désormais une majorité de résidents avec des polyhandicaps, ce qui pose d’autres difficultés d’organisation au quotidien.

La Fondation mène une campagne de sensibilisation quant au regard porté sur le handicap. Quelles idées reçues doivent encore être combattues?

La société a tendance à victimiser les personnes en situation de handicap, mais on peut voir les choses autrement. Le handicap est un défi à relever pour acquérir ses lettres de noblesse. Ces personnes font un travail énorme pour accomplir de simples gestes du quotidien. Leur courage ne devrait inspirer ni pitié, ni peur, mais faire envie!

Vous êtes devenu paraplégique suite à un accident. Comment appréhendez-vous les autres?

C’est à celui qui a besoin d’aide de faire valoir ses besoins, tout en laissant de la place à l’autre. En supprimant tous les obstacles de la vie quotidienne, on enlève des opportunités d’interactions. Or, le partage est fondamental, c’est un enrichissement pour tout le monde. Dans ma vie, on ne m’a jamais refusé de l’aide. Au contraire, les personnes m’ont toujours remercié de cette expérience. Chacun a quelque chose à gagner dans l’échange et le partage.

Si vous pensez à votre parcours, quelle est votre vision du handicap?

Mon handicap a été une source d’apprentissage extraordinaire. En tant que psychiatre, cela m’a permis d’avoir une relation privilégiée avec mes patients. Car la représentation que je peux avoir de la souffrance et de la frustration nous met sur un pied d’égalité. Ils ne pouvaient pas supposer que j’ignorais leur souffrance. Sur le plan personnel, j’ai eu beaucoup de chance. J’ai une vie diversifiée, je me suis marié, j’ai fondé une famille et je vais bientôt être grand-père. Que demander de plus?

Le handicap est-il toujours un tabou?

Non, les gens se familiarisent avec le handicap. Quand Omar Sy, dans Intouchables, dit: «Pas de bras, pas de chocolat!», c’est extraordinaire. L’humour est essentiel, il nous permet de prendre de la distance.

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Article repris du site  pulsations.swiss

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