De quand date la lutte médicale contre l'obésité?

Dernière mise à jour 28/05/13 | Article
De quand date la lutte médicale contre l'obésité?
Au début du XXe siècle, les médecins conseillaient certes à leurs patients de conserver 10 à 20 kg en trop, qui leur permettraient de mieux lutter contre une éventuelle maladie de longue durée.

Le gouverneur du New Jersey, Chris Christie, a récemment annoncé qu'il s'était fait poser un anneau gastrique modulable dans le but de perdre du poids. Le gouverneur dit avoir pris cette décision pour des raisons de santé, mais son poids – qui aurait avoisiné les 135 kg – aurait également pu compliquer une candidature présidentielle en 2016. L'obésité de William Howard Taft (1857-1930), vingt-septième président des Etats-Unis, était au moins aussi importante que celle de Christie. Les médecins de l'époque lui recommandaient-ils de perdre du poids?

Oui. Au début du XXe siècle, les médecins conseillaient certes à leurs patients de conserver 10 à 20 kg en trop, qui leur permettraient de mieux lutter contre une éventuelle maladie de longue durée. Une recommandation de bon sens: à l'époque, la pneumonie, la tuberculose et les diarrhées tuaient plus d'Américains que les troubles cardiaques et le diabète. En revanche, voilà bien longtemps que l'obésité extrême était considérée comme un problème. Au XVIIIe siècle, des revues médicales l'associaient déjà à plusieurs problèmes de santé (somnolence, goutte, respiration difficile). Taft, dont le poids a atteint 154 kg pendant son passage à la Maison Blanche, souffrait des trois. Il a publiquement reconnu souffrir d'un problème de poids (difficile de faire la sourde oreille lorsque le président de la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux du Massachusetts vous intime d'arrêter l'équitation). «L'excès de chair nuit à tout homme», déclarait-il alors. L'«excès de chair» était alors l'euphémisme de l'obésité. Taft laissait entendre que son poids idéal se situait aux alentours des 120 kg, c'est dire si les normes de poids ont changé depuis lors. Si l'on se base sur son indice de masse corporelle, un homme de la taille du président Taft serait aujourd'hui considéré comme gravement obèse.

On exagère souvent l'image dont jouissait jadis l'obésité, symbole de vitalité, de noblesse, de fortune personnelle… Ces généralités comportent une part de vérité: la Venus de Willendorf, statuette vieille de 25 000 ans – et possible symbole de fécondité – est une femme bien en chair. Dans les tableaux de Rubens, nombre de personnages sont obèses (selon les critères modernes), tout comme les baigneuses de Renoir dans la toile du même nom. Ceci étant dit, l'obésité préoccupe les médecins depuis bien longtemps; presque depuis l'avènement des premiers écrits médicaux d'importance. Ainsi, Hippocrate soulignait-il déjà l'importance d'équilibrer l'énergie ingérée et l'énergie dépensée. Pythagore recommandait une alimentation modérée. Et si l'on en croit les écrits de l'historien grec Diodorus Siculus, les habitants de l'Egypte antique sont allés trop loin dans leur quête de la minceur: ils se faisaient vomir de manière à éviter que la nourriture excessive ne se transforme en graisse.

Il faut attendre la fin du XVIIe siècle pour que la majorité de la communauté médicale établisse un lien entre l'obésité et divers problèmes de santé. George Cheyne (médecin souffrant lui-même d'une obésité massive) remarque que les patients bien en chair sont touchés par plusieurs maux: éruptions cutanées, mauvaise circulation sanguine, léthargie… Au XIXe siècle, une poignée de publications associait déjà l'obésité au diabète et aux troubles cardiaques, mais le lien n'est clairement établi qu'un siècle plus tard (ce n'est d'ailleurs qu'à la fin des années 1980 que l'ensemble de symptômes et de troubles aujourd'hui appelé «syndrome métabolique» – obésité, fort taux de cholestérol, diabète, hypertension artérielle… – a vu le jour, sous l'égide de l'endocrinologue Gerald Reaven; il parlait alors du «Syndrome X»). Le secteur des assurances a lui aussi établi un lien entre l'obésité et la mauvaise santé. Entre 1900 et 1920, les statisticiens de la Metropolitan Life (entre autres compagnies d'assurance) se sont basés sur des études actuarielles pour prouver que les personnes obèses décèdent prématurément. Les conclusions actuarielles – comme toutes les autres découvertes médicales capitales – ont contribué à bouleverser l'attitude du secteur des soins de santé, qui s'est alors employé à lutter contre la graisse.

Les silhouettes taftiennes ont toujours été synonyme de mauvaise santé dans le monde médical; il est toutefois impossible d'avoir une idée précise de ce que les médecins d'il y a 200, 800 ou 1000 ans considéraient comme étant un poids «sain». Il a fallu attendre le début du XXe siècle pour que la communauté médicale lutte sérieusement contre l'obésité, et l'année 1985 pour que les National Institutes of Health décident d'utiliser l'indice de masse corporelle pour fixer les critères officiels de l'obésité.

Article original:

http://www.slate.com/articles/health_and_science/explainer/2013/05/chris_christie_s_lap_band_surgery_when_did_doctors_decide_that_obesity_was.html

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