Alzheimer! A oublier ginkgo biloba tu apprendras

Dernière mise à jour 17/09/12 | Article
Alzheimer! A oublier ginko biloba tu apprendras.
Une étude française sonne le glas des espoirs nourris par ceux qui croyaient encore aux vertus de l’arbre aux quarante écus.

La messe est dite ou devrait bientôt l’être. Une étude menée par une équipe réunissant chercheurs de l’Inserm et de l’Université de Toulouse apporte la démonstration qu’une utilisation à long terme d’extrait de ginkgo biloba n’est en rien efficace dans la lutte contre le développement de la maladie d’Alzheimer. Publiée dans The Lancet Neurology, elle confirme les conclusions auxquelles d’autres études préalables étaient parvenues ces deux dernières années. Dirigés par les Prs Bruno Velals et Sandrine Andrieu et avec la collaboration d’autres établissements français situés à Nantes, Bordeaux, Paris (La Salpêtrière) et Lille, les chercheurs toulousains ont voulu savoir si une dose de 120 mg d’extrait de ginkgo biloba donnée deux fois par jour était de nature à réduire la progression de la maladie d'Alzheimer.

Cette étude randomisée a été menée en double aveugle contre placebo. Les auteurs ont suivi sur une période supérieure à cinq ans, 2854 personnes âgées de 70 ans et plus, victimes de troubles de la mémoire. Pendant leur suivi, 1406 patients ont reçu l'extrait de ginkgo biloba (EGb761) et 1414, un placebo dont la présentation et le goût étaient similaires. De plus, les participants ont régulièrement passé des tests standards de la mémoire, des fonctions cognitives et d’évaluation de la démence.

En cinq ans, une maladie d’Alzheimer probable a été diagnostiquée chez soixante-et-un participants dans le groupe ginkgo (1,2 cas pour 100 personnes/an) contre soixante-treize dans le groupe placebo (1,4 cas pour 100 personnes/an). Cette différence est trop faible pour être statistiquement significative tout comme celle du taux de mortalité (76-ginko vs 82-placebo) ou de l’incidence d’accident vasculaire cérébral (65-ginko vs 60-placebo).

Plusieurs études montrent l'inefficacité du ginkgo biloba

En 2009, une publication avait déjà montré que l'utilisation d'extrait de ginkgo par les personnes âgées ayant des pertes de mémoire ne pesait pas de manière significative sur le diagnostic de maladie d'Alzheimer. Publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), une première alerte avait déjà été lancée en 2008, avec la publication (également dans le JAMA) d'une étude financée par le National Center for Complementary and Alternative Medicine et le National Institute on Aging. Ce travail portait sur 3069 personnes et avait duré six ans (à raison d’une dose de 120 mg, deux fois par jour, soit d’extrait de ginko, soit d'un placebo). Conclusion : absence totale d'effet sur l'évolution de la maladie d'Alzheimer et de la démence en général.

La publication de 2009 prolonge et affine les analyses ayant conduit à la publication de 2008. Un peu plus de trois mille personnes, âgées de 72 à 96 ans, avaient été partagées en deux groupes. L'étude a été menée dans six centres universitaires de médecine aux États-Unis entre 2000 et 2008, avec un suivi moyen de 6 ans. Durant cette période, de multiples examens des performances cognitives ont été réalisés par le Pr Beth E. Snitz (université de Pittsburgh) et ses collègues. Les conclusions furent on ne peut plus simples. Il n'existait pas la moindre preuve rationnelle que la prise régulière d'extraits de ginkgo biloba ait, chez les personnes ne souffrant pas d'une affection neuro-dégénérative, un effet préventif sur la diminution des performances concernant la mémoire, l'attention, le langage, les aptitudes visuelles de reconnaissance dans l'espace ou de l'exécution de diverses fonctions. De surcroît, ces résultats sont observés uniformément sans différences « selon l'âge, le sexe, la race ou l'éducation». «En somme, résumait le Pr Snitz, nous ne trouvons aucune preuve que ginkgo biloba ralentit le taux du déclin cognitif chez les personnes âgées».

En novembre 2011, l’Agence sanitaire française en charge des médicaments concluait que le «bénéfice/risque» des six médicaments à base de ginko biloba était «défavorable». Ce type de médicament était d’ailleurs commercialisé en France depuis 1974 comme des « vasodilatateurs périphériques »et continuait d’être pris en charge à 15% par la collectivité. Il était aussi «préconisé» à de nombreuses personnes âgées comme «traitement d'appoint» de différents troubles; le déficit pathologique cognitif et neurosensoriel chronique du sujet âgé (officiellement à l'exclusion des démences), certaines artériopathies chroniques des membres inférieurs, la baisses d'acuité ou d’audition, les syndromes vertigineux et/ou les acouphènes présumés d'origine vasculaire.

Tout ceci a-t-il convaincu tous ceux qui, à travers le monde, croyaient mordicus aux mille et une vertus de «l'arbre aux quarante écus» appelé aussi parfois «aux mille écus»? Quarante, parce qu'un botaniste français en aurait acheté cinq plants à un collègue anglais en 1788 pour la somme alors considérable de 40 écus d'or; mille, à cause de l'aspect de ses feuilles qui prennent une teinte mordorée à l'automne avant de former un tapis d'or sous ses ramures.

A l’instar de l'homéopathie (et des miracles inhérents aux infinies dilutions dynamisées), les raisons ne manquent pas pour expliquer l'engouement que peut nourrir cet arbre hors du commun. Ginkgo biloba est tout d'abord le seul représentant de la famille des Ginkgoaceae et, qui plus est, le seul de la division des Ginkgophyta. Ses rares congénères connus, au nombre de sept, ont été retrouvés sous la forme de fossiles. C'est aussi la plus ancienne famille d'arbres ayant existé sur la terre et apparue, dit-on, il y a plus de 300 millions d'années, soit environ quarante millions d'années avant que les dinosaures commencent à établir leur règne.

Une plante auréolée de mythes

La science est formelle: notre ginkgo (mot d'origine japonaise) biloba (car ses feuilles ont deux lobes) est donc bel est bien, stricto sensu, un «fossile vivant». A ce titre, il peut légitimement nourrir bien des mythes. D'autant plus que cet arbre de taille moyenne (entre 25 et 30 mètres) et qui peut parfois vivre plus de 25 siècles est un préspermaphyte. En clair, il ne produit pas de graines; les arbres femelles portent des ovules souvent confondues avec des graines qui sont fécondées par le pollen d'un arbre mâle. La fécondation au sol conduit à une germination immédiate donnant naissance à une jeune pousse, au pied même du plant mère. Comment ne pas être ému?

Et comment ne pas être émerveillé par sa récente histoire? Cultivé dans le sud-est de la Chine, il semble arriver en Corée et au Japon vers le XIIe siècle. Un demi-millénaire plus tard, un médecin et botaniste allemand le découvre, le décrit, le classe et l'importe. Les premiers plants européens grandissent au jardin botanique d'Utrecht, vers le milieu du XVIIIe siècle. On en verra plus tard au jardin botanique de Montpellier puis au Jardin des plantes de Paris où, nous dit-on, ils sont toujours vivants. Et puis, pour parfaire le mythe, on rapporte que cet arbre fut le premier à avoir germé à Hiroshima, dans la zone radioactive créée par l'explosion de la bombe nucléaire américaine; une forme de sacralisation moderne, portant le double symbole de la longévité et de la résistance à la folie humaine.

Conséquence directe ou pas de tout cela, le ginkgo biloba devait, au fil du temps, trouver des applications médicales dans de très nombreux domaines ; des applications d'ailleurs plus ou moins justifiées ces dernières décennies par une série de résultats scientifiques. On a ainsi découvert que ses feuilles étaient particulièrement riches en flavonoïdes, substances aux intéressantes propriétés anti-oxydantes. On a donc proposé son utilisation pharmaceutique à des fins préventives ou thérapeutiques dans le domaine dermatologique, vasculaire (varices, hémorroïdes, «jambes lourdes», syndrome de Raynaud) ou neurologique (sénilité, démences, maladie d'Alzheimer, troubles cognitifs).

Mais la rigueur des chiffres et la sécheresse des démonstrations et des publications médicales ne font pas tout. Une part de croyance, de revanche sur le rationnel, d’autosuggestion et d’effets placebo diversement induits fait que les extraits de l’arbre aux mille écus est aujourd'hui – souvent via la Toile – l'objet de commerces importants dans de nombreux pays.

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