Cancer: malades de notre environnement

Dernière mise à jour 13/06/12 | Article
Arbre dans un environnement malsain et sain
Arrêter la cigarette, boire avec modération, avoir un poids sain et se nourrir à l’avenant. Au Royaume-Uni, un tiers des tumeurs seraient évitables si toute la population suivait ces quatre recommandations, assure une étude publiée fin 2011 par le «British Journal Of Cancer». Alors, un régime monacal protège-t-il à tous les coups du cancer? Rien n'est moins sûr. Examen avec le professeur André-Pascal Sappino, ancien chef de l’oncologie aux Hôpitaux universitaires de Genève.

Des différences entre les patients

En guise de préambule, le médecin souligne que, comme pour de nombreuses maladies, les causes du cancer sont «un mélange très subtil de facteurs héréditaires et environnementaux». Prenons ainsi cent fumeurs: cinquante d’entre eux mourront de complications liées au tabac (vingt d’un cancer et trente de maladies cardiovasculaires et pulmonaires). En forçant le trait, on pourrait déduire de ce chiffre que quatre-vingts pour cent des fumeurs sont protégés contre les cancers que provoque le tabac. Ce n’est bien entendu pas le cas, il faut plutôt conclure que des facteurs génétiques favorisent ou inhibent l’action d’agents toxiques présents dans l’environnement. La toxicité est la même pour tous, la réaction individuelle des organismes ne l’est pas.

Dangerosité avérée

Résistance personnelle ou pas, il existe des substances dont la «culpabilité» est assurée. Citons ainsi:

  • Le tabac. Les quatre types principaux de cancer liés à sa consommation de tabac sont les tumeurs ORL (nez gorge, trachée), des poumons, de la vessie et du pancréas. Fumer augmente considérablement le risque d’avoir un cancer.
  • L'amiante.Cause le cancer de la plèvre, le cancer du poumon et le cancer du péritoine.
  • Des toxines produites par des champignons dans le stockage de certaines céréales. Consommées par des personnes atteintes par le virus de l’hépatite B, elles favorisent le cancer du foie.
  • Certains virus. Leur action est généralement indirecte. Ils causent une infection qui entraîne une inflammation chronique. Celle-ci favorisera la survenue d’un cancer.
  • Notons que deux des plus grands tueurs de la planète se recrutent dans cette catégorie: le cancer du foie qui est lié aux hépatites infectieuses et le cancer du col de l’utérus, cause majeure de décès dans les pays pauvres, qui est causé par le virus du papillome humain (HPV).
  • Des bactéries. Helicobacter pylori, très commune, favorise ainsi certains cancers de l'estomac.
  • Les radiations. Qu’il s’agisse de la radioactivité ou des rayons ultraviolets (UV), qui contribuent à la formation de nombreux cancers de la peau.
  • L’alcool. Il a été démontré qu’il joue un rôle dans l’apparition des cancers de l’œsophage et des cancers ORL. Cela concerne plus fréquemment des boissons à très haute teneur en éthanol et certaines sont plus nocives que d’autres, le calvados par exemple.

Affaires non résolues

Si nous revenons aux prescriptions britanniques, la culpabilité de deux des suspects est donc établie. Mais qu’en est-il pour les deux autres?

La question du poids est problématique. Si le surpoids majore le risque de développer un cancer, une relation causale entre les deux est très difficile à établir. On suspecte d’ailleurs que ce lien potentiel ne concernerait que certains cancers.

L’alimentation, enfin, illustre une situation commune en cancérologie où l’on connaît beaucoup de suspects mais très peu de coupables formellement identifiés. Les chercheurs ont certes des soupçons sur le rôle de certains éléments mais il s’agit de postulats et non de certitudes. La liste des produits potentiellement nocifs présents dans la chaîne agroalimentaire est d’ailleurs considérable: on estime que plus d’un millier de substances que nous absorbons quotidiennement ont, dans certains modèles animaux et in vitro, une toxicité évoquant un risque de cancer.

On sait néanmoins qu’un régime pauvre en calories et en graisse animales permet, en termes de santé générale, de vivre plus longtemps puisqu’il est pauvre en cholestérol et en mauvaises graisses. Le préconiser est donc sain et il est aussi assez logique de le recommander contre le cancer, mais c’est pour l’instant sans preuve absolue qu’il est efficace contre cette maladie.

Sages précautions

On le voit, les causes du cancer sont multiples et quand l’hérédité s’en mêle, tout se complique. Sans compter la très grande difficulté de mettre en évidence l’impact des substances présentes dans notre environnement. Les recommandations britanniques n'en demeurent pas moins frappées au coin du bon sens, même si elles ne sont pas toutes les quatre motivées par le même niveau d’évidence scientifique.

Et pour quelques méchants de plus

• Le barbecue. La viande grillée de façon abondante au barbecue contient des dérivés du benzène. In vitro, ceux-ci sont susceptibles de transformer des cellules en cellules malignes. Ce n’est cependant que dans des modèles comprenant des concentrations très exagérées de benzène que l’on arrive à générer des cancers chez l’animal.

• Les pesticides. De bonnes études montrent que certains groupes professionnels très exposés aux pesticides développent plus de sarcomes (un type de cancer) que la moyenne. Mais l’hypothèse que la présence de ces substances dans l'alimentation expliquerait certains types de cancer dans la population générale n’est pas encore vérifiée.

• Les nanoparticules. Il n’y a pas d'évidence qu’elles jouent un rôle direct. Un effet serait cependant plausible dans la mesure où leur taille les prédestine à entrer dans la cellule, voire dans son noyau.

Plus de cancers?

Y a-t-il plus de cancers aujourd’hui qu’autrefois? Certainement. Deux facteurs principaux expliquent cette augmentation: le vieillissement des populations et l’amélioration constante de nos performances diagnostiques. En effet, l’âge constitue le principal facteur de risque pour le cancer: l’espérance de vie ne cessant d’augmenter dans certaines sociétés, il est logique que les tumeurs se fassent plus nombreuses. Les diagnostics se posent de plus en plus tôt quand, auparavant, on pouvait «porter» longtemps un cancer sans le reconnaître. Toutefois, comme mentionné plus haut, de nombreux agents présents dans notre environnement contribuent certainement à expliquer l’augmentation de l’incidence des maladies cancéreuses, mais leur identification formelle et donc leur éradication demeurent difficiles. Quant à l’évolution du cancer depuis que nous documentons l’apparition des cas, certains se produisent plus fréquemment et d’autres moins, certains tuent plus quand d’autres le font moins. Et toutes les combinaisons sont possibles.

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