Traitement de l’addiction: sortir de l’ornière

Dernière mise à jour 15/02/15 | Article
Le traitement de l’addiction constitue une prise en charge globale qui engage les valeurs du patient, sa vie et sa place dans la société.

Sortir de l’addiction, c’est changer ses habitudes de vie. «C’est facile à dire. Mais cela n’a rien à voir avec les bonnes résolutions de nouvel an. Nous nous situons ici à un tout autre niveau de profondeur. Le patient doit revoir entièrement son système de valeurs, échafauder un nouveau plan de vie et s’y projeter. C’est un processus ardu, complexe et qui prend du temps», explique la Dresse Rita Manghi, médecin adjointe au service d’addictologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Les personnes addictes et l’addiction elle-même sont victimes de préjugés. On a vite classé ceux qui en souffrent dans la catégorie des êtres sans volonté et trop faibles pour résister à des tentations faciles. La réalité est autre. Au départ, la consommation excessive d’alcool ou de stupéfiants, de jeux d’argent ou de sexe sont des comportements qui s’inscrivent dans la vie comme de vraies solutions aux problèmes existentiels. Sauf qu’avec le temps les conséquences négatives de cette attitude prennent le dessus. «D’une certaine façon, l’addiction est, sur le moment, une solution bénéfique qui a mal tourné avec le temps», reprend la psychiatre. Et quand les gens frappent à la porte du service d’addictologie, ils ont généralement un pistolet braqué dans le dos: un divorce, un licenciement, une maladie grave ou des dettes abyssales...

Agir vite

La prise en charge commence dès l’accueil, dès le premier appel téléphonique du patient. C’est l’étape initiale de la thérapie. Là, il faut agir vite. Pas question de faire attendre trois semaines quelqu’un qui a décidé d’appeler un médecin après des mois, voire des années d’atermoiements. «En règle générale, la première consultation, c’est tout de suite ou demain. Au pire, dans la semaine. Il est toujours urgent d’accueillir la demande», martèle la Dresse Manghi.

Deuxième étape: l’évaluation globale du patient. Le psychiatre dresse un état des lieux général de sa situation médicale, psychologique et sociale. Quels sont ses ressources personnelles, son réseau social, affectif ou professionnel? Cette évaluation est multidisciplinaire. Elle implique le patient et la compréhension qu’il a de ses problèmes.

Le thérapeute s’efforce également de mettre au jour d’éventuelles pathologies psychiques sous-jacentes: un trouble anxieux, une dépression, etc. «Dans mon expérience, l’addiction est une maladie chronique qui voyage rarement seule», image la médecin adjointe.

Réinsertion sociale

L’enjeu du traitement est d’inscrire le changement dans la durée. Ce résultat ne peut être atteint qu’à l’issue d’une reconstruction psychologique en profondeur. Et pour autant que celle-ci débouche sur l’élaboration d’un projet de vie solide dans lequel la consommation compulsive et nocive n’a plus sa place.

C’est une démarche de longue haleine. Elle ne peut se faire que si le patient est considéré comme un collaborateur. Pour commencer, le thérapeute accompagne la personne dans l’identification de son système de valeurs, des représentations mentales et du projet de vie souhaité qui le structurent. Il agit ensuite à la manière d’un guide pour favoriser le travail d’introspection consistant à identifier les changements de comportement visés en fonction de ses aspirations de vie.

Le projet de vie sert de fondation et de charpente aux changements de comportements qui sont régulièrement réévalués selon des critères identifiés par le patient. Bien construite, la réflexion autour du projet et des aspirations de vie évite la rechute à la moindre contrariété, à un revers amoureux ou à une déconvenue professionnelle.

La reconstruction psychologique s’accompagne d’une action de réinsertion sociale. «Nous profitons de la délocalisation de nos lieux de soins pour impliquer les patients dans des initiatives citoyennes. Nous pouvons par exemple les faire participer à l’organisation d’une fête de quartier. Bref, vous l’aurez compris, on ne traite pas une addiction comme un abcès dentaire. C’est une remise en question globale, une réflexion qui engage les valeurs profondes du patient et sa place dans la société», conclut la Dresse Rita Manghi.

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