Effacer l’empreinte de l’addiction

Dernière mise à jour 07/03/12 | Article
Neurones et système nerveux
L’équipe du Pr Christian Lüscher, de l’Université de Genève,a rétabli un comportement normal chez des souris dépendantes à la cocaïne.

Un article du magazine

On a longtemps cru que les drogues détruisaient les neurones. C’est faux. La plupart d’entre elles (cocaïne, héroïne, cannabis, etc.) ne sont pas neurotoxiques. Par contre, elles modifient les contacts entre les cellules nerveuses et ont toutes une même propriété: lorsqu’on les consomme, une partie du système nerveux, appelé circuit de la récompense, est suractivé et libère de la dopamine. «Cette substance renforce le flux de messages entre deux régions, le cortex préfrontal et le noyau accumbens, et marque le cerveau d’une empreinte durable, qui sera d’autant plus persistante que la consommation aura été régulière», explique le Pr Christian Lüscher du Département des neurosciences fondamentales de l’Université de Genève. Pourquoi alors seuls 20% des consommateurs des substances les plus «addictives», comme la cocaïne par exemple, développent une addiction? «Chez ces personnes vulnérables, il y a un emballement des mécanismes d’apprentissage, aboutissant à une perte de contrôle du comportement, tandis que ceux de défense et de prise de décision agissent moins bien», répond le neurologue qui mène des recherches dans le domaine depuis plusieurs années.

Souris

La souris passe normalement de la cage A à la cage B. Par contre, si un jour elle reçoit dans la cage A de la cocaïne, qui va déclencher son circuit de la récompense, c’est là qu’elle reviendra le lendemain. Ce qui prouve que le signal d’apprentissage est associé à cet endroit. ©JULIEN GREGORIO / PHOVEA

Utilisation du laser

Avec son équipe, il vient de développer une méthode effaçant l’empreinte laissée par la cocaïne dans le cerveau des souris. «Le traitement consiste à stimuler à l’aide d’un laser les terminaisons nerveuses du cortex auparavant infectées d’un virus contenant une protéine sensible à la lumière. Les souris traitées ont retrouvé un comportement normal», explique le Pr Lüscher.

Cette découverte issue de la recherche fondamentale, publiée dans la revue Nature en janvier dernier, offre un réel espoir de thérapies. Il devrait être possible, grâce à une méthode similaire, de faire disparaître les changements de comportements provoqués par les drogues dures chez l’homme. «Ce type de soins ne pourra cependant pas être développé du jour au lendemain. Cette nouvelle technique ayant recours au laser, expérimentée sur des animaux, en est encore à ses débuts. Plusieurs problèmes, dont l’introduction de virus dans les neurones humains, devront être résolus.» De plus, la stimulation magnétique transcrânienne, technique consistant à envoyer des ondes magnétiques sur des zones superficielles du cortex cé

rébral, ou la stimulation profonde du cerveau pourraient également donner des résultats probants. Ces techniques sont déjà utilisées avec succès pour traiter la maladie de Parkinson ou la dépression.

Réunir arts et neurosciences

La nouvelle Jonction – arts, neurosciences, cité, un complexe, alliant arts et neurosciences, a été présenté à la presse en novembre dernier. Il s’articulera sur trois axes. Le premier définit un espace de recherche et de formation commun aux neurosciences et aux arts. Le second propose la création d’une seule Haute école des arts. Le troisième volet concerne le grand public avec notamment la création de salles d’expositions. Ce projet pourrait voir le jour en 2018.

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