«Cybermédecine: notre société doit faire des choix»

Dernière mise à jour 03/10/18 | Questions/Réponses
PULS_geissbuhler_cybermedecine
Les technologies numériques prennent une place toujours plus grande dans le système de santé. Selon le Pr Antoine Geissbuhler, médecin-chef du Service de cybersanté et de télémédecine et responsable du Centre de l’innovation des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), il faut veiller à en garder le contrôle.

Comment définiriez-vous la cybersanté?

C’est l’utilisation raisonnée des technologies numériques pour améliorer le système de soins et de santé. J’insiste sur le terme «raisonnée», car il y a plusieurs façons d’employer ces technologies. Il faut apprendre à les maîtriser afin qu’elles ne se placent pas entre les humains, mais qu’au contraire elles les connectent, les relient.

Pouvez-vous nous donner un exemple?

Prenez «MonDossierMedical.ch»: il regroupe les infrastructures utilisant le numérique pour faire circuler, de manière sécurisée et sous le contrôle du patient, des informations de santé qui vont faciliter le travail de toute l’équipe médicale qui l’entoure et conduire, on l’espère, à de meilleurs soins. On souhaiterait compléter ce dossier électronique par des services à valeur ajoutée qui vont par exemple permettre aux médecins, aux infirmières et aux pharmaciens de s’assurer que le patient prend régulièrement les bons médicaments. Ces services seront déployés sur les téléphones mobiles, qui vont être de plus en plus connectés à des capteurs présents dans l’environnement ou sur la personne, voire dans son corps. On pourra notamment suivre en temps réel la glycémie d’un patient diabétique ou localiser une personne ayant des troubles cognitifs pour qu’elle ait une plus grande liberté de mouvement tout en bénéficiant de plus de sécurité.

Y a-t-il d’autres outils de ce genre en développement?

Oui, certains sont destinés à modifier le comportement des utilisateurs afin de les inciter à manger plus sainement et à faire de l’exercice physique. Toutefois, pour donner lieu à des bénéfices à long terme sur la santé, ces changements d’habitude doivent perdurer. Il faut donc éviter que les utilisateurs ne se lassent d’employer ces outils. Pour surmonter ce défi, des équipes s’inspirent des jeux vidéo et travaillent sur la motivation, les émotions, les récompenses, afin de créer une certaine émulation. Il faudra développer des interfaces sociales, mettant les utilisateurs en relation les uns avec les autres, l’informatique jouant un rôle de facilitateur.

Ces technologies ne vont-elles pas conduire à une plus grande déshumanisation de la médecine?

Le risque des avancées technologiques, notamment l’arrivée des robots et de l’intelligence artificielle, c’est de modifier les relations interhumaines. Il faut se poser la question: ces outils apportent-ils des gains à l’individu et à la société, ou vont-ils nous faire perdre le contrôle sur notre manière de penser –ce que les géants du numérique (Google, Facebook, etc.) sont accusés de provoquer? Notre société doit faire des choix. Je suis convaincu qu’en Europe, nous avons des réglementations, une mentalité et une culture qui nous permettront de trouver le bon équilibre pour utiliser les technologies en accord avec nos valeurs et notre organisation sociale.

Recommandations : 
Sprumont : Cybersanté et Télémédecine
Salathé : Innovation driver at HUG, longstanding experience with mHealth / eHealth

Article repris du site  pulsations.swiss

Articles sur le meme sujet
PS60_recherche par hasard

PRE JOCELYNE BLOCH «JE SUIS ARRIVÉE À LA RECHERCHE UN PEU PAR HASARD»

Récemment nommée cheffe du Service de neurochirurgie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et professeure ordinaire à la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne (UNIL), la neurochirurgienne Jocelyne Bloch s’est fait connaître du grand public par ses recherches pionnières sur les lésions de la moelle épinière, menées avec son collègue Grégoire Courtine, professeur à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Ensemble, ils ont fondé la start-up Onward Medical et codirigent le centre de recherche .NeuroRestore au sein duquel des projets sont également consacrés à la maladie de Parkinson et aux accidents vasculaires cérébraux.
PS59_IA

L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, NOUVELLE ALLIÉE DES SOINS

Aide au diagnostic et à la lecture des examens d’imagerie, simulation et guidage des gestes chirurgicaux, élaboration de conseils personnalisés et d’outils de télémédecine fiables: les algorithmes font désormais partie intégrante du monde des soins. Faut-il s’en inquiéter? Si les questions soulevées sont nombreuses, tout porte à croire que, bien utilisés et encadrés, ils profitent tant aux équipes soignantes qu’aux patients.
BV_Microscope_blocOpé

LE MICROSCOPE OPÉRATOIRE OPHTALMIQUE

Le microscope ophtalmique du bloc opératoire est un instrument optique de haute précision. Utilisé dans toutes les interventions chirurgicales de l’œil, cet outil indispensable permet au chirurgien ou à la chirurgienne de voir en détail les structures de l’œil et d’opérer le plus précisément possible.
Videos sur le meme sujet

Aux HUG, 20 ans dʹessor pour la chirurgie assistée par robot

Les HUG célèbrent 20 ans de chirurgie robotique.

Mangrove GS: un outil pour anticiper le risque de métastases

Des chercheurs genevois ont créé Mangrove GS, un algorithme d’IA capable de prédire le risque de métastases à partir des cellules tumorales.