De quoi souffrait vraiment Franklin Delano Roosevelt?

Dernière mise à jour 15/11/12 | Article
De quoi souffrait vraiment Franklin Delano Roosevelt?
Franklin D. Roosevelt, président des États-Unis de 1933 à 1945, était un président paralysé. Rarement photographié en fauteuil roulant, le mystère demeure aujourd'hui sur la maladie dont il souffrait. Petite leçon d'histoire de la médecine.

Franklin Delano Roosevelt, 1933. Wikipedia License CC.

Franklin Delano Roosevelt, 1933. Wikipedia License CC.

S’il fut photographié seulement deux fois en fauteuil roulant, Roosevelt fut pourtant un président assis. Paralysé, il mit fin à la prohibition, sortit les Etats-Unis de la crise économique et vint au secours de l’Europe pendant la Seconde Guerre mondiale sans jamais se lever. Les médecins pensèrent longtemps que la poliomyélite en était la cause. Il pourrait bien en être autrement.

Comme le raconte le site iO9  «lors d’un matin d’août 1921, alors qu’il passait l’été en famille, dans une retraite, au Canada, Roosevelt, en train de faire du bateau, plongea (ou tomba, selon les récits) dans la Baie de Fundy. Pendant les deux semaines qui suivirent, il éprouva une paralysie qui commença par ses jambes pour s’étendre à sa poitrine».

Les raisons qui poussèrent les médecins à diagnostiquer la polio étaient nombreuses. Roosevelt avait passé du temps dans un camps de scouts peu de temps avant la paralysie (la polio, contagieuse, touche plus fréquemment les sujets jeunes et les enfants). Le médecin qui établit le diagnostic, Robert Lovett, était par ailleurs un spécialiste de la polio, il pouvait donc avoir un biais de départ, explique le site.

Les symptômes chez Roosevelt étaient pourtant troublants:

«L’âge avancé de Roosevelt faisait de lui un improbable sujet pour cette maladie. Roosevelt avait aussi été victime d’une paralysie des deux jambes, quand la polio n’affecte en général qu’un seul côté du corps. Il est aussi rare que la polio affecte le système intestinal, pourtant les événements du 9 août laissèrent FDR démuni du contrôle de ses intestins.»

Il est possible que Roosevelt ait en réalité souffert du syndrome de Guillain-Barré. C’est ce que suggère une étude de 2012 publiée dans le Journal of Medical Biography qui a conduit à une analyse de probabilité  à partir des symptômes du défunt président.

Le Figarodéfinit le syndrome de Guillain-Barré comme «une maladie inflammatoire auto-immune [dysfonctionnement du système immunitaire, NDLR] qui s'attaque au système nerveux et provoque des lésions. Il s'agit d'une maladie relativement rare, avec chaque année en France entre 1.700 et 1.800 cas recensés. Il peut survenir à tout âge, indépendamment du sexe». Les symptômes peuvent conduire à une paralysie complète. «La cause exacte de cette maladie n'est pour l'heure pas connue, ajoute Le Figaro. Mais, selon les experts, la survenue d'un syndrome de Guillain-Barré est précédée dans 60% à 70% des cas d'une infection aiguë virale ou bactérienne des voies respiratoires ou gastro-intestinales.»

Des traitements existent aujourd’hui contre ce syndrome, mais ils n’existaient en partie pas à l’époque de FDR et s’ils avaient existé ils n’auraient pu lui être administrés (pour différentes raisons développées par IO9). Si les médecins avaient diagnostiqué le syndrome de Giullain-Barré chez FDR, cela n’aurait donc pas changé grand-chose pour lui. Un verdict définitif est de toute façon impossible selon le site Internet: il faudrait une exhumation. 

La santé de FDR est depuis sa mort un sujet constant de questionnements, de recherches et de publications. En 2009, Slate.fr publiait un article évoquant la possibilité qu’il soit mort d’un cancer qu’il avait toujours caché.

«Roosevelt est peut-être mort il y a plus de 60 ans, mais ce sujet demeure important. Non seulement parce que la question de la santé du président – et du droit des citoyens à être tenus au courant – est toujours controversée, mais aussi parce que dans le cas de Roosevelt, le mensonge en question [sur son cancer] s'il est avéré, a changé l'histoire. (…) Roosevelt n'aurait pas pu se présenter en 1944 si son cancer avait été révélé et l'Europe de l'après-guerre n'aurait certainement pas été la même.»

Article original: http://www.slate.fr/lien/64821/franklin-delano-roosevelt-polio-syndrome-guillain-barre

A LIRE AUSSI

Santé des people
Jennifer Covo: «J'apprécie qu'une certaine distance soit préservée entre le médecin et son patient. Chacun son rôle.»

Jennifer Covo: «J'apprécie qu'une certaine distance soit préservée entre le médecin et son patient. Chacun son rôle.»

Présentatrice du Téléjournal à la Radio Télévision Suisse, Jennifer Covo nous dévoile quelques aspects...
Lire la suite
Recherche et nouveaux traitements
Avancée dans la compréhension des douleurs neuropathiques

Avancée dans la compréhension des douleurs neuropathiques

Les antalgiques classiques s’avèrent souvent impuissants face à une catégorie de douleurs chroniques,...
Lire la suite
Recherche et nouveaux traitements
Papillomavirus: la lutte se précise

Papillomavirus: la lutte se précise

Après le frottis, le test HPV et l’auto-prélèvement, de nouvelles méthodes permettent de dépister ce...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
people_aliose

Aliose: «On est attirés par ce qui sonne vrai, humain et sensible»

Aliose enchante désormais bien au-delà des frontières, avec sa musique pop douce, entraînante et mélodique. Le jeune duo suisse présente aujourd’hui son nouvel album, «Comme on respire», porté par les singles «Loin» et «Viens la Nuit». Au détour d’un concert en Suisse, ils ont accepté d’évoquer leur vie d’artiste et leur quotidien à Paris. Une interview à deux voix.
people_michaud_gigon

«La santé n’est pas un objet de consommation comme un autre»

Depuis le 1er juin, Sophie Michaud Gigon occupe le poste de secrétaire générale de la Fédération romande des consommateurs (FRC). Elle nous reçoit dans son bureau, donnant sur une verrière au cœur du quartier du Flon à Lausanne. Rencontre
Directeur de la Biobanque lausannoise, le Pr Vincent Mooser est aussi chef du Service de biomédecine et du Département des laboratoires du CHUV et vice-Doyen en charge de la recherche clinique et translationnelle au sein de la Faculté de biologie et de médecine de l’UNIL.

Vincent Mooser: «Je fais un métier de marathonien»

Interview – A la tête de la Biobanque du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) qui a vu le jour en janvier, le Pr Vincent Mooser évoque son parcours du lit du malade à la direction d’un département à la pointe de la médecine.
Videos sur le meme sujet

La réalité virtuelle pour apprendre des gestes médicaux

Stéphane Délétroz présente un outil pour parfaire l’enseignement destiné aux professionnels ou futurs professionnels de la santé: la réalité virtuelle.

Détecter la malaria grâce à l'analyse d’images en direct de la HEIG-VD

Durant l'été 2018, Sarah Dirren vous propose de faire le tour de quelques innovations "Made in Switzerland" issues principalement des Hautes écoles spécialisées de Suisse occidentale (HES).

Une IRM géante en construction près de Paris

Stéphane Délétroz vous emmène près de Paris à la découverte de l’IRM la plus puissante du monde.